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Le Coin du juriste : Complotistes et affabulateurs

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Publié le

13 février 2019

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radicalisation complotisme

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[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1550050878660{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Les élites qui conspuent le complotisme, souvent avéré, du peuple n’en sont-elles pas elles-mêmes la cause, voire le jumeau, quand elles se laissent aller à des délires interprétatifs ? Le traitement des Gilets jaunes est à ce titre exemplaire.

 

Tout ce que Paris compte de commentateurs des évènements politiques ont raillé les théories du complot qui ont fleuri après la tuerie du marché de Noël de Strasbourg dans plusieurs groupes de Gilets jaunes. De fait, on hésitait entre la consternation et l’embarras, à voir des gens qui avaient eu le mérite de remettre le bon sens au centre du village, en témoignant de leurs dures réalités quotidiennes (« je travaille dur et je n’arrive pas à finir le mois »), se fourvoyer dans d’invraisemblables hypothèses (« L’attentat ? Un coup monté pour faire peur aux gens pour les dissuader de se rendre aux manifestations »).

 

L’inclination au complotisme est le produit d’une alliance paradoxale, celle de la crédulité et de la défiance : c’est quand on se méfie de tout que l’on se met étrangement à croire à des fables, pour peu qu’on se les soit forgées à soi-même. Les schèmes conspirationnistes ne se développent donc que sur la toile de fond d’un spectacle de magie trop longtemps rejoué.

 

Lire aussi : « Il faut s’adapter » : le livre qui explique la stratégie de Macron

 

Ces dernières semaines, le prestidigitateur vient d’ajouter un nouveau tour à son répertoire. Le ministre de l’Intérieur a fait une découverte, c’est que les attentats terroristes provoquent dans la population un réflexe de solidarité et de défense des institutions attaquées.

 

Il n’en fallait pas plus pour que les attributs du terrorisme islamiste soient insidieusement plaqués sur la révolte des Gilets jaunes (le recyclage du qualificatif « radicalisé » par exemple) et que soit convoqué le champ lexical de la République en danger. Ça tombe bien, l’accusation de fascisme ne fait plus assez peur, même si certains n’hésiteront pas à mélanger allègrement les deux thématiques pour obtenir une tambouille plus répulsive.

 

Que les Gilets jaunes qui  protestent dans le froid de l’hiver depuis dix semaines consécutives soient considérés comme des proto-terroristes, animés par la même volonté d’abattre la République que les soldats de Daesh, voilà qui témoigne de ce que le gouvernement ne sait plus faire la différence entre son peuple et ses ennemis.

 

Monsieur le député Jean-Michel Fauvergue déclarait ainsi sur LCI récemment, dans une subtile allusion aux meurtres des journalistes de Charlie Hebdo : « Un caricaturiste qui reçoit des menaces de mort, ça ne vous rappelle rien, hein, hein, vraiment, ça ne vous rappelle rien ? », avant d’enchaîner sur des cas d’antisémitisme et de racisme des Gilets jaunes attestés par des renseignements dont il avait eu la primeur (mais dont opportunément il ne pouvait révéler les sources), puis de conclure que « la violence, c’est de la violence, c’est pareil ». Une tautologie est toujours difficile à contester, c’est à ça qu’on la reconnaît.

 

Boucle de l’absurde

 

Faut-il que ce gouvernement soit aux abois pour qu’il en vienne à penser un mouvement social comme une forme de terrorisme, sur la base de raccourcis et de comparaisons à l’emporte-pièce ? Qu’un député ne perçoive pas la différence entre des menaces en l’air proférées sur les réseaux sociaux comme il en existe des milliers tous les jours et des assassinats exécutés « en vrai » par un commando formé à cette fin, qu’il se livre à cette forme perverse de disqualification qui consiste à faire de l’exception la règle (un raciste annule 10 000 démocrates), c’est navrant, mais somme toute prévisible dans une culture qui a perdu l’art de débattre de bonne foi.

 

 

Mais que les Gilets jaunes qui, à tort ou à raison peu importe, protestent dans le froid de l’hiver depuis dix semaines consécutives soient considérés comme des proto-terroristes, animés par la même volonté d’abattre la République que les soldats de Daesh, voilà qui témoigne de ce que le gouvernement ne sait plus faire la différence entre son peuple et ses ennemis.

 

Les Gilets jaunes sont nos compatriotes : les plus déterminés d’entre eux ne rêvent que d’abattre le gouvernement, non la République ; les plus violents d’entre eux attaquent des gendarmes, non des femmes et des enfants ; les plus doctrinaires réclament l’application de l’ISF, pas celle de la Charia ; les plus tenaces occupent des ronds-points ruraux, non les 400 zones de non-droit où prospèrent depuis vingt ans trafics en tout genre, sans que les ministres de l’Intérieur successifs n’y voient de danger pour la République.

 

Lire aussi : Gilets jaunes : la faute à de Gaulle ?

 

La boucle de l’absurde est ainsi bouclée : quand le gouvernement traite ses opposants comme des traîtres, tout en s’obstinant à faire de l’ennemi un compatriote (cette insistance à faire de Cherif Chekkat « un Alsacien né en Alsace, un Français né en France »), c’est que les repères de l’identité sont perdus. Faut-il s’étonner alors que le peuple lui-même se mette à croire à des fictions ?

 

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