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Après la mort de Dieu, après la mort du roi, il fallait bien que la dernière image symbolique du père disparaisse. Alors a commencé la terrible époque des enfants de personne.
« Dis maman, c’est quoi un père ? », « Demande à ta mère, je suis occupée sur mon Iphone Alpha Plus mon chéri », voilà à quoi pourrait ressembler un dialogue banal entre un enfant et ses parents 1 et 2 d’ici quelques années. Un père absent et manquant. La famille peut se symboliser par une croix parfaite, le père étant la ligne verticale, celle qui, en direction du Ciel, assure protection, subsistance mais surtout lien spirituel. La mère quant à elle, régente du monde matériel, maîtresse du foyer depuis le Moyen- Âge, assure l’éducation des enfants, prône le modèle et transmet les mœurs à la lignée. Son rôle est primordial, et surtout complémentaire avec celui de l’homme. Aujourd’hui esseulée, elle semble à la fois fustiger les faiblesses de l’homme par les mouvements féministes, mais aussi réclamer un retour de l’homme réel par les mouvements inverses bien que totalement absents des médias. Toute une génération de femmes trentenaires se retrouvent aujourd’hui dans l’impasse affective et familiale, voyant l’horloge biologique tourner, par échec dans la recherche de la virilité. Ce qu’elles veulent ce sont des hommes, des vrais. Des pères en somme. Mais la question qui résonne est toujours la même : « Où sont-ils ? » Cinquante ans après Mai 68, force est de constater la réussite du projet. Le père est inutile, l’on peut s’en passer dans l’éducation, dans le travail, dans le religieux (puisqu’il n’est que syncrétisme) et bientôt même dans la procréation. La croix est brisée en son socle. Ce projet transhumaniste ne date pas d’hier, les réseaux féministes qui affirment, comme Caroline de Haas « qu’un homme sur deux ou trois est un agresseur » ne sont que le fer de lance d’un processus bien plus lointain, qui mélange symbolisme, anthropologie et politique et qui a pour objectif de faire disparaître le père, pour faire disparaître le Christ.
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Pour bien comprendre le processus, il nous faut remonter au roi pré-chrétien, à ce que Michel Rouche nomme le « roi-prêtre ». Si ce dernier préfigurait déjà la perfection du futur monarque de droit divin, il comportait certains défauts de fabrication, tels de vieux débris des communautés matriarcales premières qui, certes connaissaient le pouvoir de l’homme, mais jamais du père. Le roi païen qui n’était, selon l’étymologie originelle de « king », que l’époux d’une déesse de qui il puisait sa souveraineté, se faisait et se défaisait par le sacrifice. Après une bataille, un problème de renouvellement démographique, le roi était alors déposé et au fil d’une crise mimétique était sacrifié. Ainsi, la souveraineté remontait à la déesse (l’on connaît des déesses irlandaises mariées à des dizaines de rois), puis elle redescendait sur le nouveau noble lors d’une élection. Ces résidus du matriarcat, le catholicisme va les rayer des radars. Le Roi de France n’est plus l’époux d’une déesse mais devient le Lieutenant du Christ. Terminée également la crise mimétique, le Roi reçoit l’onction suprême à Reims et donne son royaume en héritage à son fils aîné. Il devient alors le symbole absolu du Père, à la fois Père du peuple et représentant du Christ, vrai Roi de France. Ainsi, toute une architecture de contrôle va s’opérer du plus haut de l’Etat jusqu’au sein des familles, la croix est parfaite : l’homme est le père, le chef de famille, il lègue ses terres à son premier fils. La femme, symbole de la Sainte Vierge, est responsable du foyer et de l’instruction des enfants. Les sociétés matriarcales sont vaincues, le cycle éternel de l’ordo ab chaos est stoppé, l’espérance chrétienne est née. La figure du Roi, et donc en particulier du Roi Chrétien, est celle qui fait naître la première forme du patriarcat.
Le roi païen qui n’était, selon l’étymologie originelle de « king », que l’époux d’une déesse de qui il puisait sa souveraineté, se faisait et se défaisait par le sacrifice
La Révolution – ou plutôt son idéologie – va proposer un retour en arrière. Contrairement à ce que la doxa de l’établissement nous raconte à longueur d’émissions médiatiques, il va s’agir d’une tentative de retour au pré-chrétien par le biais d’une crise mimétique. Et force est de constater, encore une fois, que le projet a fonctionné. Louis XVI sera guillotiné, sa souveraineté divine remontera aux cieux pour redescendre de manière désordonnée lors de futures élections. Robespierre, conscient de la nécessité du religieux et de sa primauté sur toute forme de culture, tentera le culte de l’Être Suprême ; une figure tutélaire de la déesse païenne et gnostique d’antan, future épouse du représentant du régime républicain. Selon une analyse toute girardienne, en faisant couler le sang du Roi, donc symboliquement du Christ, les révolutionnaires font rentrer la France dans un nouveau cycle. Mimétique, violent, ayant pour but la promotion d’un nouveau monde, c’est un ordre nouveau (après le désordre viendra le nouvel ordre), et une culture nouvelle. Le Nouvel Adam est alors en marche.
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Sans la destruction de la partie verticale de la figure paternelle – celle représentée par le Roi, sans les deux guerres mondiales qui ont fait se battre entre eux les pères de famille, les catholiques et les paysans, Mai 68 n’aurait pu voir le jour. La verticalité était brisée, la révolution des lumières pouvait continuer son combat et s’attaquer à la partie horizontale de la figure, celle qui faisait encore de l’homme le chef de famille, le protecteur et le garant de la tradition. « Il est interdit d’interdire », à la base une boutade de Jean Yann, sera le slogan parfait pour clouer au pilori la figure du père. Encore représentant de la Loi, garant du « non » au sein des familles comme dans la vie civile et politique, le père était cet empêcheur de tourner en rond vers le progrès, vers « le sang nouveau de la France » comme l’a avoué le Général de Gaulle avant sa chute. Car oui, si le Roi de France était le représentant du Christ, donc de la partie verticale de la Croix, le Général symbolisait encore malgré tout les restes d’une France traditionnelle, une France libre et indépendante. Il fallait donc supprimer l’autorité du père de la nation pour que, comme toujours, l’autorité du père de famille soit définitivement rincée. L’auto-sabordage du référendum a été, pour de Gaulle et pour la France, la marque fondatrice de la décadence. Léon Bloy ne disait-il pas « Le suffrage universel, c’est l’élection du Père par les enfants », et les étudiants bourgeois voulaient en finir avec les derniers freins empêchant la modernité complète. Leurs pères devaient donc dire amen, et payer la note.
La Croix familiale et paternelle à terre, il semblerait que cela ne suffise pas. L’homme, le masculin, la virilité existent encore de manière résiduelle. Et le processus révolutionnaire ne peut pas l’accepter car il sait que derrière chaque homme debout se trouve une possibilité de retour au Christ. Alors, comme un retour final aux communautés primitives matriarcales, l’on va tenter d’écarter l’homme de la seule chose qu’il peut encore faire dans ce monde : procréer. L’on se croirait presque chez les Argonautes. Les rêves transhumanistes collent parfaitement avec les mouvements ultra-féministes pour permettre aux femmes de fonder seules leurs familles (GPA, PMA sans père) et l’objectif sera la concordance des nouveautés technologiques (création de spermatozoïdes en laboratoire), avec l’idéologie ambiante (la femme toute-puissante). « Dis maman, c’est quoi un papa ? » demandera l’enfant. « Demande à ton oncle, tu vois bien que je suis occupée avec mon nouveau robot ma chérie », répondra la mère.
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