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Dans les couloirs du temps

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Publié le

5 novembre 2025

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Du Roi Soleil aux amateurs du XIXe siècle, la passion française pour l’objet n’a cessé de mêler grandeur et profondeur. Chaque mois, L’Incorrect vous proposera une promenade dans les couloirs du temps.
© Remembers - MountainA

Évoquons Théodore Dablin (1783-1861), un homme qui mérite de retrouver sa place dans notre mémoire. Héritier d’une lignée de serruriers royaux, il trouva dans la quincaillerie parisienne le tremplin d’une fortune qui, tôt assurée, lui laissa tout loisir de se consacrer à ce qu’il aimait vraiment. S’il fut le « premier ami » de Balzac, inspirateur confident de ses premiers pas et discret créancier de ses incorrigibles dettes, c’est surtout dans l’art de collectionner qu’il se révéla.

Il ne se contentait pas d’amasser vainement : chaque pièce semblait choisie pour la résonance qu’elle entretenait avec toutes les autres, dans une harmonie de matières, d’époques et de références. Dablin, célibataire attentif aux amitiés féminines et aux caprices des objets précieux, sut donner à sa vie le parfum d’un musée secret, où l’esprit et le goût régnaient en souverains silencieux. Sa collection avait cette cohérence manifeste des ensembles nés d’une personnalité : non pas l’addition vaine des raretés, mais le choix du goût, de l’authentique.

Qu’est-ce qu’un collectionneur français, sinon un promeneur du temps, un flâneur entre les siècles, quoique résolument moderne ? L’un range ces curiosités comme d’autres les souvenirs d’enfance, un autre empile les dessins avec l’entêtement du botaniste séchant ses herbiers. Mais tous, qu’ils fussent Richelieu, Vivant Denon, Sauvageot, ou Dablin, obéissaient à trois lois invisibles, qui nous éclairent encore aujourd’hui.

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La première, c’est bien entendu le goût personnel. Non pas seulement celui qu’on emprunte aux modes, mais celui qui, parfois inexplicable, fait qu’un objet nous parle, nous poursuit, nous choisit presque selon sa typologie ou sa façon. C’est ce goût-là qui fait la singularité d’une collection. La seconde, c’est l’authenticité. Un objet, d’art ou d’utilité, n’est pas seulement une belle forme : il est une vérité. La vérité de son époque, de sa main créatrice, de son usage. La troisième enfin, c’est son cadre. Car si les siècles se chargent de patiner, il appartient au collectionneur de mettre en valeur l’ensemble, que ce soit avec des baguettes parées d’or ou d’écaille pour sertir une toile ou avec un Chantilly tout entier pour le duc d’Aumale !

À l’heure des enchères mondialisées et des curiosités numériques, collectionner demeure résolument un art français. Céder au caprice d’un objet, l’accueillir chez soi, le comprendre et surtout en parler, c’est faire dialoguer sa propre vie avec la longue chaîne de nos prédécesseurs. Nul besoin d’être ministre ou roi, il suffit juste de beaucoup de passion et de cette fidélité aux trois clefs évoquées par ce billet.

Et peut-être, qui sait, qu’au détour d’une vente à venir, un futur Dablin sommeille en vous, prêt à redonner vie à cette vieille comédie humaine résolument française : celle de collectionner et d’en converser allègrement. Ainsi bientôt, vous aussi, vous pourrez dire : « Vous ai-je montré ma collection ? »

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