
Culture


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Alain Finkielkraut : En 1928, le grand philologue allemand Ernst-Robert Curtius écrivait, dans son Essai sur la France : « La littérature joue un rôle capital dans la conscience que la France prend d'elle-même et de sa civilisation. Aucune autre nation ne lui accorde une place comparable. Il n'y a qu'en France où la nation entière considère la littérature comme l'expression représentative de ses destinées. » Moins d’un siècle plus tard, en 2017, Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République, affirmait : « Il n'y a pas de culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. » La France est devenue un pur réceptacle et la littérature a été noyée, avec la bénédiction de ses dirigeants, dans la diversité des pratiques culturelles. [...]
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Il m’arrivait naguère de visionner quelques épisodes de téléréalité lorsque ce genre-poubelle initiait un nouveau concept pour voir jusqu’où pouvait se vider la vacuité. Je restais fasciné quelques heures, et puis je passai un cap de lassitude, redécouvrant à chaque fois avec le même étonnement blasé combien le néant, passée la première impression de vertige, est ennuyeux. Je ne prétends pas n’avoir que des loisirs haut-de-gamme, loin de là, mais quitte à se vider la tête, je préfère descendre une bouteille de vin d’Anjou en admirant la pluie couler sur les vitres que de m’abuser devant de tels spectacles. Ces visionnages ne furent pas complètement stériles puisque je retins cette déclaration d’une candidate qui répondait, à la question de son avenir, qu’elle verrait, une fois rendue célèbre, ce qu’elle choisirait comme carrière entre actrice ou chanteuse. Cette inversion totale de l’ordre des choses selon laquelle ce n’était plus un talent particulier qui attirait la célébrité, mais la célébrité autonomisée, acquise comme un chèque vierge, qui permettait de choisir le talent qu’on serait ensuite obligé de nous prêter pour justifier le fait qu’on nous adule, m’avait paru promise à un grand avenir.…

On pourrait se gausser d’un titre trop romantique pour un récit de voyage – Chagrin d’un chant inachevé, un vers de Neruda en bandoulière. Pourtant, dès l’amorce, Désérable nous convainc : il y a ici rude lumière, audace et mélancolie réunies. Son périple sud américain n’est pas un simple itinéraire – mais un lieu philosophique où la poésie tient lieu d’instrument, et où la liberté se mesure à l’aune du sac de voyage, et non des meubles bon marché.
Sous sa plume, le souvenir du Che Guevara n’est plus hagiographie, mais écran de projection : ni apologie ni traité politique sérieux, juste un moyen de renaître hors du rang. Sa posture critique porte surtout sur lui-même, sur l’« insuffisance des mots », sur l’insupportable beauté – comme s’il fallait préférer un paysage vécu à un livre écrit sur ce même paysage.
La langue, d’une élégance trempée, résiste au lyrisme panthéiste : un ton sobre de poésie vraie, qui entend mettre un terme à « l’extase panthéiste dont regorge la littérature de voyage ».…

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