L’édito de Jacques de Guillebon : Face à face

Crédit : L'incorrect

On se souvient peut-être de la lourde charge de Lévi-Strauss contre la religion de Mahomet dans Tristes Tropiques et notamment de cette phrase-ci: « Déjà l’Islam me déconcertait par une attitude envers l’Histoire contradictoire à la nôtre et contradictoire en elle-même: le souci de fonder une tradition s’accompagnait d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures ». On ne saurait mieux décrire le paradoxe – pis : la déchirure – qui habite le coeur de nos compatriotes musulmans, ou considérés comme tels, ou qui se considèrent comme tels.

 

L’anthropologue poursuivait en jugeant que lesdits adeptes ne pouvaient intrinsèquement souffrir l’existence d’une contradiction et que, partant, leur rapport au monde extérieur s’achevait inexorablement dans la « néantisation d’autrui ». Soit l’inverse exact de ce qu’ont promu nos civilisations occidentales chrétiennes. Ainsi le paradoxe dont le musulman, même de bonne volonté, est le sujet douloureux, savoir qu’accepter les lois d’un autre ordre que le sien, en l’occurrence la République française, induit nécessairement une trahison de sa foi qui est un cadre juridique, ce paradoxe s’étend, logiquement si l’on peut dire, aux occidentaux chrétiens ou post-chrétiens que nous sommes: pouvons-nous considérer comme un prochain cet autrui qui nous nie comme prochain?

 

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Certes, « aimez vos ennemis » si vous souhaitez n’être pas des païens. Mais peut-on souhaiter d’aimer l’ennemi de son fils et de sa fille, l’ennemi essentiel, celui qui n’aura de cesse de les détruire ? Augustin considérait avec certaine désinvolture la chute de Rome en 410, non par cruauté, mais disait-il parce que Rome n’est pas d’abord dans ses murs, mais partout où sont les Romains – des chrétiens en ce temps-là. S’il se fichait des murs comme des ponts, Augustin se savait pourtant conservateur et berger des âmes.

Rien de tel, hélas, que l’on voie chez nos maîtres contemporains, qu’ils soient clercs ou laïcs. L’assaut contemporain de l’islam contre l’Europe ne se fait pas à coups de balistes ou de machines de siège – ils en seraient bien incapables. Ce ne sont donc pas les murs que nous devrions préserver mais nos intérieurs, le siège de notre conscience et de notre raison. Car ce sont eux qui subissent les assauts de cette religion juridique. On objectera que nous sommes aussi les victimes d’actes de guerre, terroristes, et nul ne le niera.

 

Ces hommes ont renoncé définitivement, pour les clercs à confronter leur foi à celle des musulmans ; pour les républicains laïcs français leur morale à celle de l’islam.

 

Mais quelque douleur qu’ils produisent, bien insupportable, on peut dire qu’ils seraient presque négligeables, du point de vue de la poursuite de l’existence de la civilisation et de la nation, s’ils n’étaient accompagnés d’une salafisation quotidienne des esprits, pour le moment circonscrite à quelques villes et à quelques quartiers, mais dont l’on ne voie pas comment elle pourrait s’arrêter puisqu’elle est sans cesse pourvue en ouailles nouvelles, importées d’outre-méditerranée avec la bénédiction de nos souverains pontifes.

Qui ont parfois le front de nous intimer de creuser notre tombe au nom de Jésus lequel, rappelons-le, est mort parce qu’il disait la vérité. Or, là on n’aperçoit pas la queue de l’ombre d’une vérité parmi ces hommes qui ont renoncé définitivement, pour les clercs à confronter leur foi à celle des musulmans; pour les républicains laïcs français leur morale à celle de l’islam. Ce qu’ils nomment accueil n’est souvent que démission ; ce qu’ils appellent amour est l’autre nom de leur lâcheté.

 

 

Saint Augustin, encore lui, dans un sermon de 410, prêchait ainsi: « Les temps sont mauvais, les temps sont difficiles. Voilà ce que disent les gens. Vivons bien, et les temps seront bons. C’est nous qui sommes ces temps: tels nous sommes, tels sont les temps ». Nous n’avons pas de mépris pour les musulmans, qu’ils soient nos compatriotes ou du monde entier; nous jugeons pourtant la voie de leur foi délétère et destructrice pour la dignité humaine telle qu’on nous l’a enseignée et telle que nous l’avons comprise.

Des décisions que devra prendre le politique pour nous en garder nous ne préjugeons pas, même si nous proposons dans ce numéro des mesures de cet ordre. Mais notre métier, notre travail, notre vocation de journalistes nous somme de répéter la vérité telle qu’elle se voit et telle parfois qu’elle ne se voit pas, parce que les voiles sont nombreux. Nous le faisons et le ferons avec nos instruments, c’est-à-dire sans arme, ni haine, ni violence. Mais détermination. 

Rédacteur en chef

jdeguillebon@lincorrect.org

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