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Si le Benelux a encore une longueur d’avance, l’islam politique avance, lentement mais sûrement, ses pions dans l’Hexagone.
« Très inquiet ce soir des scores de la liste Étudiants musulmans de France qui devient la deuxième force étudiante de l’Université d’Orléans. Le communautarisme, d’où qu’il provienne, n’a rien à faire dans ces élections. Il est urgent d’identifier à Orléans les causes de ce repli », a déclaré Yann Chaillou, ancien coordinateur MJS du Loiret et actuel assistant parlementaire de François de Rugy, à l’issue des élections étudiantes du 27 mars 2018. Un message honnête, quoique tardif, qui a suscité son lot de commentaires, forcément indignés. À l’image de celui de Mariam Eddbali, vice-présidente de l’Association européenne des étudiants en droit d’Orléans: « Je ne vois effectivement aucun communautarisme dans le programme présenté par la liste d’EMF. Juste de la haine dans ton tweet ». Carrément.
Créée en 1989 sous le nom d’Union islamique des étudiants de France, avant d’être définitivement rebaptisée en 1996, l’Association des Étudiants musulmans de France a régulièrement fait parler d’elle : en 2015, elle était pointée du doigt dans un article du Canard, au motif que les Étudiants Musulmans de France auraient pu aider le terroriste Sid Ahmed Ghlam à trouver un logement dans une résidence étudiante. De quoi jeter un peu plus de suspicion sur un mouvement considéré comme un sous-marin des Frères musulmans.
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Les résultats exceptionnels des Étudiants Musulmans de France à Orléans sont-ils une anecdote ou un symptôme ? Y a-t-il en France et en Europe une volonté de certains musulmans d’obtenir une représentation politique directe ? À Rotterdam, où nombreuse est la population issue de l’immigration musulmane, l’islam joue déjà un rôle central dans la vie locale, encore accentué lors des dernières élections municipales de mars. Pour la première fois dans l’histoire néerlandaise, les partis de gauche traditionnels se sont alliés au parti Nida dirigé par Nourdin el-Ouali, dont le profil ne sera pas sans évoquer celui de Mohammed Ben Abbes dans le roman Soumission de Michel Houellebecq, qui illustre la progression des idéaux islamiques dans les populations immigrées musulmanes, mais aussi, plus grave, de leur normalisation pour une partie de l’opinion publique prétendument libérale, ou de gauche.
Aux Pays-Bas s’acoquiner avec les religieux en politique n’est donc plus un tabou. Ce serait même parfois une nécessité pour vaincre le « populisme » et affronter l’« extrême droite ». À Rotterdam, l’entente entre les fumeurs de marijuana à bicyclettes et les hipsters islamistes s’est déjà éteinte, le temps d’un petit shoot planant. Un vieux tweet de 2014 du parti Nida, établissant une comparaison entre la politique de l’État d’Israël et l’État islamique aura eu raison de cette alliance de circonstance ; du moins pour les Verts et les Travaillistes, les socialistes n’ayant pas rompu. « Sionisme = Isis », un propos qu’assument toujours les cadres de Nida, lesquels ont demandé que ce message soit replacé « dans le contexte du débat de l’époque ». Et Nida n’était pas le seul parti islamiste à concourir. En effet, le parti communautaire turc Denke a aussi accompli une belle performance électorale, avec 4 élus! Au total, Rotterdam a donc six représentants communautaires sur 41, quand le Leefbar (droite dite populiste) en compte 11 et le PVV de Geert Wilders seulement deux.
Après avoir flatté l’électorat issu de l’immigration pendant des années, cédant sur tout, la gauche belge pourrait donc perdre progressivement cet électorat au profit de formations directement communautaires
Les Pays-Bas sont un laboratoire de la postmodernité où les communautés deviennent des acteurs politiques incontournables, soit qu’elles soient créées autour d’affinités électives, en témoignent les nombreuses listes « animalistes » et « antispécistes » à chaque élection dans le royaume des Orange-Nassau, soit qu’elles se constituent autour de communautés ethnico-religieuses, ainsi de l’islam turc avec Denke. Pour l’heure, le danger reste limité et les Néerlandais ne semblent pas en prendre la mesure, habitués qu’ils sont aux excentricités de certains des sujets du roi WillemAlexander. Pourtant, la démographie aidant, il se pourrait demain que certaines communautés deviennent incontournables et soient amenées à influencer toutes les politiques du pays.
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On pourrait aussi citer le parti Islam en Belgique, actuellement crédité d’intentions de vote importantes, qui inquiète jusqu’à la gauche pourtant très molle d’Elio Di Rupo : « Le parti Islam place la religion au-dessus des lois. Il veut imposer la charia, mais c’est la loi qui doit s’imposer sur la foi ». Créé en 2012, ce parti liberticide, qui refuse de présenter ne serait-ce qu’une seule femme sur ses listes, a été un temps lié à un acteur de la « dissidence » légèrement déséquilibré, le belge Laurent Louis. Les connaisseurs de la carte électorale belge pensent que la formation Islam pourrait dépasser les 5 % aux prochaines élections communales, dans ses fiefs d’Anderlecht et de… Molenbeek. Échaudée par les événements récents, la classe politique belge refuserait désormais de jouer le jeu des accommodements raisonnables avec l’islam. Les petites concessions ne sont plus à l’ordre du jour. Il n’y aurait plus d’horaires aménagés pour les femmes dans les piscines, ni de jours fériés non-occidentaux, ni de voiles dans les écoles. En réaction, une frange des musulmans s’est organisée politiquement pour faire valoir les intérêts de sa communauté.
Après avoir flatté l’électorat issu de l’immigration pendant des années, cédant sur tout, la gauche belge pourrait donc perdre progressivement cet électorat au profit de formations directement communautaires. Le fruit d’une longue bataille culturelle dans les quartiers de l’immigration, qui se séparent volontairement des populations majoritaires. La France ne sera certainement pas épargnée. Le média qatari AJ+ français, vitrine inclusive, pseudo-féministe, antiraciste – cochez les cases manquantes – d’Al Jazeera a notamment diffusé une vidéo sur l’intervention d’Emmanuel Macron face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, jugeant que le Président aurait une vision « clichée » du voile islamique. AJ+ français est un outil moderne, loin des excès du parti Islam belge, destiné à capter l’attention des classes moyennes musulmanes vivant en France, intégrées et disposant d’un pouvoir d’achat important. Car la prospérité économique n’est pas automatiquement corrélée à une assimilation culturelle.
Le danger est grand pour nos sociétés de se réveiller un jour encore plus atomisées qu’elles ne le sont. Au quartier de la Reynerie à Toulouse deux nuits d’émeutes ont secoué la ville après la mort d’un détenu du quartier, et le contrôle policier d’une femme refusant d’ôter son niqab. Quant aux personnalités politiques et médiatiques qui ont osé s’étonner du voile islamique qui couvre le visage de Maryam Pougetoux, présidente de l’Unef Paris IV, elles ont été désignées par une bonne partie de la gauche comme des propagandistes d’une « vision radicale de la laïcité ». Si les Étudiants Musulmans de France font de l’entrisme à l’UNEF, pourquoi les empêcher de mettre la charia au programme ?
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