L’une, Angot, sort un roman (Un Tournant dans la vie), l’autre, sans ses Queens, un album (Chris); toutes deux s’apprêtent à dominer la rentrée culturelle ; toutes deux sont aussi survendues et vaines ; toutes deux se font appeler Christine. Sont-ce leurs seuls points communs ? Non.
Elles ont la même coupe de cheveux
Angot:
Version garçonne austère et fade, type élue socialiste d’une circonscription du Nord, pour Angot. Elle nous l’imposera encore au moins une année entière sur le plateau de Laurent Ruquier.
Chris:
Chris, la chanteuse, l’affichera sur les plateaux de télévision américains afin de complaire au puritanisme dé-genré mais plus guère dérangeant qui sévit outre-Atlantique, en faisant mine d’avoir changé de sexe parce que le coiffeur s’est raté.

On tire le même genre d’extraits débiles de leurs dernières œuvres
Angot:
« Il a mis son sexe entre mes cuisses.?– Noooooon. Je t’ai dit non. NON NON NON.
– T’es méchante ! / Il a bondi hors du lit. »
« – Moi, quand je dors pas, j’ai mal au cœur.
Pourquoi tu dors pas dans le bus ? Qu’est-ce que tu fais toute la nuit ? Les autres, ils dorment. Vincent il dort… qu’est-ce que tu fais pendant ce temps-là? Tu lis, tu réfléchis ? Tu rêves ? Tu regardes par la fenêtre ? C’est la nuit. Y a rien à voir.
– Je parle avec le chauffeur. C’est dur pour lui d’être seul. T’imagines s’il s’endort au volant ? »
Chris :
« Je suis allée noyer ma fame (célébrité, N.D.L.R.) puisque c’est elle qui t’a plu »
« Un billet pour Stella qui sucera mes amours déçus »
« Dans le noyau des villes, ils m’interpellent depuis leur quechu’ (???) »
« T’es, t’es, t’es qui ? De la monnaie, pas des vendus »
Comprenne qui pourra…
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Elles ne créent plus qu’au premier degré
Angot:
Le roman d’Angot ressemble au verbatim d’une demi-perverse se confiant à ses copines, sans le moindre ajout, ni de style, ni d’intelligence des choses. Elle est avec Alex, l’ingénieur du son, mais elle revoit Vincent, le musicien, avec qui elle a été auparavant (on aura reconnu Doc Gyneco). Quand elle est avec ce dernier, elle ne peut pas s’empêcher de l’aimer, et lui, pareil. Mais elle ne peut pas faire ça à Alex. Pas vrai, Réjane ? « On voit trop que vous vous aimez ! », assure Claire. Enfin, elle avoue plus ou moins la situation à Alex, entre deux « je t’aime », lequel la traite de pute, ce qu’elle trouve décidément intolérable. Du coup, elle va s’en plaindre à Vincent… Le tout est d’une platitude vertigineuse, et si ça n’a aucun intérêt pour les amateurs de littérature, ça pourra toujours intriguer un psychanalyste besogneux, bien que le cas en question n’ait rien non plus d’extraordinaire.
Chris:
Héloïse Letissier, ou Christine, ou Chris (bientôt Chr ?) a composé le single de son album en bouclant un sample de démo trouvé dans son logiciel de Musique Assistée par Ordinateur. Face au tollé suscité par cette découverte, les grands médias (France Inter, 20 Minutes, Le Monde, Les Inrocks…) ont volé au secours de l’artiste, en mégotant sur le fait que la chanson n’était pas un plagiat. Techniquement non, mais ça implique en revanche un haut niveau de fainéantise. Quant à Chris, voilà ce qu’elle a dit pour sa défense : « Quand Gainsbourg empruntait des mélodies à Chopin, est-ce que c’était du plagiat ? » D’une certaine manière, c’en était, mais on comprend peut-être mieux l’intérêt de plagier Chopin…

Ça se prétend d’avant-garde, alors que non
Angot:
Alors qu’avec Angot, on n’a finalement droit qu’à de la vulgaire « chick-lit » (comédies sentimentales bas-de-gamme à destination d’un public féminin), et pire : à de la chick-lit solennelle. La « reine de l’autofiction »a été bombardée icône d’un genre qui n’en est pas vraiment un, qu’elle s’est contentée de recycler à la manière d’une marque en vogue et dont le levier principal fonctionne sur un vulgaire voyeurisme inassumé, et tandis que la question de la réalité, de la fiction, de la zone intermédiaire, question qui fonde sa prétendue singularité, n’a, en littérature, au fond, aucun intérêt.
Chris:
Son art, qu’elle prétend « moite » n’est en réalité que du sous-funk variétoche suintant que refuserait même d’utiliser dans sa bande-son un réalisateur fauché de films érotiques. Chris nous vend du sexuel surgelé et fade, comme une de ces brandades de morue premier prix que l’on est obligé de noyer sous une pluie de sel sitôt sortie du micro-ondes pour en dissimuler l’absence totale de saveur. Tout comme les rayons surgelés des hypermarchés ne désemplissent pas de familles hagardes, il y a fort à parier que le public branché, tout aussi hagard, suivra les recommandations des critiques, et achètera l’album par palettes, pour ne pas se fatiguer à chercher mieux.
Alain Blanville et Romaric Sangars





