Asile et immigration : Gérard Collomb devrait s’inspirer du Danemark

@DR

Qui suspectera le Danemark d’être sorti du « cercle de la raison » ? Vieille monarchie parlementaire, la patrie d’Andersen est un modèle de social-démocratie libérale, souvent cité en exemple par notre paresseuse classe politique hexagonale. Avant que l’islamisme ne prenne racine au Danemark, le royaume était une quasi-utopie beatnik. Pas plus la xénophobie que le racisme haineux ou le sexisme n’y avaient leur place. Pour tout dire, les Danois étaient même un peu naïfs. Il se sont brutalement réveillés en 2005, lorsque des Pakistanais mirent à prix les têtes des dessinateurs du quotidien danois Jyllands-Posten, pour des caricatures du prophète Mahomet jugées blasphématoires.

 

Progressivement, les tranquilles Scandinaves prirent conscience des problèmes posés par l’immigration massive sur leur mode de vie. Kurt Westergaard, caricaturiste frappé d’une fatwa, a même manqué de perdre la vie à plusieurs reprises. En 2008, trois hommes, dont un Danois d’origine marocaine et deux Tunisiens, étaient arrêtés avant de passer à l’acte. Deux ans plus tard, un Somalien armé d’une hache pénétrait au domicile de monsieur Westergaard, qui s’en sortait miraculeusement grâce à une alarme installée par la police. Puis tout s’est accéléré en 2015, tout juste un mois après l’attentat qui avait visé les locaux de Charlie Hebdo, date à laquelle une fusillade éclatait au centre culturel Krudttønden lors d’une conférence sur « l’art, le blasphème et la liberté d’expression », provoquant la mort d’un homme et trois blessés graves.

Simples et pragmatiques, les Danois ont donc choisi de limiter l’immigration, renforçant chaque année un peu plus les conditions d’entrée. Une jeune génération d’hommes et de femmes politiques s’est, d’ailleurs, levée pour défendre fièrement l’identité danoise, sans jamais s’abandonner au chauvinisme stupide ou à un folklorisme stérile qui fait florès chez nous Dès 2016, Inger Støjberg, jeune ministre de l’Immigration et de l’Intégration de centre droit, s’exposait en présentant une loi durcissant le droit d’asile, faisant fi des menaces du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU qui déclarait le projet contraire « aux standards européens et internationaux de protection des droits de l’Homme » et de nature à « alimenter la peur et la xénophobie ». Le Danemark demande aux immigrés une assimilation minimale : obligation d’apprendre la langue, respect des valeurs essentielles et des coutumes traditionnelles du pays, etc. Du simple bon sens. 

Le Danemark est bien la preuve qu’une politique ferme en matière migratoire ne signifie pas automatiquement l’avènement de démocraties dites illibérales

Une évolution rendue possible par des éléments endogènes propres au Danemark : des institutions faisant la part belle à la négociation transpartisane, et la montée du Parti populaire danois qui a obligé le centre-droit à agir. L’actualité et les évènements – terrorisme en Europe, crise migratoire, médiatisation de l’échec de l’intégration en France ou en Suède – ont fait le reste. À tel point que Venstre, le Parti libéral du Danemark d’Inger Stojberg, est présentement dépassé sur le terrain de la lutte contre l’immigration, par … les sociaux-démocrates traditionnellement de gauche. Le 5 février, Mette Frederiksen a présenté un rapport diffusé sur internet, appelant à réformer une nouvelle fois le système d’asile danois pour limiter l’arrivée d’étrangers extra-occidentaux !

Ainsi, la formation sociale-démocrate propose une mesure ressemblant étrangement à ce que défendait voici quelques semaines Gérard Collomb, consistant à renvoyer les demandeurs d’asile vers des centres d’accueils dans des pays hors d’Europe, durant la période d’examen de leur demande. Mette Frederiksen va même beaucoup plus loin, car les demandeurs d’asile dont la demande serait acceptée ne pourraient tout de même pas s’installer au Danemark, restant dans le pays de transit où la demande aura été traitée, à la charge financière du royaume scandinave. Les Danois craignent plus que tout un changement de population, comme l’a confirmé madame Frederiksen : « La population au Danemark a changé rapidement en peu de temps. En 1980, 1% de la population danoise n’était pas d’origine occidentale. Aujourd’hui on est à 8% » Des propos pour lesquels elle pourrait être convoquée devant les tribunaux en France, à l’image de ce que subit actuellement Nicolas Dupont-Aignan.

 

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Le Danemark est bien la preuve qu’une politique ferme en matière migratoire, probablement plus dure que celle qui est actuellement menée en Hongrie, ne signifie pas automatiquement l’avènement de démocraties dites illibérales. Qui pourra contester que le Danemark est une démocratie libérale parfaitement normale ? Les sujets de la couronne danoise bénéficient d’une grande liberté d’expression, de même que la presse. Quant au fonctionnement des institutions, il n’est pas moins démocratique que ce qui se pratique en Espagne, en Italie, en Allemagne ou en France. Il sera intéressant, demain, d’observer les renversements d’alliance au sein du Parlement européen renouvelé. Il se dit notamment dit que la République En Marche cherchera à former son propre groupe. Logique, les groupes politiques traditionnels du Parlement devraient exploser. Quid des partis danois ? Ont-ils leur place dans des groupes qui organisent et appuient l’arrivée desdits migrants ?

 

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grobin@lincorrect.org