Skip to content

Institut La Boétie : l’insoumission fiscale

Par

Publié le

3 novembre 2026

Partage

Une enquête de Radio Courtoisie révèle que l’Institut La Boétie, le think tank de Jean-Luc Mélenchon, bénéficie d’avantages fiscaux réservés aux structures dites d’intérêt général. Problème : en travaillant exclusivement pour un seul parti et donc un seul candidat, ce serait tout simplement illégal.
© DR

Le 17 avril 2026, Libération dénonçait les dons défiscalisés de structures classées à l’extrême droite. Éric Coquerel, président LFI de la commission des finances, emboîtait le pas : ces associations ne seraient pas d’intérêt général, qu’on les contrôle. Le ministre des Comptes publics annonçait dans la foulée une mission d’inspection. Seulement Éric Coquerel  a oublié de nettoyer devant sa porte. Depuis juin, une enquête menée par Radio Courtoisie braque la lampe sur l’Institut La Boétie. Ce que l’on y trouve ne ressemble ni à un laboratoire, ni à une université populaire. Cela ressemble à un parti.

Une « fondation » qui forme les cadres insoumis

L’Institut se dit « fondation insoumise ». Juridiquement, c’est un fonds de dotation : une simple déclaration en préfecture, sans l’examen qu’exige une fondation reconnue d’utilité publique. Son siège est au 20, rue Doudeauville, à Paris. C’est aussi l’adresse du Parti de gauche. Inutile de lui prêter des intentions : il les affiche. Sur son site, l’Institut revendique sa part de la « bataille idéologique indispensable à la construction d’une majorité populaire ». Il se présente comme le « prolongement naturel » de la démarche politique des insoumis.

Lire aussi : Oxfam France : la transparence comme argument commercial

Son école est encore plus franche. Elle est « au service de l’enracinement du mouvement insoumis ». Les groupes d’action commandent une formation, l’école fournit l’intervenant et le contenu. Une école de cadres sélectionne des promotions de 70 militants, représentatives des « espaces » du mouvement, « du service d’ordre aux jeunes insoumis ». On attend avec curiosité la première thèse sur le service d’ordre. Les stages sont gratuits, repas compris matin, midi et soir, relevait l’enquête de juin. Clémence Guetté, coprésidente, l’a d’ailleurs expliqué à la fondation allemande Rosa-Luxemburg : l’Institut ne cache pas son appartenance à la famille LFI, ses universitaires partagent ses objectifs politiques, et l’école de formation des militants a été voulue en son cœur. En août 2026, elle évoquait des formations « en vue des huit prochains mois de campagne ». Ce n’est pas nous qui le disons. C’est eux.

Un conseil scientifique où l’on cherche un centriste à la lampe torche

Le conseil d’orientation est coprésidé par Jean-Luc Mélenchon et Clémence Guetté. On y croise les députés insoumis Aurélie Trouvé, Hadrien Clouet, Arnaud Le Gall et Claire Lejeune. Et Benoît Schneckenburger, cofondateur du Parti de gauche et ancien responsable de la sécurité de Jean-Luc Mélenchon. Selon la note de Me Gentillet, au moins sept membres sur quatorze ont un engagement documenté dans la mouvance insoumise.

Le conseil scientifique prolonge le casting. Bernard Pignerol, président-fondateur de l’Institut, a cofondé le Parti de gauche. Jacques Généreux a coordonné L’Avenir en commun, le programme du candidat. Janette Habel a siégé au bureau politique de la LCR ; Michael Löwy a participé à la fondation du NPA. Plusieurs autres membres ont signé en 2024 des appels à voter pour la liste LFI aux européennes. De centriste ou d’homme de droite, aucun.

Avoir des opinions n’est pas un délit. La note se garde bien d’en faire un : le pluralisme n’est pas une condition de l’article 200 du Code général des impôts. Mais un conseil qui ressemble à un bureau politique, adossé à une école qui forme les cadres du parti, cela ne fait plus un indice. Cela fait un portrait.

Des reçus fiscaux à 66 % sur le dos du contribuable

L’article 200 du Code général des impôts ouvre une réduction d’impôt de 66 % aux dons faits à des organismes d’intérêt général à caractère scientifique, éducatif, culturel ou social. La doctrine fiscale est constante : compte l’activité réellement exercée, pas l’étiquette que l’organisme se colle. Pour Pierre Gentillet, avocat au barreau de Paris, le compte n’y est pas : La recherche et la formation sont ici « moins une finalité scientifique autonome » que les instruments d’un projet politique. L’Institut ne pourrait donc pas délivrer valablement de reçus fiscaux. La sanction est prévue par l’article 1740 A du même code. Délivrer sciemment des reçus permettant d’obtenir indûment une réduction d’impôt expose à une amende égale au taux de la réduction : 66 % des sommes portées sur les reçus. Elle peut remonter sur plusieurs exercices non prescrits. Combien de reçus ? Personne ne le sait. En juin, le député Matthias Renault a demandé au ministre les montants et les exercices concernés. Il l’interrogeait aussi sur une subvention d’exploitation de 6 000 euros versée par l’État, alors qu’un fonds de dotation ne peut en principe recevoir d’argent public. Les réponses se font attendre.

