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Comme le savent les auteurs d’épopée, de faërie ou de fantaisie, le monde est hanté de ces êtres mystérieux et fabuleux qui, se déguisant généralement, bien habiles, en bonshommes ordinaires à mesure que l’époque se fait banale et quotidienne, lui rendent en secret son cachet enchanté. Il est indéniable que nous avions trouvé un de ces génies rares, aux alentours de 2006, dans cet homme qui dissimulait sous la fauve couronne de sa chevelure et derrière la blondeur d’une bière sa fausse timidité et sa vraie profondeur.
Olivier Maulin a, depuis son premier roman de maître, En attendant le roi du monde, fait école au point que son nom est devenu un genre. Tout le monde connaît des personnages à la Maulin, des situations ou des répliques mauliniennes, voire maulinesques, qui désignent ces choses qui ont lieu quand le grotesque immédiat dissimule un héroïsme ultime. Maulin est issu de cette race magique qui a certainement toujours voulu écrire, comme tous les écrivains qui se respectent ; sans doute petit garçon rêvait-il de gloire épique, à l’adolescence de folie célinienne, à vingt ans de sa propre prose et de femmes brésiliennes dont la poitrine l’enivrait.
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Il lui aura fallu du temps, le temps qui fabrique les vrais auteurs, ceux qui marquent au point qu’on a toujours envie de les relire, pour atteindre et devenir celui qu’il était. Son Journal (Histoire des cocotiers, 1997-1998), récemment publié, est édifiant à cet égard : le jeune homme Maulin, raté magique qui comme tout le monde ne veut pas travailler tout en se désespérant d’avoir les poches trouées, rêve filles en tout genre et en tous sens, philosophe profondément et croit au grand-roman qu’il pondra un jour de malheur où il se réveillera frais, dispos et d’excellente humeur.
Bernanos l’a prouvé à tout jamais, nul n’est romancier avant 40 ans. 38 peut-être, limite, l’âge qu’avait le colérique à la parution de Sous le soleil de Satan, et celui qu’avait Maulin pour En attendant le roi du monde.
Jour qui n’arrive jamais avant que le le temps ait suffisamment mûri l’être pour qu’il soit capable de se forcer et enfin enfante. Bernanos l’a prouvé à tout jamais, nul n’est romancier avant 40 ans. 38 peut-être, limite, l’âge qu’avait le colérique à la parution de Sous le soleil de Satan, et celui qu’avait Maulin pour En attendant le roi du monde. Depuis il a donné Les Évangiles du lac – son chef-d’œuvre – Petit monarque et catacombes, ou encore Gueule de bois et Le Bocage à la nage. Olivier a quelques obsessions, rassurantes de récurrence, par quoi l’on sait à quoi ressembleront ses livres et qui en font le sel exquis et non-pareil : l’excentricité de ses grands d’Espagne nains, les femmes à bite, les cerfs divinisés et bourrés, les loups qui viendront nettoyer l’humanité, l’alcool des copains, la métaphysique sans en avoir l’air.
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C’est surtout ça la littérature de Maulin pour qui ne sait pas : les grandes questions de l’humanité, la vie, la mort, la civilisation européenne, le vin naturel mis à la portée des caniches que nous sommes, par le rire. Le rire à se décrocher la mâchoire, qui le laisse sans rival dans l’époque et qui fait passer pour un idiot son lecteur dans le métro. Le rire du meilleur ami rêvé d’enfance dans la maison de qui toujours la choucroute alsacienne réconforte l’honnête homme et où le vin coule à flots ; le rire de l’homme à la pipe qui aime tellement son prochain que c’est en monstre qu’il le met en scène, pour mieux l’aimer, gigantesque rigolade sur l’époque et quête d’un salut impossible pour ses semblables. Sacré roi de Montmartre et prince des poètes par une improbable troupe de rieurs-buveurs en l’an 2009, Olivier Maulin officie maintenant dans un hebdomadaire de droite mal famé, où sa verve fait merveille et nourrit ses filles.
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Ce n’est pas du tout qu’il ait oublié ses songes de jeunesse, c’est au contraire qu’il les a passés au tamis de la vérité de ses livres. C’est qu’il a conquis un public, exploit en ces temps. C’est qu’il n’a rien renié, publiant au printemps dernier des chroniques qu’il écrivit naguère pour Minute, horresco referens. C’est qu’il demeure ce chrétien rare, amoureux de sa terre et de ses traditions, antique alsaco et vieux Français du même mouvement, fervent lecteur de romans noirs, qui sait que dans le fond de la pire ordure naissent aussi les plus beaux sentiments. Maulin, auteur de dix romans majeurs du début du XXIe siècle, ne passera pas. Parce que chez lui au bonheur se conjugue la folie, et que tout ça fabrique une dernière humanité.
Jacques de Guillebon
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