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Comment favoriser la transmission de petites fermes ?

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Publié le

4 mars 2019

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À l’origine hollandais et urbain, Sjoerd Wartena a découvert dans la Drôme, par un retour à la terre, une culture millénaire enrichie par les paysans locaux génération après génération. Désireux de sauver cet héritage à l’abandon, il prône à travers Terre de Liens le maintien de petites fermes multifonctionnelles.

 

Quel est le but de Terre de Liens ?

 

Terre de Liens a pour vocation de favoriser l’installation de nouveaux agriculteurs qui s’orientent vers un mode de production paysan et agroécologique, et en particulier de ceux qui n’ont pas la chance de venir du milieu agricole. Grâce à l’épargne collaborative placée par nos 15000 actionnaires dans le fonds de la Foncière – notre entreprise d’investissement – et aux dons réunis par notre Fondation, nous acquérons des terres qui sont ensuite proposées à la location.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Fragments de France

 

Ce système permet à des fermes de taille familiale de survivre en étant transmises aux générations à venir.

 

Justement, pourquoi préférer les petites fermes aux exploitations agricoles de grande échelle ?

 

La politique agricole de Bruxelles ne soutient absolument pas ni le bio ni le modèle paysan, c’est un énorme gâchis. Car la petite agriculture, souvent très diversifiée, crée des emplois, et des emplois qui ont du sens. En France, il y aurait de la place pour 500 000 petites fermes si l’on cessait de jouer le jeu du marché mondial et si l’on favorisait l’agriculture paysanne, qui est le préalable nécessaire à toute véritable agriculture biologique.

 

 

Ce type d’agriculture permet de sauvegarder les sols et de préserver la biodiversité : il est faux de dire que l’agriculture va à l’encontre de l’écologie ! Au contraire, elle entretient la nature. J’aimerais enfin souligner le rôle social d’une ferme paysanne, de polyculture et d’élevage, qui peut accueillir des écoles, faire travailler des handicapés, alimenter son voisinage d’une nourriture saine, etc.

 

Comment définir ce nouveau modèle de fermes ?

 

Ce n’est pas un nouveau modèle ! C’est notre modèle traditionnel, qui existe toujours en Pologne, en Roumanie, en Italie, mais aussi en France ! Même si nos politiques nous assènent que leur modèle économique n’a pas d’avenir. Terre de Liens s’attache donc, par son réseau européen Access to Land, à coaliser toutes les initiatives qui luttent contre l’agriculture industrielle et à leur donner une représentativité à Bruxelles.

 

Lire aussi : Abreuve nos sillons

 

Nous travaillons par exemple avec Via Campesina (Mouvement Paysan International) ou Urgency (réunion de toutes les AMAP d’Europe). Nous avons déjà remporté quelques petites victoires: à notre suggestion, des parlementaires ont par exemple obtenu la création d’un Observatoire européen sur la situation foncière en Europe.

 

Si Terre de Liens a ressenti la nécessité d’acheter des terres agricoles pour les louer à de jeunes agriculteurs dans l’impossibilité d’accéder à la propriété, c’est bien qu’il existe une crise du foncier agricole.

 

Partout dans le monde, la spéculation sur la terre a fait d’un côté des grandes fortunes, de l’autre créé une impossibilité pour beaucoup de petits paysans d’acquérir de la terre. La politique agricole européenne a pour habitude de distribuer ses subventions sous forme d’aides à l’hectare, ce qui favorise les agrandissements, non les installations. La couronne d’Angleterre, grande propriétaire terrienne, a par exemple reçu en 2010 473 000 livres de subventions dans le cadre de la PAC.

 

« En France, il y aurait de la place pour 500000 petites fermes si l’on cessait de jouer le jeu du marché mondial et si l’on favorisait l’agriculture paysanne » Sjoerd Wartena

 

Dans les pays comme la Hollande où les prix du foncier et les montants des baux ne sont pas régulés par l’État, il n’existe quasiment plus d’agriculteurs propriétaires, les terres sont propriétés de banques. En France, la législation a permis une situation moins noire : la loi de 1946 sur les baux agricoles de neuf ans avec renouvellement perpétuel tacite et cession par le titulaire a fait des fermiers et métayers de quasi-propriétaires, tandis que la loi d’orientation agricole de 1960 a pu limiter la spéculation sur le foncier agricole en créant les SAFER.

Actuellement le prix des terres françaises est beaucoup plus bas qu’ailleurs en Europe, qu’il s’agisse même de la Grèce ou de la Roumanie. Tandis qu’un hectare en Hollande vaut en moyenne 100 000 €, il en vaut 6 000 € en France.

 

Pourquoi avoir fondé Terre de Liens si les SAFER jouent déjà le rôle de régulateurs ?

 

Nos rôles sont complémentaires. Les SAFER ont des moyens limités, elles ne peuvent pas définitivement acquérir de terres, mais seulement réguler le cours des prix. Les propriétaires vendeurs ont toujours le droit de faire appel devant la justice des décisions des SAFER sur les prix de vente.

 

 

Par ailleurs, la FNSEA, syndicat majoritaire, a souvent la majorité des voix des conseils d’administration des SAFER et tend à estimer arbitrairement que telle ou telle ferme ne sera pas viable et qu’il faut favoriser les ventes aux gros plutôt qu’aux petits. Quoi qu’il en soit, les SAFER doivent valider tous nos achats de terres, ce qui est aujourd’hui plus aisé du fait de la notoriété de Terre de Liens. Grâce à des conventions conclues avec nous, certaines SAFER nous aident vraiment à pérenniser le modèle paysan que nous prônons.

 

Que diriez-vous à ceux qui hésiteraient à devenir investisseurs chez Terre de Liens ?

 

Certes, l’intérêt d’investir chez Terres de Liens n’est pas d’abord financier: en 15 ans, nos parts ont pris 3.5 % de leur valeur. Il existe cependant des avantages fiscaux pour nos actionnaires. Et notre système est sûr: nous avons créé Terre de Liens pour améliorer le système économique des GFA (Groupements fonciers agricoles) qui permet de prendre des parts du capital d’une exploitation agricole, avec l’inconvénient quasi automatique de ne pas pouvoir les reprendre sans mettre en péril l’exploitation.

 

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Pour éviter cela, nous avons imité le modèle de la NEF, la banque « verte » d’investissements éthiques, en choisissant les statuts d’une société d’investissement en commandite d’actions. Dans ce modèle, les investisseurs ne sont pas les gérants de la société. Grâce à l’importance de notre capital (80 000 000 €), nous pouvons en immobiliser systématiquement un tiers, qui permettra de rembourser les parts de nos actionnaires sans mettre en danger nos achats.

C’est une question d’échelle inversée : pour favoriser les petites exploitations, il faut un gros fonds d’investissement qui ait suffisamment de capital pour être souple. Alors, investissez chez Terre de Liens, non pour gagner de l’argent avec votre argent, mais en vue d’une nourriture meilleure, d’une nature préservée, et d’infrastructures plus proches des hommes !

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