Gilets jaunes : la faute à de Gaulle ?

Crédit : L'Incorrect

« Le génie politique que fut le général de Gaulle n’a commis, j’ose le penser, qu’une seule erreur majeure: la réforme constitutionnelle de 1962. Ce pessimiste avait, pour une fois, fait confiance à la nature humaine ». (Maurice Druon). Premier volet de notre enquête sur les défaillances de la Ve République, à suivre le mois prochain. Et la tête sanguinolente d’Édouard Philippe fut brandie au bout d’une pique, sous les acclamations d’une foule hystérique, par l’un de ces insurgés qui, depuis le mois de novembre 2018, affublés d’un gilet jaune, s’étaient levés en masse dans tout le pays pour exiger qu’enfin on entendît leur détresse, qu’enfin leur parole fût prise en compte, qu’enfin ils puissent décider, par eux-mêmes, de ce qui était juste et bon pour eux. Lire aussi : L'éditorial de Jacques de Guillebon : Nos mirages Victoire ! Le peuple avait triomphé ! Le peuple avait abattu le tyran ! Le peuple avait repris le pouvoir que ce Philippe, dont il n’aurait plus manqué qu’il se prénommât Louis, l’avait dépossédé. Non? Non. C’est un des paradoxes du mouvement des Gilets jaunes: depuis le début de la révolte, nul n’a songé à réclamer la tête, ni simplement le départ, du premier ministre Édouard Philippe – Édouard qui? –, qui est pourtant supposé diriger l’action du gouvernement dont les mesures sont contestées, lequel gouvernement est, lui, supposé déterminer et conduire la politique de la nation. Articles 20 et 21 de la Constitution de la Ve République : « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation »; « le Premier ministre dirige l’action du gouvernement ». Après tout, ils ne l’ont pas élu, ce Premier ministre, ils pourraient bien diriger leur ire contre lui. Eh bien non! C’est à Emmanuel Macron qu’ils en veulent, c’est sa destitution que réclament les plus radicaux d’entre eux, c’est contre le chef de l’État que se concentre leur ressentiment, estimant qu’il n’est pas ou plus « légitime », oubliant qu’ils font partie des rares peuples qui ont l’insigne privilège de pouvoir élire leur président de la République au suffrage universel direct et que, justement, c’est ce qu’ils ont fait en mai 2017 en lui accordant 66,1 % de leurs suffrages.
Pour pouvoir lire cet article vous devez vous abonner :Notre Offre

Journaliste

bruno@lincorrect.org

Pin It on Pinterest

Share This