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Catégorisés comme une population à risque par les pouvoirs publics, parfois fichés, les supporters de football ont été régulièrement la cible d’articles sensationnalistes. Nombre de faits-divers et de drames, à commencer par les morts du stade du Heysel lors de la finale de Coupe d’Europe des clubs champions entre Liverpool et la Juventus de Michel Platini, n’auront pas contribué à améliorer l’idée que la majorité de la population se fait de la culture des tribunes.
« Ma vision du supporterisme est certainement différente de celle du consommateur de sport lambda. J’aime mon club, son histoire et surtout ma tribune. Je supporte le PSG parce que c’est le club de ma ville, peu importe qui en est à la tête. On peut le comparer à celui qui aime son pays, pour son histoire, son patrimoine, mais pas pour son gouvernement », nous dit immédiatement Pierre, membre de la Tribune Boulogne. Très disert, ce grand gaillard dans la trentaine au physique intimidant est un passionné qu’on aurait tort de réduire à l’image univoque de brutalité aveugle que les médias ont donné des membres du Kop of Boulogne.
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Comme toutes les contre-cultures européennes de la seconde moitié du XXème siècle, la culture du supporterisme est une nébuleuse riche et diverse, répondant à des codes spécifiques, tant vestimentaires que sociaux. Pierre nous en dit plus sur ce qui pousse des individus insérés dans la société, extérieurement normaux, à tout donner pour un club de football, et surtout pour une bande d’amis : « Un hool cherche avant tout à se faire respecter et à s’imposer face à ses adversaires. Inspirer la crainte chez l’autre est très important. Il doit représenter son Club, sa tribune et même son groupe. Il existe une sorte de compétition officieuse, comme un championnat parallèle où on doit toujours ressortir les premiers ».
Au fond, ces hommes viennent au stade par amour du jeu, mais y restent pour la communauté, le clan. « Évidemment tout ceci passe par la violence, mais au delà de la violence aveugle, c’est une très bonne école de la vie : la fraternité, l’entraide, le courage, le dépassement de soi, le sens de la hiérarchie par exemple. Cela nous donne confiance en nous, et confiance en nos frères d’armes. C’est encore plus fort qu’une armée. Une armée se bat avec des individus mis ensemble aux hasard, alors que nous c’est par choix. La passion du foot reste tout de même secondaire, dans le sens où le foot n’est qu’un vecteur », ajoute-t-il quand on lui demande ce que vient faire le football là-dedans.
Au fond, ces hommes viennent au stade par amour du jeu, mais y restent pour la communauté, le clan
C’est cette excitation du stade, sinon cette sauvagerie, que l’on peut aussi retrouver dans certains concerts ou dans la pratique de sports extrêmes, qui fascine et qui subjugue tant de jeunes hommes en quête d’adrénaline dans une société de plus en plus aseptisée : « La première fois que je suis allé voir jouer le PSG contre les Rangers en 2001, je n’y connaissais rien au monde des tribunes. Mais en sortant du métro de la porte de Saint-Cloud je me souviens de cette ambiance électrique palpable et de plusieurs petits incidents autour du rond-point de cette même porte. C’était impressionnant et excitant à la fois. Une fois dans le stade, je me souviens d’avoir passé une grande partie du match à contempler la tribune Boulogne plutôt que le match ».
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Se jouent entre supporters, « ultras » ou « casuals », de petites guerres urbaines rappelant le temps des Apaches de la Belle époque à Paris. Quand on l’interroge sur les différences entre les différents groupes de supporters, leurs visions des tribunes, Pierre est d’ailleurs intarissable : « Tout nous oppose ! En revanche, ça n’a pas toujours été le cas, mais depuis le fameux match Le Mans- PSG en 2005, et le conflit Tigris Mystic / Boulogne Boys, beaucoup d’animosité s’est créée et le conflit s’est tout simplement transformé en conflit Auteuil / Boulogne. Qu’on le veuille ou non, au début ce qui était une guerre de tribune, s’est finie en guerre politique. Cette situation reste toujours présente même plusieurs années après les dissolutions de groupes, en témoigne le déplacement à Bordeaux pour la finale de la coupe de la ligue : Monaco- PSG » Lors de l’Euro 2016 en France, les hooligans russes et anglais s’étaient opposés dans les rues de Marseille, parfois très violemment. Y-aura-t-il une Coupe du monde parallèle et officieuse des « hools » en Russie ?
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