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Une guerre de 100 ans, et plus si affinités

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20 septembre 2019

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Cachez cette débauche que nous ne saurions voir ! Peut on encore croire que la prostitution sera éradiquée dans le meilleur des mondes ? Faut-il encadrer plutôt qu’interdire ?

 

Le bordel est-il de droite ? Si l’on pose la question, ce n’est pas seulement pour amuser les lecteurs de L’Incorrect et autres amateurs de la chronique mensuelle de M. de Sèze, mais bien parce que l’existence même des « maisons de tolérances » n’a cessé de susciter les critiques acerbes des grandes consciences de la gauche, entre la Restauration, qui les voient s’installer dans le paysage urbain, et leur abolition officielle par la fameuse loi « Marthe Richard », adoptée en 1946 par une assemblée constituante composée aux deux tiers de socialo-communistes, et de catholiques de gauche pour le tiers restant. 

 

L’idée même de ces « maisons » est bien de « de droite », la « tolérance » en question étant celle d’une administration qui, se faisant peu d’illusions sur la capacité de l’homme à surmonter les tentations de la chair, préfère tolérer l’inévitable en l’encadrant par une réglementation adéquate, plutôt que de faire semblant de l’interdire et se payer de grands mots. On ne change pas la nature à coups de décrets, il est par conséquent préférable de la canaliser : tel est déjà le sens d’une circulaire du préfet de police adressée le 14 juin 1823 aux commissaires parisiens : « L’établissement de maisons de prostitution devant naturellement déplaire à tout homme qui s’intéresse à la morale publique, je ne m’étonne point que MM. les commissaires de police s’opposent de tout leur pouvoir à l’établissement de ces maisons dans leurs quartiers […]. Toutefois, la prostitution est considérée comme un fait qu’il n’est pas au pouvoir de l’autorité d’anéantir, et l’objet des règlements n’est autre que de lui ôter ses abus, ses dangers, ses scandales… »

 

Lire aussi : Réouverture des maisons close : La fausse bonne idée

 

Derrière le bordel, on devine la question capitale qui distingue la droite de la gauche: appartient-il au politique de faire prévaloir l’idéal sur la réalité, et en l’occurrence, la morale, sur l’intérêt bien compris de la cité, qui exige au contraire que l’on prenne en compte leurs avantages pratiques du point de vue de la surveillance et de la santé publique ?

 

La question formulée en 1823, se retrouve presque à la virgule près lors du débat qui précède l’adoption de la loi de 1946

 

La question formulée en 1823, se retrouve presque à la virgule près lors du débat qui précède l’adoption de la loi de 1946. Cette fois, c’est un député démocrate-chrétien, médecin de profession, Marcel Roclore, qui est rapporteur- et qui commence par reconnaître que « la prostitution, vieille comme le monde a toujours existé et sous tous les cieux. C’est, à n’en pas douter, une tare abominable de l’humanité, et les efforts des hommes dignes de ce nom ont toujours eu pour but de la faire disparaître. Ce serait une victoire magnifique sur le plan social comme sur le plan moral […] Mais peut-on faire disparaitre la prostitution ? Nul ne peut l’affirmer ». En un sens, les maisons de tolérances permettent au proxénétisme de « continuer ses honteux méfaits et (d’) entraîner à la débauche des jeunes filles et des femmes qui, sans lui auraient pu y échapper ».

 

Lire aussi : La Morale

 

Mais à cet argument, avoue Roclore, les opposants à l’abolition « répondent que le proxénétisme est beaucoup plus développé dans les milieux clandestins, parce qu’il échappe beaucoup plus facilement à la surveillance policière […] Il est vrai aussi que « l’appel à la débauche » est beaucoup plus choquant et beaucoup plus réel pour la prostitution de trottoir que pour les maisons de tolérance sans signes extérieurs ». En outre, « sur le terrain de la santé publique […] fermer les maisons, c’est rejeter la prostitution sur le trottoir […], dans les bars, les cafés, les établissements de bains et de massages et surtout au fond des appartements particuliers. Dès lors, […] dans quelle mesure l’abolitionnisme ne sera-t-il pas responsable d’une aggravation de la situation sanitaire ? »

 

Ce qui veut dire, très concrètement, que du point de vue de la santé et de l’ordre publics, la balance penche en faveur du maintien de la « tolérance »

 

Ce qui veut dire, très concrètement, que du point de vue de la santé et de l’ordre publics, la balance penche en faveur du maintien de la « tolérance ». Toutefois, conclut le rapporteur « il n’en reste pas moins que, sur le seul terrain moral et social, il n’est pas douteux que l’on doive souhaiter et prévoir la fermeture des maisons de tolérance ». Et c’est tout ce qui compte aux yeux de cette Assemblée, qui sera spectaculairement désavouée par le peuple français trois semaines plus tard, lors du référendum du 5 mai, mais qui en attendant se donne l’impression de pouvoir, par cette loi du 13 avril 1946, changer le monde et la nature humaine.

 

 

Frédéric Rouvillois

 

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