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Patrick Brion : « Le genre n’existe plus »

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Publié le

19 septembre 2018

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Patrick Brion @capture d'écran youtube

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Historien du cinéma, spécialiste du cinéma américain, créateur et voix du Cinéma de minuit, et auteur d’une monumentale encyclopédie du western, Patrick Brion explique la disparition du western.

Propos recueillis par Arthur de Watrigant

 

Pourquoi le western se fait-il aussi rare au cinéma ?

Il y a plusieurs raisons. La première est générationnelle. Dans les années 50, quatre westerns sortaient par semaine en France. Mais les grandes Majors se refusaient à les rendre disponibles à la télévision laquelle se contentait de westerns de troisièmes ou quatrièmes catégories ou de séries très inégales. La nouvelle génération de cinéastes (Spielberg, Scorsese, Coppola…) a ainsi grandi avec des mauvais westerns et s’est naturellement détournée du genre. La seconde raison est la reconnaissance même du genre : il n’a jamais été considéré comme prestigieux. Longtemps considéré comme mineur, car populaire, il a fallu attendre Danse avec les loups et Impitoyable pour qu’un western soit enfin récompensé aux Oscars. Enfin, la troisième raison est la guerre du Vietnam, une sale guerre pour les Américains. Les jeunes désertent au Canada, brûlent les livrets militaires et les soldats qui en reviennent sont considérés non comme des héros mais comme des salauds. Le western, un genre qui glorifiait la nation américaine avec ses grandes épopées, ses colons et les guerres indiennes, devient à cette époque inacceptable. Un nouveau type de western apparait, le western qui dénonce. C’est Little Big Man et Buffalo Bill et les Indiens où Custer est un tueur d’Indiens et Buffalo Bill un tueur de bisons.

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Ce qui n’est pas entièrement faux…

Le western n’a pas attendu ces films pour faire son mea culpa. Dès 1936 avec Ramona, Henry Kings met en scène le massacre d’une famille indienne. Et à partir des années cinquante, on assiste à un changement dans le western. Dans La Chevauchée Fantastique, les Indiens sont des adversaires nobles. John Ford les a toujours considérés avec une noblesse d’âme. Dans La Prisonnière du désert (1956) le chef indien Scar et le cow-boy Ethan, sont tous les deux des victimes des guerres indiennes. On peut également parler de La Dernière Chasse de Richard Brooks (1956) qui est une magnifique réflexion sur la violence et le racisme.

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Et que pensez-vous de la nouvelle vague des années soixante, avec Peckinpah et le western italien ?

Le western est un genre familial. Or, dans les années soixante, parce qu’il connaît une surenchère de violence, il perd une grande partie de son public. Puis vient le western italien qui, honnêtement, à l’exception de quelques-uns, est très médiocre. Entre Leone et Peckinpah, comment voulez-vous que le western trouve sa place ? Les grands réalisateurs comme Ford, Hawks ou Walsh sont dans le troisième âge, de même pour les acteurs. En dehors de Clint Eastwood, on ne trouve pas de nouvelles générations de réalisateurs et d’acteurs de western. Aujourd’hui dès qu’un western réapparait, on parle du « renouveau du western ». Mais c’est faux. La plupart des rares westerns sont des remakes comme True Grit, 3 h 10 pour Yuma, Les 7 mercenaires, et lorsqu’il y a des inédits comme le Costner (Danse avec les loups, 1990) ou Tarantino (Django Unchained, 2012), ils ne sont suivis de rien. Le genre n’existe plus.

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