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Christian Authier : une comédie italienne à Toulouse

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Publié le

9 septembre 2025

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La paisible routine d’un dilettante est bouleversée par la réapparition de son père, un boomer extraverti et envahissant… Christian Authier signe une comédie douce-amère sur le thème du secret de famille, dans son décor toulousain accoutumé. Rencontre.
© Benjamin de Diesbach

Beaucoup de romans sur la figure paternelle sont des règlements de compte. Chez vous, non…

Plainte, complainte, rancœur : oui, une littérature du ressentiment et de la lamentation prolifère. Pour ma part, je n’ai pas été violé, battu, discriminé. Ma famille et mon existence étant d’une banalité confondante, j’imagine d’autres vies que la mienne, même s’il y a toujours des choses vues ou vécues, des sentiments, des expériences d’inspiration plus ou moins autobiographiques. Comme un père est un pur roman, et cette figure paternelle qui surgit dans la vie de son fils plus de vingt ans après l’avoir abandonné sert de révélateur. Au début, cet homme, Patrick Berthet, apparaît comme un malotru, un fanfaron, un parasite, un beauf. Puis, le portrait se nuance, s’enrichit, s’affine. Plus largement, c’est un roman sur les préjugés, les apparences, les idées reçues, les jugements hâtifs.

Aviez-vous déjà écrit sur ces thèmes du secret de famille et du rapport au père ?

Non. S’il y a une influence dans Comme un père, c’est celle du film de Dino Risi, Le Fanfaron, que j’adore, et à travers lui la comédie à l’italienne. J’en ai retenu la figure du tandem ou du couple désaccordé qui apprend à se connaître, et surtout le mélange des humeurs, des sentiments, le rire et l’émotion, le burlesque et la tendresse, la satire et le goût des autres, la mélancolie et l’émerveillement.

Votre héros revendique « la légèreté, le pas de côté, l’ironie discrète, le goût de la fantaisie ». Cette attitude est-elle encore possible dans notre époque si sérieuse ?

Nous croulons sous l’esprit de sérieux. Les grandes causes, les grands mots, les slogans, les idéologies, avec tout ce que cela charrie d’hypocrisie et de cynisme, me barbent. La vie est suffisamment tragique pour ne pas négliger, au moins dans les romans, l’humour, la fantaisie, la légèreté. Les romans d’Antoine Blondin que j’aime tant parlent souvent de choses foncièrement sinistres et graves, mais avec drôlerie, poésie, délicatesse, élégance. Mon personnage, Alexandre, a été abandonné par son père à l’âge de cinq ans et il a perdu sa mère à onze ans. De ce point de départ pour le moins sombre, j’ai voulu écrire un roman que j’espère drôle, une comédie sur les inépuisables ressources de la nature humaine.

« Je suis un indécrottable nostalgique, au point même de regretter chaque jour le jour d’avant. »

Christian Authier : une comédie italienne à Toulouse

Vous semblez nostalgique en secret de la liberté dont a joui la génération de Patrick, par rapport à celle de son fils Alexandre…

Je suis un indécrottable nostalgique, au point même de regretter chaque jour le jour d’avant. Cela se ressent forcément dans ce que j’écris. Dans Comme un père, il y a une brève évocation des années 1970, telles que l’on peut les voir notamment dans les films de Claude Sautet. Le principe de précaution n’existait pas. Les gens fumaient, buvaient, aimaient sans avoir peur de mourir et, par là même, sans avoir peur de vivre. Il y avait une insouciance qu’on peut regretter.

Toulouse occupe toujours une place centrale dans vos livres, celui-ci compris…

Neuf de mes dix romans se déroulent, en partie ou totalement, à Toulouse. Par défi et par coquetterie, je ne cite jamais la ville à l’exception de L’Ouverture des hostilités dont l’histoire nécessitait d’être précisément située dans le temps et l’espace. Je suis arrivé dans cette ville à l’âge de cinq ans, voici un demi-siècle. J’aime la quitter et j’aime la retrouver. Littérairement, elle m’offre des décors, des rues, des ambiances, des lumières, des personnages… Dans Comme un père, j’évoque ces gens qu’on peut croiser régulièrement dans les grandes villes, parfois durant des dizaines d’années, sans les connaître, ni leur adresser la parole. Ces présences, à la fois familières et inconnues, fouettent l’imagination et donnent l’illusion, pour moi rassurante, que rien ne change, que le temps n’a pas de prise sur nous. Modiano évoque cela dans l’un de ses livres.

Le roman fourmille de clins d’œil et de références, de Tati à Berthet…

Ces clins d’œil, appuyés ou masqués, sont destinés à ceux que Stendhal nommait en reprenant Shakespeare les happy few. Je peux m’amuser à reprendre une expression d’Audiard, un vers de Trenet ou de Toulet. C’est une façon, modeste, de rendre hommage, de payer mes dettes, de célébrer des vivants ou de cultiver le souvenir de disparus. Dans Comme un père, un personnage évoque Michel Déon, que j’ai eu la chance de connaître un peu. C’était un grand écrivain et un seigneur. L’un de ses romans s’intitule Je ne veux jamais l’oublier, en référence à un vers d’Apollinaire. Je ne veux jamais oublier ceux que j’aime et ceux que j’ai aimés.

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Quels contemporains lisez-vous ?

En littérature étrangère, j’ai une admiration sans bornes pour l’œuvre de Javier Cercas. J’aime aussi beaucoup Bret Easton Ellis. J’attends avec impatience la parution prochaine des nouveaux livres de Lawrence Osborne, auteur du chef-d’œuvre Boire et déboires en terre d’abstinence. Chez les Français, je suis un lecteur inconditionnel des livres d’Eric Neuhoff, de Nicolas Fargues, de Patrick Modiano, de Jean Rolin, de Jérôme Leroy, du trop rare Bernard Chapuis… Je n’oublie pas Houellebecq, contemporain capital.

Le roman se passe à Toulouse, Biarritz, Séville, Sète. Êtes-vous définitivement un écrivain du Sud ?

Oui, méditerranéen et sudiste. Je me sens chez moi en Espagne, pays qui a conservé, malgré la modernité, une façon de vivre évoquant la France des Trente Glorieuses. C’est pourquoi j’ai situé des passages du roman sur la Costa Brava et à Séville, mais aussi à Naples, autre ville chère à mon cœur. Ces scènes et ces décors composent la part solaire et lumineuse de Comme un père, autour du souvenir de ceux qui ne sont plus et de l’amour de ceux qui restent.

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