Ça y est, c’est la rentrée. Vous avez déposé vos enfants à l’école, ou ils se sont déposés tout seuls, et les réunions de rentrée ne vont pas tarder à pointer le bout de leur nez. La perspective de cette soirée inutile vous exaspère déjà : assis sur une chaise en bois à la place qu’occupent vos enfants, vous subirez à la fois les péroraisons pédagogiques, les explications picrocholines sur les choix de fournitures, et le comportement (mélange de prétention et d’infantilisation) de gens qui, bien souvent, sont à la fois plus jeunes et moins malins que la plupart des parents d’élèves. Mais surtout, ce qui vous choque chaque année – et comme vous avez raison –, c’est le look des professeurs.
Le prof d’aujourd’hui n’a pas grand-chose d’un hussard noir. Rien ne le relie à ces maîtres parfois très jeunes qui redressèrent la jeunesse de France sous la IIIe République. Rien, à commencer par le style. En pantacourt et crocs l’été, jean et baskets l’hiver, le prof porte parfois un sweat à capuche hors d’âge ou un gilet tricoté. Quant à la prof, elle a cessé d’avoir un âge, mais aussi de se faire belle, au moment où elle a décroché son Capes. Que voulez-vous transmettre à une jeunesse déjà agressive et inculte quand vous ressemblez à n’importe quelle proie de fond de RER ?
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Oui, il y avait autrefois des « fringues de prof » : le pantalon en velours, la veste en tweed, le gros pull, les chaussures marron. Le prof s’habillait en prof, comme l’avocat portait un costume sur mesure sous la robe austère de la justice, comme le banquier avait un col blanc sur sa chemise bleue. La dignité de la fonction passe par de petits gestes. On n’est pas obligé d’être sopo : Indiana Jones, dans la saga éponyme, porte des trois pièces en tweed impeccables. Robin Williams, inoubliable détonateur anticonformiste du Cercle des poètes disparus, est en duffle-coat avec l’écharpe de son collège. Dans beaucoup d’écoles du monde, les élèves portent l’uniforme. Ça se passe d’ailleurs très bien. Et vous savez quoi ? Les profs aussi font un petit effort. Le niveau est souvent meilleur, et il n’est pas impossible que ça ait un rapport avec la sape. Le respect de soi, des autres et des formes en général, tire tout le monde vers le haut. Pensez-y la prochaine fois qu’un prof vous parlera de son niveau d’exigence, de ses « méthodes traditionnelles » et de son « attachement à la politesse » de la part de ses élèves : qu’il s’applique tout ça à lui-même avant d’ouvrir les carnets de correspondance.