1 961 700 euros, zéro droit de mutation

Le 1er mars 2024, devant notaire au Plessis-Robinson, le Parti de gauche fait une donation à l’Institut La Boétie. Au menu : 39 parts de la SCI Les Œillets Rouges, évaluées 1 560 000 euros, et le compte courant d’associé de cette même SCI, 401 700 euros. Total : 1 961 700 euros. Le patrimoine de la SCI est pour l’essentiel un bien immobilier adossé à un emprunt. Le donateur et le donataire déclarent la même adresse, 20 rue Doudeauville. Le Parti de gauche a donc fait un cadeau de deux millions à son colocataire. Entre personnes sans lien de parenté, une donation est taxée à 60 %. L’acte, lui, mentionne que l’Institut bénéficie de l’exonération de l’article 795 du Code général des impôts, réservée aux fonds de dotation qui remplissent les conditions de l’article 200. Retour à la case départ : si l’Institut n’est pas d’intérêt général, l’exonération tombe avec. Les droits éludés atteindraient alors, selon la note, 1 177 020 euros. L’administration n’est pas pressée par le temps. Établir que l’Institut ne remplit pas les conditions suppose d’enquêter au-delà de l’acte notarié. Le délai de reprise de six ans de l’article L. 186 du Livre des procédures fiscales paraît donc applicable : le fisc pourrait agir jusqu’au 31 décembre 2030.Étienne de La Boétie dénonçait la servitude volontaire. Ses héritiers autoproclamés ont inventé l’exonération volontaire.

Présidentielle 2027 : le plafond qui n’existe pas

Reste la question qui fâche, à quelques mois de la présidentielle. La loi plafonne à 7 500 euros par an les dons d’une personne à un parti et interdit aux entreprises de financer les formations politiques. Un fonds de dotation, lui, ne connaît aucun plafond. Un généreux sympathisant peut donc verser 75 000 euros à l’Institut, récupérer 66 % en réduction d’impôt si l’Institut est éligible, et voir cet argent former les militants qui feront le porte-à-porte. Si l’Institut met ses moyens au service d’un candidat, ces concours doivent être évalués et intégrés à ses comptes de campagne. Radio Courtoisie a posé la question pour une réunion publique du 16 septembre à la Bourse du Travail, en présence de Jean-Luc Mélenchon, dans le cadre de sa campagne. Qui a payé la salle, les intervenants, la technique ? L’Institut ou LFI ? Ces dépenses figurent-elles dans les comptes du candidat ? Pas de réponse.

« Les autres aussi » : la défense qui se retourne

Quatorze questions ont été adressées à l’Institut sur son régime fiscal, ses ressources et les moyens engagés au bénéfice de LFI. À l’heure où nous publions, aucune réponse.

Lire aussi : Greenpeace France : un modèle financier en péril

En juin, l’Institut avait contesté toute anomalie en se rangeant aux côtés d’autres structures liées à des familles politiques : la Fondapol, l’ISSEP de Marion Maréchal, la Fondation Gabriel-Péri du PCF. L’argument mérite qu’on s’y arrête, car il se retourne. D’abord, toutes ne sont pas logées à la même enseigne. La Fondation Gabriel-Péri est reconnue d’utilité publique par décret depuis 2004 : l’État a examiné ses statuts avant de lui accorder son rang. Un fonds de dotation se crée sur simple déclaration. Ensuite, la question n’est pas d’avoir une couleur ou des opinions politiques. Elle est de servir d’école des cadres à un parti, de former son service d’ordre et d’accompagner la campagne de son candidat.

Monsieur Coquerel, vous allez être exaucé

Le député RN de la Somme Matthias Renault, a saisi en juin David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. Il demande si l’administration estime l’Institut éligible au mécénat et si elle entend vérifier ses reçus. Les outils existent. L’article L. 14 A du Livre des procédures fiscales permet un contrôle sur place des organismes qui délivrent des reçus. Pour la donation, le fisc a jusqu’à fin 2030. Le gouvernement a promis une mission d’inspection sur les dons défiscalisés. Nous lui suggérons une première adresse : 20, rue Doudeauville, Paris 18e. Deux structures pour le prix d’une.

Éric Coquerel voulait des contrôles fiscaux. Il serait cruel de ne pas l’exaucer.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest