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Tout commence avec une semence

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Publié le

16 janvier 2019

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Chronique des crottés christian-hebell-31540-unsplash

Comme tous les mois, Marie Dumoulin dresse sa Chronique des crottés, et s’intéresse au sort des semences.

 

Le 1er novembre a été promulguée la loi « Agriculture et Alimentation », dite « Egalim » parce qu’issue des états-généraux de l’alimentation. Elle constitue plutôt une avancée dans la défense des producteurs contre l’industrie agroalimentaire. Mais elle était auparavant passée par la censure du Conseil constitutionnel qui, pour des « raisons de procédure contraire à la Constitution », a rejeté près d’un quart des articles. L’un d’eux autorisait la vente des semences anciennes aux particuliers, une avancée souhaitable pour la liberté des consommateurs.

 

Une semence ancienne est formée des graines, souvent rares et particulières, produites par des plantes qui ne sont plus cultivées ni même connues depuis des décennies. Un exemple parmi des millions d’autres : le petit épeautre du Lubéron. Ce triticum monococcum est la plus ancienne céréale connue sur notre sol, cultivée dans le bassin méditerranéen depuis 11 000 ans.

 

Comme par hasard, c’est dans la période de l’après-guerre que l’on vient rompre avec cette culture millénaire : poussés par l’idée de progrès ambiante, les paysans abandonnent cette espèce locale pour une espèce commune plus productive.

 

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À cette époque, sous couvert de « progrès génétique », on déconnecte en effet la production de semences du cycle de culture interne à chaque ferme, dans un objectif de standardisation et d’industrialisation. Les grandes firmes semencières s’engraissent pendant que l’épeautre méditerranéen est progressivement oublié. Ses graines disparaissent, jusqu’à ce jour des années 1990 où quelques-unes sont exhumées du fond de grange où les avait oubliées un paysan du Vaucluse.

 

Depuis 20 ans, on cultive à nouveau cette espèce qui s’adapte à merveille au climat très chaud et sec des monts caillouteux de Provence. Plus généralement, la tendance est aujourd’hui à la redécouverte du trésor naturel qu’est la diversité génétique des semences, garante d’une totale adaptation de la plante à son sol et donc d’un meilleur rendement nécessitant moins d’intrants.

 

La tendance est aujourd’hui à la redécouverte du trésor naturel qu’est la diversité génétique des semences, garante d’une totale adaptation de la plante à son sol et donc d’un meilleur rendement nécessitant moins d’intrants.

 

Qui ne voudrait pas des pieds de ces savoureuses tomates vivaces tout l’été sans aucun apport d’eau, retrouvés, sélectionnés et diffusés dans l’Hérault par Pascal Poot, jeune agriculteur pris pour un fou jusqu’au jour où l’on s’est dit que cultiver sans arrosage était plus écolo ?

 

Mais de Bruxelles viennent les problèmes : inspiré du Catalogue français des espèces créé en 1932 pour assurer l’utilisateur de l’identité de l’espèce qu’il achetait, le Catalogue européen des espèces et variétés répertorie depuis 1972 les graines commercialisables.

 

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Bien que comportant une section « variétés de conservation » pour prendre en compte les semences « adaptées à des conditions locales et régionales et menacées d’érosion génétique », ce nouvel index reste extrêmement drastique sur la liste des espèces ouvertes à la vente. Ce qui n’a pas manqué de provoquer une guerre des graines à l’encontre des petits producteurs de semences naturelles, exerçant de facto dans l’illégalité.

 

L’article 78 de la loi Egalim de 2018 faisait enfin entrer dans la légalité ces chercheurs allant de trouvailles en semailles ; c’était sans compter sur le revirement du Conseil constitutionnel. À quand une réforme européenne de ce coffre-fort semencier géniteur de mauvaise graine ?

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