Sous la cendre

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En 1905, le pauvre Viviani, héraut de la République laïque triomphante, se rengorgeait d’avoir « éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera pas », la raison vide de la modernité sans contenu jouissait de sa victoire éphémère. Si éphémère. Deux guerres mondiales, mille guerres de décolonisations, et une guerre froide allaient assez rapidement faire rendre gorge aux prétentions d’un Occident sans extérieur.

 

En 2019, le Primat des Gaules, cardinal et archevêque de Lyon était condamné par un juge revanchard à six mois de prison avec sursis, pour empêchage d’expression de légitime douleur de victimes pour des actes commis par un prêtre pédophile quarante ans auparavant.

En 2019, un peuple révolté et sans avenir, et sans espérance, manifestait toujours pour la énième fois avec son gilet jaune, dernier oripeau de sa splendeur passée. Un peuple défait, réduit en miettes combattantes, chacune guerroyant sa voisine, un peuple à qui l’on a retiré rêves, guides, pasteurs, unité.

 

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En 2019 considérés comme seuls dignes de la pitié des puissants, des « migrants » venus des quatre coins de la terre continuent d’aborder aux doux rivages de France. En 2019 au Royaume-Uni, on refuse à un Iranien converti au christianisme le droit d’asile, au motif que la Bible – et particulièrement l’Apocalypse – comporterait des passages violents.

En 2019, l’Occident a été presque entièrement renversé : ce monde façonné par le christianisme durant vingt siècles ne se sait plus de haine que contre lui, comme un adolescent contre son père.

Tout lui est objet d’émerveillement continuel, le soufisme, le shinto, la travelotisation du monde, les gros, le manioc et le tofu, les dauphins et le blobfish ; tout sauf ce qu’il a bâti et qui a fait son génie sans pareil, les cathédrales, la philosophie réaliste, la liberté d’expression et de religion, l’amour des femmes, la cuisine équilibrée et surtout la conquête de l’universel.

 

Tout lui est objet d’émerveillement continuel, le soufisme, le shinto, la travelotisation du monde, les gros, le manioc et le tofu, les dauphins et le blobfish ; tout sauf ce qu’il a bâti et qui a fait son génie sans pareil, les cathédrales, la philosophie réaliste, la liberté d’expression et de religion, l’amour des femmes, la cuisine équilibrée et surtout la conquête de l’universel.

 

Si, reconnaissons-lui un dernier attachement sans réserve au marché comme globalisation facile et perpétuelle. Sinon le veau d’or, rien qui n’ait été perverti et,  sabordé d’abord de l’intérieur, ait permis ces voies d’eau qui ont commencé de changer sa physionomie.

Nos intellectuels et analystes, de Marcel Gauchet à Emmanuel Todd en passant par Jérôme Fourquet, sont tous d’accord pour constater cette évidence que le christianisme ayant été chassé de la cité d’abord, des chaumières ensuite, la face de la France s’en trouve changée. Et s’ils n’osent pas s’en désoler explicitement, ils se retrouvent bien démunis pour lui trouver un remplaçant.

Honteuse et confuse, la France dira-telle qu’on ne l’y prendra plus ? Même pas. Il se trouve encore et toujours des rastaquouères du type Onfray ou Frédéric Martel pour répéter que tous nos malheurs sont la faute aux curés et, n’ayant décidément plus de ragots à se mettre sous la dent, pour nous ressortir des histoires de leur enfance, de la France du général de Gaulle.

 

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Les cathos ont empoisonné les puits, et voilà pourquoi votre fille est violée. Ils ont fait des cathos leurs juifs, et pleurnichent dans le même temps sur la désagrégation de la société, le divorce, la famille explosée, le manque de repères, blabla, la fin de la sociabilité.

Jamais personne, certainement pas aux alentours de ce président qui ne connaît pas de culture française, pour s’interroger sur l’entreprise de grande, d’immense déculturation menée depuis des décennies pour faire de notre pays et de notre continent une terre vierge où chacun serait libre de se réinventer.

Quand le dernier instit’ de nos chères têtes blondes (pardon pour l’intention raciste) c’est la rumeur des réseaux et quand vouloir aider une femme à se dévoiler s’apparente à un attentat à la liberté d’expression, autant dire qu’il ne reste rien de la raison ouverte qu’avait inventée l’Occident.

 

Ils ont fait des cathos leurs juifs, et pleurnichent dans le même temps sur la désagrégation de la société, le divorce, la famille explosée, le manque de repères, blabla, la fin de la sociabilité.

 

Alors, oui, les lumières ont bien été éteintes dans le ciel et la fragile flammèche de la raison vacille sous les vents des barbaries extérieures. Bien habile qui parviendra à l’entretenir encore. Mais l’espérance est toujours de notre côté, et si l’Europe est cette vieille femme dont parlait le pape François, parfois la vielle femme enfante miraculeusement.

J’entends encore le rire de Sarah, « celle qui a ri », la femme d’Abraham à qui Dieu a promis un fils dans sa vieillesse. L’Europe renaîtra.

 

Jacques de Guillebon

Rédacteur en chef

jdeguillebon@lincorrect.org

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