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Bernard Lugan : Afrique adieu

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Publié le

14 janvier 2019

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De la quête du roi à l’amour du continent noir, l’universitaire sans peur et sans reproche promène sa fine moustache depuis cinquante ans dans un monde chapon. Découverte d’un continent oublié.

 

Bernard Lugan sourit. Depuis l’étage de la Nouvelle librairie où il dédicace son dernier livre, il se remémore ses exploits de jeunesse dans le Quartier latin. En mai 68, il était le patron du service d’ordre d’Action française et faisait le coup de poing à toute heure du jour et de la nuit entre Assas et le Luxembourg. À l’époque « on se battait tout le temps. Nous étions devenus des corps francs qui se cherchaient en permanence pour en découdre ».

 

 

O tempora o mores, on ne portait pas plainte pour une rotule fracturée ou un œil au beurre noir. Jusqu’au jour où Bernard (qui n’avait pas encore de moustache mais une grosse barre de fer) rassemble ses troupes. « On était à deux doigts de sortir les flingues. J’ai rassemblé mes hommes et j’ai dit que je me rangerai à l’avis majoritaire : ou on fait comme en Italie et on se tire dessus, mais je pense que c’est une erreur monumentale. Ou on arrête tout. On part faire une carrière et on verra ».

 

C’est la seconde option qui remporta les suffrages, conformément à son souhait. Les membres de son groupe sont alors devenus chirurgien, préfet, officier, chef d’entreprise, universitaire, mais aucun n’est devenu politique professionnel, contrairement aux camarades d’Occident comme Alain Madelin ou Gérard Longuet. Un retrait relevant de la logique tactique rationnelle : « On ne faisait plus de la politique mais de l’activisme. Ça n’aurait servi à rien de terminer en taule pour ça. On a compris qu’il fallait faire de la métapolitique. Il faut être et durer ».

 

Lire aussi : L’édito de Jacques de Guillebon : Face à face

 

Une démarche qui ne l’a pas empêché de devenir conseiller municipal du village de Charroux dans l’Allier où il résidait, pour rendre service. Il ne s’était même pas présenté. Lorsqu’il commence sa thèse d’histoire en 1972 sur Le soldat colonial au XVIIIe siècle, les hasards du service national l’envoient au Rwanda comme coopérant. C’est à ce moment que ce descendant d’une vieille famille de colons qui a passé son enfance à Meknès au Maroc tombe amoureux du continent noir. Il vivra près de la moitié de sa vie en Afrique, songeant même à s’installer en Rhodésie.

 

Viré de l’université au Rwanda par des socialistes français, il rentre en France. Comme il était titulaire, il fallait bien que l’université lui trouve un poste. C’est ainsi qu’il arrive à Lyon III. Dans un milieu saturé d’idéologues gauchistes, se faire une place n’a rien d’évident. Mais pas question de chouiner : « Je ne crois pas à la conspiration du silence. Quand on est bon on passe. La conspiration est l’alibi des médiocres. Évidemment, pour des gens comme nous c’est difficile. Au lieu d’avoir 100, il faut avoir 120. Mais on passe ».

« Je ne crois pas à la conspiration du silence. Quand on est bon on passe. La conspiration est l’alibi des médiocres. »

Fort de cette certitude, Bernard Lugan va mener avec panache sa carrière d’africaniste internationalement reconnu. Tout en intervenant au Tribunal international pour le Rwanda, en donnant des cours à Saint-Cyr-Coëtquidan, à l’École de guerre, à l’IHEDN et en tant d’autres lieux, il publie des papiers à Présent, National Hebdo, Minute, intervient à Radio courtoisie et vend allègrement ses livres à tous les rassemblements de droite et d’ailleurs où on l’invite.

 

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Esprit bravache dans un univers feutré, il clame que la colonisation a porté de beaux fruits bien qu’il reste personnellement anticolonialiste. Une position incompréhensible pour tout esprit manichéen. Mais qu’il assume, quitte à devoir se défendre vigoureusement à l’occasion : « J’ai gagné dix-sept procès. Le Canard enchaîné a payé la réparation de ma cheminée, Polac a payé mes fenêtres à meneaux, VSD une partie de la toiture. D’ailleurs je devrais mettre des plaques : don de… » Pour se défendre, la verve c’est bien, mais le sabre c’est mieux.

 

Bernard Lugan a créé en 1990 l’association pour le rétablissement du duel en matière de presse. Hélas, malgré ses provocations, aucun offenseur n’a accepté de duel de réparation. À leur décharge, Dominique Venner et Vladimir Volkoff débarquant dans votre rédaction pour vous demander qui sont vos témoins et si vous préférez la poudre ou l’acier doit être un rien inhibante. D’autant que Bernard Lugan signale systématiquement préférer se battre à cheval et au sabre.

 

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En 2010, il est l’invité de Robert Ménard sur I-télé. Après sept minutes de débat musclé et particulièrement cash sur l’Afrique du Sud et l’apartheid, son intervieweur lui dit qu’il comprend qu’avec de tels propos, on dise qu’il sente le soufre. Réponse : « C’est parce que que nous vivons dans un monde castré. Moi je vous parle viril, monsieur ».

 

La séquence devient virale. Bernard Lugan fait partie d’une génération sacrifiée qui a dû accepter ne jamais gagner politiquement. Mais elle a su préparer le terrain intellectuel pour la génération actuelle, bouillonnante, qui peut à nouveau se battre pour la gagne. Nous savons ce que nous devons à nos anciens.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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