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Nicolas Dupont-Aignan : « Les Gilets Jaunes, c’est un peuple en résistance »

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Publié le

20 décembre 2018

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Pensez-vous vraiment qu’il y a eu des « casseurs de Castaner », comme vous l’avez dit après le 1er décembre ?

Je dis simplement que Castaner est soit incompétent soit cynique. Plusieurs témoignages sérieux laissent à penser que parfois la police a été plus dure avec des petits retraités pacifiques qu’avec des casseurs d’extrême gauche anarchistes ou avec la racaille de banlieue. Je ne suis ni juge ni voyant mais j’ai quand même le sentiment que durant plusieurs semaines, le gouvernement a mis en place une stratégie politique de décrédibilisation d’un mouvement très populaire, par la mise en scène implicite de violences sur les Champs-Élysées.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Les sanglots longs des gilets de l’automne

 

Cette manœuvre de bas-étage a échoué lamentablement et a même renforcé le soutien des Français aux Gilets jaunes, preuve qu’il ne s’agit pas d’une manifestation comme les autres, de professionnels de la protestation mais d’un peuple qui se réveille, se lève dans sa diversité, pour mieux vivre et revoir les règles de notre démocratie.

 

Vous soutenez complètement les Gilets jaunes ?

Je les soutiens sans réserve car c’est une chance pour la France, à condition bien sûr que le mouvement ne soit pas récupéré par les agitateurs professionnels qui ont fait tant de mal au pays depuis cinquante ans, notamment cette gauche radicale qui transformerait la belle unité de ces Français qui veulent simplement exister comme peuple

J’ai été les rencontrer discrètement, en province, sans appareil photo et j’ai vu des Français profondément sincères, lucides, constructifs et pacifiques. Les Gilets jaunes, c’est un peuple en résistance. Il y a eu les sans-culottes, et maintenant, il y a les Gilets jaunes.

 

Quel est le rôle du politique dans ces cas-là ?

C’est très simple : proposer une issue politique. D’abord, un soutien. Ensuite, ne pas récupérer : ce mouvement est protéiforme politiquement et personne n’en a le monopole. Enfin, l’issue politique. C’est le sens de la proposition de loi que nous avons déposée avec le sénateur Masson, pour une vraie sortie de crise dans tous les domaines, fiscal, social, migratoire, démocratique, avec des transferts financiers non négligeables, d’environ 50 milliards d’euros, pour proposer un horizon politique.

 

Il faut plus de libéralisme sur le terrain et plus d’État sur la stratégie à cinquante ans sur les grandes infrastructures. Nicolas Dupont-Aignan

 

Quelles en sont les grandes lignes ?

C’est d’abord la suppression des taxes sur l’énergie et un vrai plan de transition écologique, en faisant peser la taxe carbone sur les importations, et en l’allégeant pour les producteurs français, et donc les automobilistes.

Ensuite, c’est rendre aux retraités ce qui leur a été volé, en finançant cela par la contribution nette à l’UE, qui est de 9 milliards d’euros et est une véritable spoliation des Français chaque année.

Troisièmement, il s’agit de favoriser la création de richesse – car avant de la partager, il faut la créer -, en baissant massivement l’impôt sur les investisseurs français, sous forme de déduction fiscale, ce qu’a fait Trump aux États-Unis. Quatrièmement, il faut mettre fin à la concurrence déloyale en supprimant le statut des travailleurs détachés. Ensuite, il est urgent de réduire les dépenses de l’appel d’air migratoire qui épuisent le pays et empêchent les Français de vivre correctement. Enfin, il s’agit de mettre en place une nouvelle démocratie, en favorisant le référendum d’initiative populaire, le vote blanc et le casier judiciaire vierge.

 

 

La plupart de ces propositions étaient d’ailleurs dans mon programme présidentiel, mais ce qui est intéressant, c’est que j’ai repris la liste des revendications des Gilets jaunes et qu’on s’est aperçu que trois quarts de leurs propositions étaient les nôtres. En revanche, nous avons écarté celles qui ne paraissaient pas réalistes financièrement. Par exemple, la hausse de tous les salaires d’un coup, là où il faut la faire progressivement. Dernier point important, la renationalisation des biens publics volés aux Français : les autoroutes

 

Les Gilets jaunes aujourd’hui posent-ils la question de l’Europe ?

