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TARANTINO CONSERVE-T-IL SON TITRE DE RÉALISATEUR LE PLUS SURESTIMÉ D’HOLLYWOOD ?

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Publié le

8 septembre 2019

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On n’attendait plus grand-chose de Tarantino. Après une série de films s’apparentant davantage à de luxueux jouets pour cinéphiles archaïques et le décevant Kill Bill se montraient clairement les limites d’un auteur bombardé « culte » un peu trop vite : une dévotion maniaque pour des idoles du cinéma populaire et une violence crétine conçue à la fois comme un théâtre du refoulé et comme un moyen de résoudre des intrigues-prétextes à peu de frais ne méritait pas une telle distinction. Once Upon a Time in Hollywood… s’attaque cependant à une mythologie plus proche de nous et dont Tarantino, fils de L.A, est lui-même issu : le massacre commis par Charles Manson en 1969. L’heure de la sincérité et de la repentance a-t-elle sonné ? Nos deux chroniqueurs en débattent. Stéphanie-Lucie Mathern et Marc Obregon en débatent.

 

 

 

NON. TARANTINO FAIT ENFIN PREUVE D’HUMILITÉ

 

Avec Once Upon a Time in Hollywood, Tarantino signe une énième œuvre méta-filmique lardée de références que seuls les cinéphiles les plus pointus seront à même de déchiffrer. Le cinéma de Tarantino peut se voir comme une révérence un peu servile au cinéma qu’il a aimé et dont il fétichise le moindre gimmick jusqu’à l’overdose. Compilation éreintante de citations visuelles, voire pillage pur et simple de l’inconscient collectif du cinéma de genre, son travail s’assimile souvent à une sorte de mécanique post-moderne tournant à vide ; pourtant, avec son dernier film, sa manie ouvre d’autres perspectives, la reconstitution scrupuleuse se fait véritablement créatrice, sa mise en scène évite l’écueil de l’ostentatoire, éclaire les personnages et révèle des symptômes de l’époque. Au final, il ne se passe strictement rien dans Once Upon a Time, on s’y ennuie même : c’est peut-être là toute la réussite du film que de s’inscrire dans une « ligne claire » à laquelle ne nous avait pas habitués un réalisateur aussi hâbleur.

Marc Obregon

 

 

Lire aussi : Un polar transfiguré

 

 

OUI. ON NE S’EST JAMAIS AUTANT ENNUYÉ

 

Tarantino a souvent voulu relire l’histoire et se faire le défenseur des opprimés, sorte de Zorro moderne qui vengeait les Noirs avec Django et les Juifs avec Inglourious Basterds, et on s’amusait plutôt bien, il faut l’avouer, sur la musique d’Ennio Morricone. Ici, le révisionnisme bienveillant touche à l’affaire Manson sur Cielo Drive, et on s’ennuie ferme. Comme souvent chez les Américains, on assiste à un gros manichéisme symbolisé par l’image du double maléfique – le bien/le mal, celui que je suis/celui que j’aimerais être, la lose/ la win, le maître/l’esclave, et cette pauvre conclusion : on a toujours besoin d’un plus petit que soi (ici, un cascadeur). Exemple de ce « galimatias double » qu’évoquait Voltaire : plus personne – y compris l’émetteur – ne comprend le message. Mais les grandes escroqueries ont toujours eu quelque chose de fascinant, surtout quand elles sont à gros budget. Nous avons donc le réel et son double (Rosset), la distanciation (Brecht), le film dans le film (l’infini recyclage du western) et le cinéma dans le cinéma (Jean-Luc Godard : « Tarantino est un faquin »). Ce buddy movie avait sans doute envie de montrer que l’Histoire peut devenir familière – mais force est de constater que personne n’y entendait rien en sortant de la salle. À force de multiplier références et autocitations, on finit par parler tout seul. À force de vouloir sauver le monde, on finit surtout par l’ennuyer.

Stéphanie-Lucie Mathern

 

 

© Youtube

 

 

NON. TARANTINO ABANDONNE LE RÉVISIONNISME RÉGRESSIF POUR LA RÊVERIE NOSTALGIQUE

 

Avec son ignoble trilogie de la vengeance, Tarantino révélait sans doute la part la plus imbécile et la plus régressive du cinéma américain : donner aux opprimés, par une sorte de révisionnisme faussement cathartique et vraiment amoral, le moyen de se venger de l’Histoire. Ce programme éminemment casse-gueule donna lieu aux naufrages artistiques qu’on sait, culminant avec un Inglourious Basterds. Ici, Tarantino rejoue encore l’Histoire, à la différence qu’il s’agit d’une histoire qu’il a réellement connue, et l’affaire Manson agit comme une sorte de sous-texte passionnant à ce L.A des sixties minutieusement reconstitué. Son révisionnisme devient enfin le lieu d’une vraie réhabilitation morale : dans un beau et simple geste de retournement, Tarantino tord l’histoire une dernière fois grâce à sa croyance inébranlable au pouvoir de l’image, et conçoit une réalité alternative dans laquelle la sinistre « Famille » (la secte de Manson) se heurte à plus fort qu’elle. Loin des défouloirs malsains qui précèdent, OUATIH s’apparente davantage à une rêverie nostalgique sur le thème du « et si ? » comme à l’époque de Pulp Fiction, son coup de maître.

M.O.

 

 

Lire aussi : L’Œuvre sans auteur : une fresque somptueuse

 

 

OUI. LE ROI EST NU

 

Pour produire le simulacre d’évidence, il faut produire l’évidence. Sinon il ne reste que le simulacre. Dans ce film, tout confine à éloge pauvre du quotidien : on broie du noir avec style, on allume des clopes, on déambule cheveux au vent dans de belles bagnoles en ville, on met les santiags sur la table ; s’allument les néons, les clopes et les feux de détresse. L’esthétique de l’insignifiant et du complot ironique est partout. Tous ses amis d’Hollywood sont là (de vrais amis lui auraient dit d’arrêter) : Di Caprio (excellent, comme toujours), Al Pacino (que diable vient-il faire dans cette galère ?). Sharon Tate est caricaturée en ado sautillante à la peau grasse et aux orteils trop forts. Once upon a Time in Hollywood… voulait montrer la fin d’un âge d’or : la croisée des chemins, la fin des hippies, un monde où la télé commence à prendre le relais du cinéma. C’était mieux avant ? Make America Great Again ? Toutes ces longueurs pour nous parler d’un monde qui n’est pas, aurait pu, n’a pas été, ne sera jamais… C’est bien gentil mais où est le rythme ? Et la tension ? La seule montée en puissance est involontaire, une coupure d’électricité au Grand Rex avant la scène de tuerie. Il reste vingt minutes de plus à tirer alors qu’on a pensé le faire au moins dix fois depuis le début de la séance. Le roi est nu. Partir vite et boire calmement dix-huit margaritas et huit whiskies sour pour oublier.

S-L. M.

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