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« L’Odyssée » de Christopher Nolan : mythologie en toc pour Hollywood en chute

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Publié le

16 juillet 2026

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Le blockbuster le plus attendu de l’année a enfin débarqué dans les salles : un monument de pompiérisme achevé.
© L'Odyssée

Connaissez-vous la « boue intangible » ? C’est une expression vernaculaire utilisée par les historiens du cinéma pour décrire cette tendance qu’à le cinéma hollywoodien, depuis vingt ans au bas mot, à refuser la couleur, les ambiances bariolées, pour préférer systématiquement une image quasiment monochrome, qui oscille entre le sépia, le grisâtre ou le bleu livide. Un affadissement progressif des couleurs, une désaturation systématique qui serait l’opposé exact des années fastes de l’âge d’or Hollywoodien et du technicolor immortalisé par Douglas Sirk ou Nicholas Ray. On peut voir dans cette tendance à peu près ce qu’on veut : exigence des copies numériques qui réclament un étalonnage toujours plus uniforme, ou simple moyen de rendre crédibles des univers auquel plus personne ne veut croire – notamment les multivers réchauffés de Marvel et consorts.

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Un nouveau pompiérisme

J’y vois plutôt pour ma part, si l’on resitue cette tendance dans ce qu’on appelle pompeusement « l’histoire de l’art », un simple écho de ce qu’on appelle vulgairement l’académisme, puis le pompiérisme, et qui traduit généralement l’épuisement d’une technique donnée, avant un changement brutal de paradigme. On peut ainsi comparer ces films hollywoodiens récents, leur style guindé, leur manque total de légèreté ou de faste visuel, avec l’œuvre de certains peintres postromantiques français, comme William Bouguereau. Un excellent technicien, mais entre les mains duquel la mythologie, notamment grecque, paraissait soudain comme nécrosée, puant la naphtaline et la petite bourgeoisie du Second Empire. C’est exactement le cas du nouveau film de Christopher Nolan, adaptation de L’Odyssée que personne n’avait vu venir et dont personne n’avait vraiment besoin – mais c’est sans compter la morgue du cinéaste américain. On ne reviendra pas sur les polémiques assez navrantes engendrées par l’annonce du casting, à notre humble avis, s’il y a bien un socle narratif sur lequel on peut tout se permettre, c’est la mythologie grecque, qui est l’art de la métamorphose, du changement. Que le casting de L’Odyssée intégrât des acteurs transsexuels ou noirs me semble donc relever d’un débat d’arrière-garde, Ovide n’a pas attendu Nolan pour se faire le chantre de la mutation des sexes, de l’interpolation des races. Non, le vrai problème de L’Odyssée, c’est bien cette facture hollywoodienne qui traduit un cinéma finissant, guindé, comme incapable de produire des images nouvelles, et qui se contente presque rituellement d’incorporer à son cadavre des corpus déjà laminés, usés jusqu’à la moelle, sans jamais se montrer assez frondeur pour les réinventer.

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Damon bovin, Theron parfaite

Nolan prouve ici qu’il n’aura jamais été, comme c’était le sujet de son seul bon film à ce jour, Le Prestige, qu’un illusionniste et non un cinéaste : c’est-à-dire un manipulateur de formes qui donne l’impression du cinéma, là où il n’y a au fond que des illustrations mises bout à bout, et avec des coutures grossières. C’est d’ailleurs toute la faiblesse de ce film, que de laisser voire ses coutures, sa fabrication, de ne jamais laisser advenir cette fameuse suspension d’incrédulité nécessaire à l’imaginaire du spectateur. Les acteurs, les costumes, les décors, tout est tellement factice et empesé, plein d’une gravité qui flirte parfois avec le comique involontaire – notamment dans la diction compassée des premiers rôles qui évoque parfois les Monty Python – qu’on se croirait presque dans un de ces opéras-bouffes pompiers du XIXe siècle, conçus comme des cartons d’invitation pour des acteurs en bout de course. Aura-t-on jamais vu plus éloigné de l’idée qu’on se fait d’Ulysse, l’astucieux, que Matt Damon, et son regard de bovin élevé au grain californien ? Alors bien sûr, Nolan a du métier, un certain art du cadrage, de la composition, qui laisse entrevoir ici et là quelques morceaux de bravoure, alors bien sûr on a envie de suivre Charlize Theron, toujours parfaite, ici dans le rôle de Calypso… pour le reste, cette Odyssée en toc a tout d’un chant du cygne, pour un cinéma hollywoodien en voie de disparition. Pour un peu de mythologie revue avec folie et esbroufe, on se remettra volontiers Le Choc des Titans, voire Gods of Egypt, l’époustouflant nanar d’Alex Proyas qui avait au moins le mérite de tenter des choses jamais vues au cinéma. Nolan fait tout l’inverse : il sécularise, recycle, et prive d’oxygène la mythologie. On ne lui en demandait pas tant.  

L’ODYSSÉE (2h53), de Christopher Nolan, avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, en salles le 15 juillet

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