Ils la posent inconsciemment, consciemment pour certains. C’est normal qu’ils ne la posent pas tous. La crise des Gilets jaunes, c’est une crise qui est au confluent de quatre tensions.

La première est la crise de la production de richesse en France : parce qu’à force de taxer tout ce qui vient de France et de détaxer tout ce qui vient d’ailleurs, on admet un déséquilibre de production. La seconde est celle du partage social: Macron, c’est le shérif de Nottingham de Robin des bois. Il prend aux pauvres pour donner aux riches. Troisièmement, c’est la crise de la démocratie par le dévoiement de la Ve République. Et quatrièmement, c’est la crise de l’Europe supranationale.

 

 

Cette crise des Gilets Jaunes est historiquement très intéressante, parce que c’est l’aboutissement de ces quatre crises qui ont pourri. Ma thèse, c’est qu’on ne pourra pas la résoudre sans changer le cadre européen qui nous conduit à ce système. Mais l’on pourrait déjà améliorer nettement la situation même sans changer le système européen. Les Pays-Bas, le Japon ou les États-Unis taxent le kérosène. Le fioul des bateaux est taxé dans de nombreux pays.

Même dans le cadre actuel, on pourrait résoudre la crise de la production, du partage et de la démocratie. La plupart des mesures qu’on propose sont possibles dans le cadre européen actuel. Mais, pour vraiment donner de l’ampleur à la solution, il faudrait également changer le cadre de fonctionnement de l’Europe. Ce n’est pas difficile, maintenant qu’on a de nombreux alliés.

 

Lire aussi : Marine Le Pen : « Chez les gilets jaunes il y a une conscience de peuple »

 

En 2005, quand on avait voté non au référendum sur l’Europe, on était seuls, avec les Hollandais. Aujourd’hui, nous sommes rejoints par les Italiens, les Autrichiens, les Hongrois, les Polonais, les Danois, les Finlandais et les Tchèques. Sept pays qui sont exactement sur notre ligne, avec des nuances bien sûr. C’est le réveil des peuples et l’effondrement d’un modèle occidental immigrationniste. La preuve, 72 % des Français adhèrent au mouvement des Gilets Jaunes.

 

Ne pensez-vous pas aussi que les gens réclament au-delà de la fiscalité, une reconsidération d’eux-mêmes et une meilleure offre de services publics ?

Bien sûr, là-dessus, on demande aussi la réforme des institutions régionales en arrêtant avec ces conseils régionaux. Il faut des conseils régionaux implantés. On propose de revenir à la réforme Sarkozy qui n’était pas idiote : on est conseiller départemental et conseiller régional d’un territoire et on siège dans les deux assemblées, ce qui simplifie et fait moitié moins d’élus. Ensuite, pourquoi renationaliser les autoroutes et EDF? Parce qu’il faut un service public simple et unique. Les biens publics appartiennent à la nation, et l’initiative privée doit être dopée.

 

https://www.instagram.com/p/BrXv9KIA3Oz/

 

Je suis un libéral pour la micro-économie et un étatiste pour la stratégie à long terme. Il faut plus de libéralisme sur le terrain et plus d’État sur la stratégie à cinquante ans sur les grandes infrastructures. La Suisse elle-même a nationalisé ses réseaux. Le modèle suisse est très intéressant. Un petit pays, qui a plus de liberté, plus d’État stratège et plus de démocratie. Pourquoi ne serait-ce pas possible en France ?

 

Vous êtes allé manifester ?

J’ai n’ai pas manifesté mais j’ai encouragé les manifestants, une première fois dans ma ville et une deuxième dans le XVe arrondissement de Paris. Je ne manifeste pas parce que je ne veux pas les gêner, mais je les encourage pacifiquement. C’est le rôle d’un homme politique, il doit encourager ou désapprouver.

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