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Azadeh Alemi : Celle qui est libre

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Publié le

27 avril 2026

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© Benjamin de Diesbach

Il était une fois en Iran, un jeune couple épris de liberté. L’homme était un jeune ingénieur, la femme était une étudiante en géographie. Tous les deux militaient contre le régime du Shah et participèrent à la révolution de l’hiver 1979. Ce fut dans l’allégresse des jours nouveaux qu’ils accueillirent leur premier-né, une fille prénommée Azadeh, « celle qui est libre » en persan. Mais l’allégresse fut de courte durée. La mise en place par Khomeini d’une théocratie chiite ouvrit la porte aux pires instincts : emprisonnement, torture, exécution des opposants.

« Mes parents étaient membres des moudjahidines du peuple », précise Azadeh Alemi. « Ils prônaient l’instauration d’un islam libéral. En septembre 1981, ma mère a manifesté contre l’obligation de porter le voile. Elle fut immédiatement arrêtée et condamnée à plusieurs années de prison. » Le régime khomeiniste spremie déchaîna alors contre les résistants. Les deux oncles (22 et 25 ans) d’Azadeh furent exécutés, sa tante enceinte de cinq mois fut pendue. « Face à une telle répression, mon père et mon grand-père ont dû s’enfuir clandestinement d’Iran. C’était la valise ou le cercueil. » À trois ans, Azadeh fut confiée à sa grand-mère. Rapidement arrêtées, elles furent expédiées en prison. « Je suis restée durant six mois derrière les barreaux avec ma grand-mère. Nous vivions dans une section dédiée aux prisonnières accompagnées d’enfants et de nourrissons. » À son tour libérée en 1984, la mère d’Azadeh chercha à fuir le pays par tous les moyens. Alors qu’elle s’apprêtait à disparaître avec sa fille, elle fut une nouvelle fois arrêtée à Téhéran. « Nous avons été enfermées dans la sinistre prison d’Evin. J’étais âgée de six ans. »

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Dans la lumière glauque d’un bureau, les interrogatoires débutèrent. La fillette dut subir l’inquisition brutale des Pasdarans (gardiens de la révolution). « Est-ce que j’aimais Khomeini ? Est-ce que j’adhérais à la révolution Islamique ? Je savais qu’il fallait dire oui à tout. Faire semblant, c’était le seul moyen de sauver sa peau. » Aux questions absurdes succédèrent les tortures psychologiques. Pendant des mois, fille et mère furent enfermées dans une cellule d’isolement. « Toutes les nuits, ma mère était extraite pour des interrogatoires. Je demeurais seule dans l’angoisse de ne jamais la revoir. » Malade d’hépatite, Azadeh fut finalement relâchée tandis que sa mère poursuivait sa détention. Simulant la folie, elle fut aussi libérée, quelques semaines avant le grand massacre de 1988. Entre juillet et l’automne, des milliers d’opposants furent massacrés dans les prisons iraniennes.

Durant l’hiver 1988, Azadeh et sa mère fuirent le pays clandestinement par l’Azerbaïdjan. Durant trois jours, à cheval et dans la nuit, elles empruntèrent les sentiers escarpés des massifs enneigés. Ce périple prit fin en France où Azadeh rejoignit son père tandis que sa mère poursuivit la résistance en Irak. « À dix ans, je n’avais plus de souvenir de mon père. Pour le protéger, la famille avait détruit ses portraits photographiques. Pour moi, c’était un être idéal, un héros sans existence visuelle. » Une fois installée en France, la vie dans le Val-d’Oise s’écoula au gré des années scolaires. En classe de première, Azadeh abandonna l’école : « Je me sentais en décalage avec les autres adolescents. Je me suis mise à chercher un travail. » Dans les rangs de la résistance iranienne en exil, elle trouva un sens à l’existence, et un mari.

Aujourd’hui, Azadeh dirige une société immobilière. Elle est mère de trois garçons adultes à qui elle transmet la passion de la résistance. Militante du Conseil national de la Résistance, elle est présente dans toutes les manifestations en France. « Nous appelons au renversement définitif du régime mais sans intervention étrangère. Après le désastre de l’Irak et la Libye, nous savons que les bombardements n’ont jamais imposé la démocratie. » Celle qui est enfin libre de choisir son destin peut proclamer à la face du monde : ni Shah, ni Mollah !

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