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« Dark Matter » : une deuxième saison vertigineuse

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Publié le

20 octobre 2026

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Aussi prévisible qu’elle l’était dans sa première saison, « Dark Matter » prend dans sa saison 2 une tournure inédite et diablement intéressante en s’émancipant du roman qui l’a inspirée.
© Dark Matter

Blake Crouch est ce qu’on appelle, en littérature, un petit malin. Pas du niveau d’un Thélyson Orélien, mais tout de même : l’auteur américain a réussi à se faire un nom, depuis quinze ans, avec des romans de série B qui empruntent joyeusement à ce que tout ce que la SF américaine sait faire de mieux depuis cinquante ans, mais en rabaissant le tout au ras des pâquerettes, c’est-à-dire au niveau du gobeur de streaming : physique quantique devenue folle, paranoïa « dickienne », mondes factices, multivers en folie. Ses romans à succès semblaient quasiment conçus pour être adaptés en feuilleton, c’est donc en toute logique qu’Apple TV lui a ouvert son portefeuille pour transcrire un de ses plus fameux romans à l’écran, Dark Matter, dans lequel un physicien se débat avec ses doubles à travers un multivers retors, afin de retrouver sa véritable identité – et sa vraie famille.

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Jennifer Connelly le dit

Une série qui se trouve quelque part entre Sliders, une version tout public de Twin Peaks The Return, et un film d’Ingmar Bergman – enfin ça, c’est Jennifer Connelly qui le dit. Jennifer Connelly, égérie inoubliable des années 90, qui prête son visage anguleux de brune fatale au premier rôle féminin, une mère de famille forcément ambiguë, pétrie de secrets, sorte de vampe/ménagère/prêtresse d’un monde gigogne. Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Après une première saison qui ronronnait doucement sur les tropes du genre, la saison 2 prend une ampleur métaphysique presque inespérée, à force de creuser les infinies possibilités offertes par l’argument scientifique. À savoir : que ferait-on si on avait le pouvoir de visiter ses vies parallèles et de les permuter à l’infini ? Je est un autre, disait l’adage fameux de Rimbaud, et c’est bien ce manifeste poétique qui est finalement à la base de tous les délires « multiversels » qui font le sel des fictions américaines modernes.

Fellinien

L’argument n’est pas nouveau (d’ailleurs Blake Crouch a tout piqué au formidable L’Échange, d’Alan Brennert, qui avait ouvert cette vertigineuse hypothèse dès les années 90), mais, parce qu’il est ici porté par l’économie narrative propre à la série, il prend tout son sens, jusqu’à s’auto-parodier, pour devenir quasiment une sorte de réflexion sur la série elle-même. Un peu comme l’avait fait Wanda Vision dans un style pulp, où l’incroyable série allemande Dark qui avait épuisé ce filon jusqu’au vertige, cette saison 2 de Dark Matter prend une ampleur à la fois intimiste et vertigineuse, incarnée par ce duo ambigu et venimeux : d’un côté, un Joël Edgerton complètement effacé, qui assume le « devenir-silhouette » des héros-quantiques, de l’autre une Jennifer Connelly magistrale en vestale des mondes factices. Autant que Bergman, on pense presque à Fellini pour la faculté (inconsciente ?) à comprendre le couple moderne comme un simple générateur de fictions infinies.

DARK MATTER, saison 2, 9 épisodes Disponible sur Apple TV, avec Jennifer Connelly, Joël Edgerton.

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