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Conservatisme libéral ou barbarie ?

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Publié le

22 février 2019

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[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1550828989016{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Le libéralisme n’a pas tenu sa promesse de mondialisation heureuse puisqu’il a accru les inégalités au sein des populations. Il est urgent de réguler une idéologie devenue folle à force d’ignorer toute notion de limite.

 

La mondialisation visait à mettre le monde en relation, dans tous les domaines, par la libéralisation des échanges. Que les capitaux, les marchandises, les personnes, les informations, les techniques circulent et le monde devait s’en porter mieux. La promesse ? Une « mondialisation heureuse ».

 

Le monde est bel et bien devenu un monde de transactions mais il est désenchanté : la mondialisation a conduit l’humanité à perdre ses repères. Y compris ceux d’un libéralisme économique dont elle trahit toutes les valeurs originelles, celles de la main invisible d’Adam Smith par exemple, pour qui l’individu « poursuivant son propre intérêt » fait « avancer celui de la société plus efficacement que s’il y visait vraiment ». Nous en sommes fort loin.

 

La mondialisation de la croissance des inégalités

 

Que mondialisation et libéralisme puissent toujours être envisagés comme synonymes est devenu discutable. Pourtant, que la volonté de développer une économie mondiale ait été libérale n’est pas douteux. Cela devait, par extension de la croissance, provoquer un enrichissement généralisé et la diffusion du modèle de la démocratie libérale.

 

Aujourd’hui, huit hommes possèdent autant que la moitié des autres humains.

 

Pour quel résultat ? Depuis 2000, 1 % des individus les plus riches du monde se sont partagé 50 % de l’augmentation globale des richesses et la moitié des humains ne reçoivent aucun bénéfice de l’accroissement mondial de ces richesses. Pour la seule année 2017, ce 1 % des plus riches du monde s’est réparti 82 % de la croissance. En France ? La moitié de la richesse produite entre 2000 et 2015 est allée dans le portefeuille de 10 % de la population. Aujourd’hui, huit hommes possèdent autant que la moitié des autres humains.

 

© Nicolas Pinet pour L’Incorrect

 

Au rythme où va la mondialisation, la Terre devrait compter son premier « super-milliardaire » vers 2050, autrement dit le premier humain à voir son patrimoine individuel dépasser le millier de milliards de dollars. Pour dépenser cela, l’« élu » aura besoin d’environ 2 740 ans à raison d’un million de dollars par jour. Sauf mauvaise foi, rien de ces chiffres ne peut faire penser à Adam Smith, Mandeville ou même Hayek ; il n’est pas besoin d’être libéral pour l’admettre : les penseurs du libéralisme seraient les premiers à se sentir trahis par une mondialisation qui produit un nouveau milliardaire tous les deux jours, et une oligarchie hors-sol.

 

La mondialisation ou la dernière utopie « progressiste » déçue ?

 

D’après Macron, un affrontement approche entre, selon son vocabulaire, le « progressisme », les tenants de la mondialisation – aveugles à tous les dérèglements – et les « nationalistes », le Mal, tant il pense que « le nationalisme c’est la guerre ». Comme si le Progrès avait donné des gages de paix. Il y a dans cette façon binaire de concevoir le monde quelque chose d’inquiétant ; et de sectaire ou de gnostique, au sens où l’entendait le penseur conservateur autrichien Éric Voegelin.

 

De quel « alter-mondialisme » avons-nous besoin, sinon d’un retour à l’ordre ? À un libéralisme dont la fonction est d’ordonner le système économique mondial

 

La volonté mondialiste de façonner un monde autre que le monde réel est en effet gnostique, comme toute forme de « progressisme » idéologisé et mue par des axes identifiables : l’insatisfaction devant ce qui est ; l’idée que cette réalité résulterait d’une organisation néfaste ; que les hommes auraient la capacité de la changer ; que notre salut serait possible ici et maintenant par la transformation radicale de la nature humaine (que l’on songe aux questions bioéthiques) et des structures de la réalité (que l’on pense aux GAFA) ; que cette transformation reposerait sur la volonté d’un petit groupe d’« élus » ; des hommes ayant foi en l’inéluctabilité de leur rôle.

 

Ce sont les six caractéristiques de la gnose politique, selon Voegelin. La certitude que le chemin est connu et que ce chemin est le seul possible. Une secte. Un chemin vers le tragique, en réalité. Qui ne reconnaît ici le monde contemporain ?

 

Lire aussi : Gilets jaunes, les obsédés de l’insaisissable

 

Pour un conservatisme libéral

 

Ce tableau est-il trop sombre ? Il est fréquemment affirmé que la mondialisation a sensiblement augmenté le niveau de vie des humains depuis deux siècles. C’est exact. Mais à quel prix ? Couplée à l’industrialisation, à l’idéologie de la croissance et à celle du Progrès, la mondialisation débouche, après un XXe siècle inhumain, sur un monde au bord du précipice. Qu’est-ce donc que ce « village planétaire » ? Un monde dont les rouages économiques sont au bord de la rupture au moindre coup de vent, où la finance est devenue une idole, où le capital et le travail n’ont plus guère de sens, qui méprise les identités, où notre écosystème, la nature et la vie, sont menacés par nous-mêmes sans que la secte des « élus » paraisse en prendre conscience, etc.

 

De quel « alter-mondialisme » avons-nous besoin, sinon d’un retour à l’ordre ? À un libéralisme dont la fonction est d’ordonner le système économique mondial, comme l’envisageait l’ordolibéralisme conservateur d’un Wilhelm Röpke par exemple ; que l’on soit en accord ou non avec les conceptions libérales du monde n’est plus la question. Un libéralisme ordonné, portant en lui-même son éthique de la responsabilité et imposant à la mondialisation une prudence, au sens grec ancien. Une telle mesure ne peut venir que de la réaffirmation politique de la nécessité d’un conservatisme avant tout conçu comme un état d’esprit éthique.

 

 

Le monde, la mondialisation, le libéralisme, la nature et nos vies ont besoin d’un souffle conservateur, non pas d’un retour à, qui serait réactionnaire, mais d’une avancée en forme de sauvegarde vers l’avenir, avec comme lignes de crête le souci de la tradition, de l’autorité fondée sur le consentement, de l’ordonnancement raisonné des possibles, du respect de l’existant, de ce qui est et surtout de la prise de conscience de la réalité des limites.

 

Non, l’homme n’a pas le droit à tout ; il a, bien plus, le devoir de tout, à commencer par le devoir de conserver ce qui est et lui a été légué. Être conservateur est aujourd’hui redevenu un devoir et l’urgence politique pragmatique en appelle à la mise en œuvre d’un conservatisme libéral ordonné à l’échelle mondiale. L’enjeu est celui du Bien commun.

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