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La récente infographie de la situation française publiée par l’analyste politique Jérôme Fourquet (IFOP) pose pour la France la même question que Rod Dreher posait en 2017 pour les États-Unis: comment être Français et chrétien dans un pays qui ne l’est plus? Ou si peu.
Tout nous est familier, jusqu’au jour où quelque chose détonne dans un environnement que nous pensions connaître par cœur. Comme si nous prenions brutalement conscience d’un changement opéré par petites touches. À la manière de micro-fractures affaiblissant progressivement un vieux meuble hérité, des phénomènes ont subtilement gagné en ampleur.
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Pourtant, nous imaginions reprendre du poil de la bête… Quelques signaux pouvaient confirmer notre regain de vitalité : des manifestations exceptionnelles et des éditorialistes s’étaient multipliés pour défendre « nos valeurs ». Nous surfions sur la vague, en oubliant peutêtre les mouvements de fond. Un « mouvement dextrogyre », une conversion de la société française au conservatisme ? Peut-être pas, finalement.
À en croire la dernière étude de Jérôme Fourquet (Ifop), notre bévue serait cependant bien excusable. Prenant nos désirs pour la réalité, nous aurions été victime d’un effet de loupe. Ce n’est plus la France, toute la France que nous arpentions quotidiennement, mais l’un de ses ensembles d’îlots tendant désormais à la remplacer.
Frederic Martel, auteur de "SODOMA", était l'invité des @Incorrectibles d' @EricMorillot sur @SudRadio , l'émission de débat en partenariat avec @MagLincorrect
Un débat musclé : @martelf vs @JacquesdeGuill1 ??
Pour voir le replay ????https://t.co/hPCrrAUeo8 pic.twitter.com/8jWiNJEOT7
— L'Incorrect (@MagLincorrect) April 7, 2019
Comme si l’État-nation avait laissé place à des fragments de réalité au sein de L’archipel français. Rien de neuf, dira-t-on, puisqu’une partie de l’opinion s’inquiète depuis des décennies de la montée de l’immigration… Mais pourquoi penser à l’immigration ? C’est la tectonique des plaques de notre pays, le soubassement anthropologique de ses peuples historiques qui s’apprête à connaître un « grand bouleversement ».
S’il n’a pas d’ailleurs déjà eu lieu au sein des nouvelles générations, tandis que les anciens boomers sont encore là pour donner à la révolution un faux-air d’ancien régime. Et pourtant: la matrice catholique s’est maintenant disloquée, et la possibilité d’un monde commun. Tout ne tient plus qu’à un fil: 87 % des plus de 70 ans sont baptisés, contre 45 % des moins de 20 ans, et un peu plus de 25 % des nouveau-nés seulement reçoivent aujourd’hui le baptême.
Héritiers sans rite
Inutile d’insister encore sur la fameuse « culture judéo-chrétienne »! Bon marqueur identitaire, le prénom suffit à nommer notre mal: Marie a quasiment disparu des registres tandis que les prénoms rares (donnés jusqu’à… 3 fois dans l’année) voient leur nombre exploser.
Ils sont à présent des milliers, après la poussée des prénoms américains de Jordan à Brandon dans les années 1990, selon une répartition géographique à peu près superposable à celle du vote historique pour le Front national. L’État a pu faciliter, accélérer un mouvement de fond. Il ne l’a pas provoqué. En 1998 déjà, les 18-24 ans ne voyaient plus d’inconvénient au Pacs, avec plus de 80 % de taux d’approbation (mais 19 % des plus de 65 ans).
C’est la tectonique des plaques de notre pays, le soubassement anthropologique de ses peuples historiques qui s’apprête à connaître un « grand bouleversement »
Ils approuvent aujourd’hui le mariage des couples homosexuels à près de 85 %. Quant à l’avenir: 65 % des plus de 65 ans sont opposés à la PMA, mais 64 % des 18- 24 ans la considèrent favorablement, renvoyant la Manif pour Tous à ses propres îlots sociaux. En amont, c’est le rapport au corps, à la chair de la personne, qui a changé. L’anthropologie chrétienne s’efface.
La pratique du tatouage, réservée aux groupes marginaux jusqu’aux années 1980, est ainsi en passe de devenir une norme : 1 % des plus de 65 ans est tatoué, contre 19 % des 35-49 ans, et déjà 24 % des 18-24 ans. La nature a dit-on horreur du vide. Faute de baptême, de rite, pourquoi ne pas marquer sa peau d’un événement, y inscrivant un nom, une date de naissance ?
C’est qu’il s’agit maintenant de décider soi-même ce que l’on fera de soi, dans un monde en fragments où rien n’assure qu’une communauté gardera notre souvenir: depuis les années 2010, les Français déclarent préférer l’incinération à la mise en terre, réputée plus « écologique ». Une admirable manifestation du sens pratique des habitants de la « start-up nation », assurément.
Benjamin Demeslay
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