
Culture


En cette rentrée, on l’aura compris, le deuil est au sommet des dernières tendances. Le cours du viol ou de la manipulation en milieu familial a beaucoup baissé, même si Chloé Delaume a tenté une petite relance avec la variation « viol conjugal », mais on sent que Saint-Germain-des-Prés n’y croit plus trop. Non, la nouvelle saison porte haut les couleurs orange rouille, vert pistache et noir funéraire, piété familiale plutôt que vengeance publique et veillée mortuaire à la place de l’oncle enfin dénoncé. Plus d’ex toxique en stock, on sort son défunt, on l’embaume, on l’expose. Il faut croire que les écrivains à la mode, pour y rester, ont décidé de labourer cette parcelle bio du champ littéraire, garantie émotions authentiques et chagrin sincère, sujet en marbre, indubitable, majestueux, universel ; le sacré à la portée des corbeaux. Difficile de les traiter de poseurs quand ils débarquent le requiem à la bouche, regardez-les se presser sur la rampe, le crêpe noir d’Amélie Nothomb voile ses yeux perpétuellement effarés et fait ressortir sa peau livide, Emmanuel Carrère brandit ses chrysanthèmes le visage plus « cire fondue » que jamais, Rebeka Warrior suit en teeshirt noir, faire-part à la main, et on ne sait plus si elle fait la gueule après une nuit de défonce ou si c’est la pâleur des endeuillées qui l’affecte, mais la voici bousculée par le petit Paul Gasnier qui se précipite sur le devant de la scène avec son air grave et hautain de veuve de guerre ayant donné son mort à la cause du multiculturalisme.…

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La sortie de Marche ou Crève de Francis Lawrence nous donne l’occasion de nous pencher sur un sous-genre très populaire du cinéma américain qui est la « dystopie totalitaire », c’est-à-dire tous ces films d’anticipation qui fantasment un pays ayant sombré dans le fascisme. À l’heure où la population démocrate s’émeut de la politique de Donald Trump, ce qu’elle estime être des coups de canif dans la sacro-sainte constitution américaine, le cinéma hollywoodien semble conforté dans ce vieux fantasme qu’il nous ressort épisodiquement – depuis au moins Soleil Vert avec Charlton Heston, dans lequel la population était forcée de manger ses retraités… On peut rappeler à ce titre que Marche ou crève est en réalité le tout premier manuscrit de Stephen King, écrit alors qu’il avait 16 ans, et selon la légende, pour impressionner une jeune fille… King essuiera d’ailleurs de multiples refus d’éditeurs et finira par le faire paraître, une fois installé en tant qu’écrivain sous un nom d’emprunt, Richard Bachman.…

MÉMOIRES DE CORTÈS, Christian Duverger, Fayard, 405 p., 24€90
L’exofiction, ce procédé qui consiste à fantasmer la vie d’un personnage illustre pour en tirer la substantifique moelle d’un roman, serait-elle en passe de devenir la nouvelle mode à éviter ? On aurait tort de voir pareil procédé chez Christian Duverger : spécialiste de l’histoire coloniale en Amérique latine, il a signé une somme biographique sur Hernan Cortez, à qui il consacre un roman en cette rentrée. Mais attention : Mémoires de Cortès se révèle, plutôt qu’un roman, une méditation sur l’Histoire qui rend hommage aux Mémoires d’Hadrien de Yourcenar, s’interrogeant sans cesse sur l’authenticité du récit littéraire – Cortès ayant lui-même écrit son autobiographie en inventant un narrateur de toutes pièces. S’il se permet au passage de tordre le coup aux habituels clichés qui collent à la peau du conquistador, également homme d’état, génie militaire et fin lettré, montrant un homme qui aima passionnément cette « Nouvelle Espagne » pleine de promesses, Duverger se montre vraiment passionnant lorsqu’il questionne ces deux « modalités gémellaires » de la fabrication de l’Histoire : « les archives mortes et le souvenir vivant ». Une brillante entrée en littérature. Marc Obregon [...]
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