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La Suède va-t-elle basculer dans le camp populiste?

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Publié le

5 septembre 2018

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Aux élections législatives, la Suède s’apprête à envoyer au Parlement une représentation inédite : « Les démocrates suédois », dont la percée est attendue, pourraient remettre en cause des décennies de consensus.

 

Septembre 2014, dans l’ouest de la Suède, des collègues venant de divers horizons politiques se retrouvent pour regarder les résultats des dernières élections. Au fur et à mesure de la soirée, les visages des nombreuses étudiantes scandinaves et allemandes de la gauche féministe se crispent. 13 % pour la droite souverainiste, le chiffre apparaît sur les écrans. C’est un séisme politique. Quatre ans après, la gauche progressiste va-t-elle vivre un nouveau cauchemar ?
La Suède est pourtant un pays bien gouverné : les services publics fonctionnent, les avancées technologiques (fibre optique sur tout le territoire, modernisation et grande efficacité des services publics grâce au numérique) sont omniprésentes, la plupart des villes sont propres et silencieuses, la police ne manque pas d’effectifs, les universités offrent à leurs étudiants les meilleures conditions d’enseignement, et les Suédois jouissent d’un des plus hauts niveaux de vie du monde.

 

 

Mais en dix ans, la Suède a connu dix victimes du terrorisme islamiste. Certes, ce chiffre n’est pas comparable avec les 250 morts en seulement cinq ans dans l’Hexagone, mais pour les meurtres, on compte une moyenne de 1,08 homicides volontaires pour 100 000 habitants en Suède contre 1,23 en France (2016). Bref le « modèle scandinave » n’est pas obsolète, mais la Suède change de visage. Le vivre-ensemble nordique est contesté, en particulier vis-à-vis des femmes.

 

« La capitale européenne du viol »

« Stockholm, capitale européenne du viol » : ce slogan a révélé l’insécurité culturelle qui règne dans certains quartiers suédois. Dans les concerts, des espaces en non-mixité ont fait sensation. Le nombre de viols en Suède est en effet le plus haut de l’Union Européenne, mais le féminisme, plus important qu’ailleurs, amène les femmes à signaler plus de viols que dans d’autres pays. De plus, certains actes, qui à l’étranger ne font pas partis de la définition du viol, sont définis en Suède comme tels: c’est le cas d’une agression sexuelle ou d’une violence corporelle par exemple. Enfin, si certains pays européens comptent les viols en réunion ou les viols domestiques comme un seul et unique viol, la police suédoise compte un viol pour chaque acte sexuel – une séquestration de 365 jours avec un viol par jour comptera pour 365 viols, non un seul comme ailleurs, et pour un viol en réunion impliquant 10 personnes, 10 viols seront comptabilisés. La tendance est forte et devrait amener la Suède à voir ses statistiques liés au viol augmenter dans les prochaines années. Dans les urnes, la tension est palpable.

 

Lire aussi : Asile et immigration: Gerard Collomb devrait s’inspirer du Danemark

 

En 2014, lors des dernières législatives, le parti socialiste suédois (S), « les sociaux-démocrates », était arrivé en tête avec 31%, leur donnant 113 sièges au parlement. Le parti de centre-droit, « les modérés », qui se dé nit comme « libéral-conservateur » avec la liberté individuelle au centre de son action politique, avait terminé second avec 23,3 % et 84 sièges, une chute de 23 sièges par rapport à l’élection de 2010. Enfin, en troisième place, arrivait l’équivalent suédois du Rassemblement National, «les démocrates de Suède» (SD). Le parti de Jimmie Åkesson avait récolté 12,9 % des voix et 49 sièges, un gain de 29 sièges. Avec un programme protectionniste, il estime que l’État providence suédois a trop été usé par l’universalisme de ses services publics et pas assez regardant à ses frontières. L’élection comptait par ailleurs six autres partis: «les verts», «le parti du centre», « le parti de gauche », « les libéraux », les « chrétiens démocrates » et « initiative féministe ! ».

 

Un parlement éclaté

Aucun des partis ne remet en question l’État-providence, pilier des sociétés nordiques. La Suède est aussi, avec le Japon, le pays ayant le plus haut niveau d’adhésion aux valeurs rationnelles-séculières au sein de sa population, valeurs largement corrélées à la modernité. Dès lors, un programme anti-moderne, décroissant ou traditionnel n’est guère efficace dans ce pays marqué par le luthéranisme. Il est à prévoir que, exactement comme cela s’est passé en France en 2017, la plupart des voix perdues par l’aile gauche du parti social-démocrate iront au parti de gauche suédois (l’équivalent de LFI). Les déçus de tout bord, ainsi que les gens excédés par l’immigration, voteront pour « Les démocrates suédois ». Les sociaux-démocrates seront sanctionnés et la droite devrait stagner voire perdre des voix par rapport à 2014. Les démocrates suédois s’attendent logiquement à une percée : une augmentation de presque 20 % en dix ans. Dans un Parlement élu à la proportionnelle, cette tendance a des effets immédiats.

 

Ce Parlement éclaté pourrait alors se tourner vers des alliances de circonstances, notamment sur l’immigration

 

Les «démocrates suédois» s’imposeront alors comme la deuxième force politique indépendante – peut-être même la première – de Suède. Il est néanmoins peu probable qu’ils puissent former une coalition. Les partis de droite (l’Alliance) et de gauche s’agiteront pour construire des coalitions susceptibles de faire barrage à la droite souverainiste. Jimmie Åkesson (SD) ne devrait donc pas être premier ministre en septembre et la Suède sera difficile à gouverner. 20 % d’électeurs donnent 80 députés à la droite souverainiste, presque deux fois plus qu’en 2014. Ce Parlement éclaté pourrait alors se tourner vers des alliances de circonstances, notamment sur l’immigration.

La droite modérée est en effet contrainte de considérer cette partie du pays qui vote pour les Démocrates Suédois. Même la gauche doit changer de logiciel. Les sociaux-démocrates au pouvoir ont fermé les frontières suédoises en 2015, lors de la crise migratoire. Visiblement, cela n’a pas suffit.

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