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RC Lens : entre la houille et la rose

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Publié le

18 juin 2018

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RC LENS

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Le Racing Club de Lens est emblématique du Pas-de-Calais. Il a su faire émerger plusieurs figures qui ont incarné l’histoire économique et sociale de l’une des plus grandes régions minières d’Europe. De son origine bourgeoise en 1906 au club des gueules noires puis des ch’tis, c’est un club populaire et porteur d’une identité « ouvrière », devenu un mythe.

 

Le 9 mai 1998, quand le R.C. Lens remporte le titre de champion de France, Libération écrit que « la singularité du club réside dans l’histoire du pays minier ». Le club est pourtant fondé en 1906 en centre-ville par des jeunes gens issus des classes moyennes ayant découvert le football dans les établissements d’enseignement secondaire d’Arras. Alors club de distraction, fréquenté par des gentlemen footballers, c’est une sorte une greffe bourgeoise du modèle anglais. Les quartiers populaires de périphérie n’ont, eux, pas encore la balle aux pieds. Club minier géographiquement, il n’en demeure pas moins bourgeois sociologiquement.

Entre 1920 et 1930 le club se popularise progressivement. Les tribunes deviennent un lieu de distraction populaire et par là-même un instrument sportif de paix sociale, aux mains du patronat minier adepte d’un paternalisme simple et fédérateur. Le football devient alors un élément de distraction populaire au même titre que la pêche du dimanche, la chasse à la belle saison et la colombophilie. Il se présente comme un nouvel opium, permettant aux mineurs d’échapper aux dures conditions de travail du quotidien. Le phénomène d’identification à la ville commence avec les premiers « Nous, les Lensois!» scandés avec ferveurs dans les gradins, et à la compagnie des Mines de Lens. Pour les ingénieurs, le football transpose la logique d’encadre- ment et de contrôle du monde du travail dans le sport et assure la formation du mineur-joueur, de l’ouvrier footballeur, à la fois discipliné, solidaire et respectueux des règles. Le football entretient la culture d’entreprise et défend la réputation de la compagnie. Le club choisit en 1934 le professionnalisme et commence à recruter des joueurs de l’extérieur ; les compagnies houillères utilisent les footballeurs-mineurs à leur avantage. Ceux-ci bénéficient d’un statut protégé et d’aménagements des conditions de travail. Ils sont « au jour» et plus «au fond». Il gagne ensuite en notoriété populaire par un palmarès impressionnant. Les classes laborieuses constituant le peuple des tribunes s’y identifient et créent un club de supporters.

 

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À la libération et avec la nationalisation des Houillères, dans un contexte de mobilisation des mineurs engagés dans la bataille du charbon, les résultats du R.C. Lens prennent une portée politique. La municipalité communiste façonne l’image du club autour de son journal ; des «gueules noires» véhi- culant les valeurs de courage, solidarité et virilité. Les récentes polémiques lancées par la gauche sur l’homophobie dans le monde du football n’intéressaient visiblement pas les mineurs de fond qui n’étaient autres que des mâles blancs cisgenres surexploités. Le R.C. Lens n’est plus uniquement le club des mines. Il est désormais surtout celui des mineurs. Le R.C. Lens devient alors l’incarnation d’une identité de classe. À partir de 1948, l’opposition au LOSC e forge par un clivage sociologique entre « Lens la prolétaire » et « Lille la bourgeoise ». La filière minière systématise son paternalisme et le club devient un moyen de promotion et d’ascension sociale pour la classe ouvrière et un instrument d’intégration pour les ouvriers immi- grés polonais de seconde génération. Les footballeurs-mineurs deviennent des membres à la fois privilégiés et très surveillés de la communauté des « Gueules Noires ». Les joueurs sont soumis aux regards du public mineur y compris en dehors du terrain.

Le club de supporters est réorganisé pour en faire un outil de contre-infuence communiste (après les grèves de 1948), de pacification et de dépolitisation. Il est servi par l’hebdomadaire?Sang et Or, instrument de communication des Houillères Nationales. En?1956, le Supporter Club de Lens déclare 5000 adhérents et concentre de plus en plus la vie collective des cités.?Le stade Bollaert devient le théâtre du?« Nous » ouvrier. Les spectateurs se répartissent en fonction des divisions de la société minière : tribune officielle pour les ingénieurs des Mines et les notables du centre, et virages pour les habitants des cités périphériques. Avec la crise du monde minier, la désindustrialisation et le déclassement régional, le R.C. Lens descend en ligue 2. En 1969, le conseil d’administration dissout le club professionnel. La période est marquée par les grèves de 1963 et le plan Bettencourt, visant à fermer des puits et diminuer la production charbonnière. Malgré tout, le club se recompose et renoue avec le professionnalisme.

 

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Privé du mécénat des Houillères, le club renaît sous l’égide de la municipalité socialiste et de son maire Delelis. Cette municipalisation doit permettre à Lens de s’éloigner d’une représentation strictement ouvriériste, en se débarrassant de « Lens les Mines », capitale du charbon, pour adopter « Lens la Ville » sportive et moderne. Le club sauvé de l’abandon n’est plus celui de la mine mais un club ouvert à toutes les forces économiques vives de la région. Le R.C. Lens devient un club populaire élargi au-delà du monde ouvrier, s’adressant à l’ensemble du Nord Pas-de-Calais. Malgré cette modernisation, le jeu adopté par le club reste le style « mouiller le maillot » plutôt que la technicité, encouragé par « le meilleur public » de France, plus Ch’ti que « Gueules Noires ». Cette identité régionale et populaire du club, plus identitaire, est explicitement montrée par la scène de Bienvenue chez les Ch’tis tournée à Bollaert. En 1988, c’est un fils d’ingénieur des mines nommé Gervais Martel qui reprend le club, et en fait une véritable aire commerciale ouverte aux investisseurs et aux capitaux étrangers.

Le supporter à Bollaert, est un spectateur-acteur. Il participe à cette transmission du patrimoine immatériel et de cet imaginaire

Le passé minier n’est pas renié mais dilué dans les qualificatifs de « populaire », « local », et subsiste à l’état de folklore. Au début de seconde période, le stade entier se lève et entonne fièrement « Au Nord c’était les corons ! » de Pierre Bachelet. Comment le R.C. Lens à l’heure du football mondialisé conserve-t-il cette fibre du supporter et de l’identité ? Les o ciels du R.C. Lens nous répondent que les supporters s’identifient au club, à son histoire, à l’héritage socio-culturel qu’il transmet via la lampe de mineur sur le blason. La singularité de la symbolique du club est un vecteur d’identité : le blason, le seul stade « à l’anglaise » (composé de quatre tribunes séparées), l’identification aux couleurs plus qu’à la ville, sang et or, la présence d’un cop’ en tribune latérale et la très forte mixité sociale au sein même des tribunes. Le supporter à Bollaert, est un spectateur-acteur. Il participe à cette transmission du patrimoine immatériel et de cet imaginaire. La fierté des supporters de transmettre s’exprime à chaque rencontre du Racing ce qui explique la constante ferveur du stade malgré les aléas du sport. La direction assure axer les prochaines saisons sur l’entretien de cette identité.

Ainsi, que l’on soit de Saint-Omer ou de Dunkerque, que l’on partage les valeurs de la région et de la mine, l’on peut affirmer, comme à chaque match : « Nous sommes tous des enfants du Racing ! »

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