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Emile Ratelband, un Néerlandais de 69 ans, sans doute contrarié par les années et les effets qui y sont attachés vient de demander à la justice de le rajeunir de deux décennies. Se disant « victime de discriminations » sur le marché de l’emploi et en amour à cause de son âge, le sexagénaire estime que sa demande n’est pas plus extravagante que celle qui consiste à changer de genre ou de nom.
Autre temps pas si lointain, autre lieu pas si éloigné, voici qu’un énergumène barbu (probablement un cousin?) est invité sur le plateau d’Arrêt sur images. Tandis que le journaliste lui donne du « Monsieur » pour l’appeler à s’exprimer, l’invité s’affole : « Je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme mais je ne suis pas un homme. Il ne faut pas confondre identité de genre et expression de genre. Je suis non binaire, donc ni masculin ni féminin ». Et le journaliste penaud de présenter aussitôt ses excuses. Les déconstructivistes à qui la réalité a pourtant rappelé violemment que la mort n’était pas qu’une construction jouissent sans doute du fond de leur tombe.
Ce genre de démonstration qui aurait jadis le plus normalement du monde relevé de l’asile fait aujourd’hui figure de découverte ontologique où l’on célèbre la dynamique de l’intelligence, le questionnement de la question, l’assaut sagace des grands édifices illusionnant la condition humaine. Aux obscures estampilles sociales dans lesquelles l’humanité s’est enfermée pendant des millénaires succède l’injonction immanente d’un nouvel être qui ne se définit et définit les choses que par l’autonomie de sa volonté. Jusqu’où irons-nous si même ce qui parvient à notre conscience fondamentale devient étranger, si la dialectique du relativisme qui ne connaît pas de limite s’impose comme la seule manière de penser le monde ? Au néant.
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Car la réversibilité de la réalité, celle des faits, celle de mots, ne donnera plus de sens à rien. Personne ne sera personne et les rapports sociaux ne seront qu’une suite de contractualisations dont on pourra bien sûr se dédire à tout moment car le fondement est un présupposé qu’il convient de remettre en question perpétuellement. Et c’est ce vers quoi nous nous dirigeons inéluctablement en refusant de porter l’estocade à notre mouvement contre le logos. Le faux dialogue philosophique jadis imaginé par Castoriadis pour ironiser sur le relativisme – « Vous vous contredisez. – Que veut dire vous? Je ne suis pas moi » – n’a aujourd’hui plus rien d’une farce.
La prophétie de Chesterton va au-delà même de la réalité : « Les feux seront allumés pour témoigner que deux et deux font quatre. Les épées seront dégainées pour démontrer que les feuilles sont vertes en été. Nous nous retrouverons à défendre non seulement les incroyables vertus et l’incroyable signification de la vie humaine, mais quelque chose d’encore plus incroyable, cet immense, impossible univers qui nous regarde en face. Nous allons combattre pour les visibles prodiges comme s’ils étaient invisibles.
Nous regarderons l’herbe et les cieux impossibles avec un courage étrange. Nous serons ceux qui ont vu et qui pourtant ont cru. ». Mais ce soliloque achevé, il vient à l’auteur la furieuse envie de penser exactement l’inverse de ce qui vient d’être dit. Car la seule vérité absolue, c’est que tout est relatif. Car il n’y a qu’une vérité absolue, c’est qu’il n’y a pas de vérité absolue. Et en écrivant cela, l’auteur se désespère de cette affirmation d’autorité qui contrevient au principe même de la relativité.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





