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Le 6 juin 2014, Vladimir Poutine se rendait au 70e anniversaire du débarquement sur les plages de Normandie. Pour la première fois un président russe était invité aux cérémonies occidentales. Il venait pourtant d’annexer la Crimée. Cette commémoration émouvante à la gloire de nos libérateurs anglo-saxons a tendance à éclipser le 8 mai. La capitulation allemande ayant l’inconvénient d’avoir été signée avec les Soviétiques à Berlin-Est, cette date n’est pas la plus opportune pour entretenir une guerre froide avec les Russes.
Réunis autour d’une table au château de Bénouville, Poutine, Merkel, Hollande et Porochenko profitèrent toutefois du rendez-vous normand pour se pencher sur la question ukrainienne. Malgré les réticences de Laurent Fabius, cette initiative de François Hollande fut l’une des rares percées de son quinquennat : les accords de Minsk signés chez le très peu démocratique Alexandre Loukachenko. Ces accords étaient glacés dans les boues de Kiev et Donetsk mais la France et l’Allemagne ont joué leur rôle, indépendamment des États-Unis. Une paix instable s’est imposée au Donbass et le dialogue avec la Russie a été maintenu malgré les sanctions. L’année suivante, François Hollande préférait malheureusement se rendre auprès de Raul et Fidel Castro plutôt que d’assister au défilé de la victoire de 45 sur la Place Rouge. Interpellé par Hugo Clément pour le Petit journal, Poutine fut ensuite privé d’inauguration de la basilique orthodoxe du quai Branly par le résident de l’Élysée, pour cause de guerre anti-djihadiste à Alep. Le « format Normandie » et les accords de Minsk étaient morts.
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Cinq ans plus tard, Obama et Hollande sont partis mais Poutine est toujours président et Merkel encore chancelière. Les Ukrainiens tournent la page Porochenko et sa révolution de Maïdan. Probablement pas invité, le chef du Kremlin ne viendra pas au 75e anniversaire du débarquement de Normandie. Emmanuel Macron, qui l’avait pourtant reçu à Versailles peu après son élection, se retrouve donc avec les Européens, alignés derrière un Donald Trump qui les méprise (et réciproquement).
Donald Trump est tout sauf un fanfaron qu’on peut manipuler et séduire à sa guise
Le faux couple franco-allemand est pétrifié devant l’étalon américain à la mèche blonde. Rien n’a été entrepris sérieusement pour engager un vrai rapport de force, le seul langage qui soit compris par le fougueux président américain. Ce dernier n’a que faire des embrassades ou des mauvais regards et, on ne le répétera jamais assez, Donald Trump est tout sauf un fanfaron qu’on peut manipuler et séduire à sa guise.
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Si les nations européennes les plus importantes n’ont pas le courage de se frotter à lui en dehors des discours et des clins d’œil à la presse, à quoi bon une diplomatie ? Inviter Vladimir Poutine et relancer le « format Normandie » était l’occasion rêvée de restaurer l’indépendance de l’Europe et de signifier à la Maison-Blanche que les affaires ukrainiennes ne se traitent pas en solitaire à Washington. Cette occasion a été manquée.
Hadrien Desuin
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