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Le déclassement de la France périphérique qui explique la crise des Gilets jaunes provient en grande partie de l’abandon délibéré d’une politique industrielle, de la part d’un État qui a privilégié le secteur tertiaire. Contre cette logique mortifère, il faut faire revivre un capitalisme industriel et familial.
La France qui déclasse, c’est le titre de l’ouvrage que vient de publier chez Tallandier Pierre Vermeren, professeur d’Histoire à Paris I Panthéon-Sorbonne. Pour lui, la richesse et l’homogénéité de la France résidaient avant tout dans son agriculture et son industrie, assez bien réparties sur le territoire, et supervisées par un État stratège donnant des orientations à long terme. Or, tout cela s’est arrêté net dans les années 70 : « Le gaullisme a cessé d’exister après Pompidou, et avec lui le volontarisme industriel. Ses trois dernières manifestations sont le TGV, Airbus et l’industrie nucléaire, trois succès qui permettent à l’économie française de faire encore illusion. Mais l’avènement du libéralisme économique sous Valéry Giscard d’Estaing, puis son adoption par François Mitterrand et la gauche en 1983, puis par Jacques Chirac en 1986-1995, ont acté la fin de la politique industrielle ».
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La France a ainsi perdu 2,5 millions d’emplois industriels en quarante ans, soit 150 emplois industriels par jour. Pourquoi une telle politique délibérée ? À l’époque a prévalu chez nos décideurs publics une logique visant à maximiser le profit à court terme et l’investissement des capitaux dans des activités dégageant plus de marges. Le secteur tertiaire, plus propice aux bulles spéculatives, était donc tout désigné pour une telle mission. C’est ainsi que la France est devenue le pays le plus tertiarisé d’Europe, sa production industrielle ne représentant aujourd’hui plus que la moitié de celle de l’Allemagne. Or, les activités tertiaires se concentrent essentiellement dans les métropoles, ce qui accentue le déclassement de nos provinces.
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De plus, l’ouverture à la concurrence internationale et l’absence de toute politique protectionniste protégeant nos intérêts n’ont pas permis à la France – qui pâtit d’un coût du travail très élevé – de pouvoir rivaliser avec les pays d’Asie du Sud-Est qui bénéficient d’une main-d’œuvre à bon marché, ce qui explique le nombre impressionnant de délocalisations subies ces dernières années, la dernière en date étant la spectaculaire annonce par GE, au lendemain des européennes, de la suppression de plus de 1 000 postes à Belfort, en dépit des engagements pris.
Il eût été ainsi judicieux de favoriser la création de fonds d’investissement par des particuliers qui seraient entrés au capital de nos entreprises, de sorte que leur contrôle ne nous eût pas échappé. On aurait pu y ajouter une exonération totale de droits de succession pour toute entreprise restant dans le giron familial
Peut-on lutter contre un tel phénomène ? Oui, si l’on avait permis, au préalable, la constitution d’un capitalisme familial qui aurait empêché de vendre nos fleurons industriels à des fonds étrangers qui se fichent de conserver telle ou telle activité dans nos provinces et n’hésitent pas à délocaliser là où les conditions de travail permettent un meilleur profit. Il eût été ainsi judicieux de favoriser la création de fonds d’investissement par des particuliers qui seraient entrés au capital de nos entreprises, de sorte que leur contrôle ne nous eût pas échappé. On aurait pu y ajouter une exonération totale de droits de succession pour toute entreprise restant dans le giron familial.
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Ensuite, il aurait fallu conserver des ouvriers qualifiés. Quand on ne peut pas rivaliser avec le coût du travail d’un ouvrier roumain ou pakistanais acceptant des conditions matérielles et financières épouvantables, il faut investir sur la qualification. Or, 1,5 million d’emplois qualifiés devraient manquer à la France en 2030, du fait d’un mépris typiquement français des filières manuelles et techniques. À l’inverse, l’Allemagne a su préserver son savoir-faire industriel et artisanal.
Ensuite, il aurait fallu conserver des ouvriers qualifiés. Quand on ne peut pas rivaliser avec le coût du travail d’un ouvrier roumain ou pakistanais acceptant des conditions matérielles et financières épouvantables, il faut investir sur la qualification.
Enfin, il est indispensable de rétablir un protectionnisme éthique contre tous ceux qui exploitent la misère humaine en faisant du dumping social. Ce n’est qu’à cette condition que les Français accepteront, concomitamment, une baisse du coût du travail qui augmentera la compétitivité des entreprises françaises. La justice est à ce prix.
Benoît Dumoulin
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