Que Léon XIII ait inauguré la doctrine sociale de l’Église avec Rerum Novarum est bien connu. Mais le contenu de l’encyclique l’est moins. Elle débute par une double condamnation. Condamnation du laissez-faire qui, par l’égoïsme, l’usure et l’irréligion, a livré des travailleurs isolés et sans protection à une nouvelle ploutocratie. Condamnation symétrique du socialisme, faux remède qui bafoue la justice : il nie la propriété privée, qui est de droit naturel et se révèle être l’objectif du travail ; il dénature la fonction de l’État, en piétinant le sanctuaire de la famille ; il bouleverse l’édifice social, par le nivellement égalitariste et la discorde. Plutôt que l’impossible suppression des inégalités, c’est l’harmonie sociale qu’il faut viser. Pour régler les rapports entre classes, il y a ce qui relève de la justice : le pape rappelle les devoirs réciproques des patrons et des travailleurs, en insistant sur le respect de la dignité des personnes – qui suppose un salaire juste et le soin des intérêts spirituels. Vient ensuite l’ordre de la charité : dans la propriété, il faut distinguer la possession qui est privée, de l’usage qui doit être destiné au bénéfice du plus grand nombre : c’est la destination universelle des biens. « Dès qu’on a accordé ce qu’il faut à la nécessité, à la bienséance, c’est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres. » […]
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