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Guillaume de Prémare a toujours voulu s’engager. Un atavisme sans doute : son père était officier de cavalerie, blessé en Indochine. Né en 1967, dernier d’une fratrie de dix enfants, il se passionne pour la politique. Il faut dire que dans sa famille, de tradition catholique et légitimiste, le sujet est omniprésent.
Mais pas totalitaire : « En 1974, pour l’élection présidentielle, j’étais impressionné par Arlette Laguiller, par son énergie, son activisme ». Adolescent, Guillaume fait une rencontre intellectuelle qui le marquera : les catholiques sociaux du XIXe siècle, Ozanam, Le Play, La Tour du Pin surtout, et son Vers un ordre social chrétien.
Entamant son droit à Assas, il échoue rapidement, passant plus de temps à militer au cercle monarchiste Jacques Bainville qu’à étudier. Il se motive tout de même pour des études de communication : « J’étais fasciné par les communicants des années-pub à la Séguéla » ! Il bifurque vers la banque, par défaut. « J’ai pu y constater le délire du surendettement menant à la surconsommation ». Ce dégoût du capitalisme immoral le pousse à se proposer comme délégué syndical CFTC, au moment d’un plan de licenciement.
En 2008 éclate l’affaire dite « du préservatif », qui secoue l’Église par les attaques dont Benoît XVI fait l’objet. Révolté par l’injustice et la violence dont est victime le pape, Guillaume de Prémare monte au créneau. Tout seul, dans son coin, il rédige une sorte de tract intitulé « Petit exercice pratique » pour expliquer et défendre les propos du souverain pontife.
Il quitte la banque pour se mettre à son compte, dans la com’. Un exercice pour lequel il est indiscutablement doué. Il ne se doute pas encore que sa vie professionnelle va, enfin, rejoindre ses convictions sociales. En 2008 éclate l’affaire dite « du préservatif », qui secoue l’Église par les attaques dont Benoît XVI fait l’objet. Révolté par l’injustice et la violence dont est victime le pape, Guillaume de Prémare monte au créneau. Tout seul, dans son coin, il rédige une sorte de tract intitulé « Petit exercice pratique » pour expliquer et défendre les propos du souverain pontife. Il se contente de le diffuser par mail à ses contacts. Il est surpris par l’ampleur que prend cette diffusion, par capillarité.
Travaillant à l’époque comme consultant en communication pour le Secours Catholique, le directeur de la communication Vincent Neymon, le blogueur Patrice de Plunkett et luimême montent un blog : Urgence Com’ CATHO. L’objectif, informer les médias sur la vie réelle de l’Église. Par ce biais, il fait la connaissance d’une activiste alors bien connue médiatiquement, Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot.
Lorsqu’en 2012, le nouveau président de la République François Hollande annonce qu’il compte ouvrir le mariage et l’adoption aux homosexuels, Guillaume de Prémare est naturellement de la petite bande qui, dès l’été 2012, réfléchit à la manière de s’opposer au projet de loi Taubira : « Nous étions une bande de francs-tireurs sans un rond et sans réseau associatif constitué », raconte-t-il.
Cette rencontre, ainsi que celle de Ludovine de la Rochère, sera déterminante. Doucement, par la grâce de l’amitié, un réseau de communicants cathos se crée.
Lorsqu’en 2012, le nouveau président de la République François Hollande annonce qu’il compte ouvrir le mariage et l’adoption aux homosexuels, Guillaume de Prémare est naturellement de la petite bande qui, dès l’été 2012, réfléchit à la manière de s’opposer au projet de loi Taubira : « Nous étions une bande de francs-tireurs sans un rond et sans réseau associatif constitué », raconte-t-il. Mais dans un conflit asymétrique, les francs-tireurs ne sont-ils pas les plus efficaces ?
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Le 5 septembre, une réunion est organisée. Un mois plus tard naît La Manif pour tous, dont il est bombardé président. La jeune association rassemble ceux qui n’en peuvent plus de voir la loi détruire la société depuis trente ans, et que l’envie d’une bonne bataille contre les progressistes désormais en roue libre titille depuis longtemps. Avec une conviction précise : « Il faut descendre dans la rue ». LMPT fait ses premières armes le 17 novembre. Un coup de tonnerre qui annonce une tempête dont les vents nous secouent encore.
Les mobilisations de plus en plus intenses se succèdent. 13 janvier 2013, 24 mars, 26 mai : trois fois, coup sur coup, un million de personnes se déplacent à Paris, et révolutionnent le mode opératoire des manifestations. Une leçon de communication. Forêts mouvantes de drapeaux bleu-blanc-rose, sweat pour tout le monde, slogans travaillés, visuels viraux, guérilla de com’ permanente contre les ministres : aucune mobilisation n’est depuis parvenue à se hisser à ce niveau exceptionnel. Parce que les communicants ont payé de leur personne en plus de leur talent : « Je ne faisais plus que ça, j’avais complètement mis mon boulot de côté ».
Guillaume de Prémare demeurera un « militant dans l’âme ». Et parce que sa révolte procède de sa foi, il restera toujours scandalisé comme un apôtre. Et parce que le réel est le seul concret, pas question de concevoir sa vie autrement que dans l’action : « Je refuse de laisser crever les beaux pays de France sans rien faire ! Je voudrais que nous soyons un peuple, avec un récit et un destin commun. »
Le feu est devenu braise. Il n’éclaire plus violemment dans la nuit, mais rougeoie, ronronne et produit de plus en plus de chaleur. En janvier dernier, marqué par la révolte de la France périphérique des Gilets jaunes, et revenant à ses amours premières, il lance un Appel pour un nouveau catholicisme social, avec Joseph Thouvenel et Mathieu Detchessahar. Avec cette espérance, sourde, profonde et au fond très rationnelle, que la France des Gilets jaunes va rencontrer celle des Manifs pour tous. La famille est l’ultime espace encore un tant soit peu libre du marché. La France sera cette alliance ou la France ne sera plus.
Guillaume de Prémare demeurera un « militant dans l’âme ». Et parce que sa révolte procède de sa foi, il restera toujours scandalisé comme un apôtre. Et parce que le réel est le seul concret, pas question de concevoir sa vie autrement que dans l’action : « Je refuse de laisser crever les beaux pays de France sans rien faire ! Je voudrais que nous soyons un peuple, avec un récit et un destin commun. » Comme si c’était trop demander.
Emmanuel de Gestas
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