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« Nouvelle Vague » de Linklater : un hommage éclatant
L’amour des débuts a toujours inspiré Richard Linklater : débuts d’une jeune vie (Boyhood), d’une histoire d’amour (Before sunrise), premiers jours à la fac (Everybody wants some) ou nouveau départ (Rock Academy). Son cinéma est un voyage tranquille : une journée commence, se passe, finit (Slacker), et des hommes interagissent dans le fleuve du temps. Parfois ils font saillie, plus doués que la moyenne. Dans Orson Welles et moi, un adolescent fictif rejoint la troupe du futur cinéaste alors qu’il monte Jules César à Broadway, l’auteur de Citizen Kane y étant dépeint comme une légende en devenir et Linklater optant pour un confort narratif presque hollywoodien. Rien de tel avec Nouvelle vague où le cinéaste raconte le tournage d’À bout de souffle en faisant le chemin inverse, celui de l’archive et de l’avéré. [...]
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Éditorial culture de Romaric Sangars : Parades

En cette rentrée, on l’aura compris, le deuil est au sommet des dernières tendances. Le cours du viol ou de la manipulation en milieu familial a beaucoup baissé, même si Chloé Delaume a tenté une petite relance avec la variation « viol conjugal », mais on sent que Saint-Germain-des-Prés n’y croit plus trop. Non, la nouvelle saison porte haut les couleurs orange rouille, vert pistache et noir funéraire, piété familiale plutôt que vengeance publique et veillée mortuaire à la place de l’oncle enfin dénoncé. Plus d’ex toxique en stock, on sort son défunt, on l’embaume, on l’expose. Il faut croire que les écrivains à la mode, pour y rester, ont décidé de labourer cette parcelle bio du champ littéraire, garantie émotions authentiques et chagrin sincère, sujet en marbre, indubitable, majestueux, universel ; le sacré à la portée des corbeaux. Difficile de les traiter de poseurs quand ils débarquent le requiem à la bouche, regardez-les se presser sur la rampe, le crêpe noir d’Amélie Nothomb voile ses yeux perpétuellement effarés et fait ressortir sa peau livide, Emmanuel Carrère brandit ses chrysanthèmes le visage plus « cire fondue » que jamais, Rebeka Warrior suit en teeshirt noir, faire-part à la main, et on ne sait plus si elle fait la gueule après une nuit de défonce ou si c’est la pâleur des endeuillées qui l’affecte, mais la voici bousculée par le petit Paul Gasnier qui se précipite sur le devant de la scène avec son air grave et hautain de veuve de guerre ayant donné son mort à la cause du multiculturalisme.…

« Un Simple Accident » : purge cannoise
Un possible tortionnaire du régime iranien est reconnu par l’une de ses victimes qui le kidnappe et en appelle à ses compagnons d’infortune pour l’identifier formellement, et plus si affinités. Un Simple accident rappelle la cruelle saillie de Chabrol : « tout est truqué à Cannes ». Palme d’or politique a priori, voilà du Jafar Panahi à son pire. [...]
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Opéra : Louise, naturalisme augmenté
On ne va pas à l’opéra pour lire un roman ni pour suivre un cours de sociologie. Et pourtant Louise, le « roman musical » de Gustave Charpentier – que Morand qualifiait de « Zola en musique » –, après une création houleuse (1900) devait rester à l’affiche jusque dans les années 1950. L’histoire de cette jeune provinciale en quête d’amour et de liberté avait de quoi séduire le public, en plus de son air célébrissime Depuis le jour. Mais une telle partition, plus habile que géniale, plombée par un livret lourdement idéologique, ne pouvait survivre à son auteur. Le Festival d’Aix a donc risqué un pari impossible, en la voulant ressusciter. Or, le fiasco attendu s’est mué en succès. Mérite de l’équipe artistique, qui a su gommer ses principaux défauts.
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BD : Meignan/Van Rie, la cuisine de sa vie
En 2011, Blain sort En cuisine avec Alain Passard, formidable documentaire sur le cuisinier : le dessin, à la fois exact et onirique, le découpage, qui décompose les gestes ou évoque la pensée, les dialogues, le regard du naïf peu à peu transformé en amateur éclairé, tout est réussi. Cette année, Géraldine Meignan, journaliste qui a décidé sur le tard de devenir restauratrice, nous raconte sa propre histoire : forcément, on ne tutoie pas les sommets de la gastronomie et Géraldine ne médite pas comme Alain pendant des heures sur les saveurs des jus de navets cultivés sur des composts différents, mais si on veut suivre les pas d’une apprentie curieuse qui sait observer, Chaud devant ! est une réussite. [...]
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« Panopticon » : Samson sans Dalila
Les premiers films aiment la jeunesse qui forme le regard. Dans Panopticon, George Sikharulikdze suit Sandro, apprenti footballeur clivé entre son père devenu moine – on est en Géorgie – et sa mère chanteuse d’opéra expatriée à New York. L’étude de caractère ouvre sur celle d’un pays en crise, entre repli sur soi et modernité. Sa part d’exotisme pour un spectateur occidental – notamment sur la place de la religion orthodoxe – est très vite tempérée par le poids du scénario qui ménage un peu trop les rimes comme il faut. [...]
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« Marche ou crève » de Francis Lawrence : pas de futur pour la dystopie

La sortie de Marche ou Crève de Francis Lawrence nous donne l’occasion de nous pencher sur un sous-genre très populaire du cinéma américain qui est la « dystopie totalitaire », c’est-à-dire tous ces films d’anticipation qui fantasment un pays ayant sombré dans le fascisme. À l’heure où la population démocrate s’émeut de la politique de Donald Trump, ce qu’elle estime être des coups de canif dans la sacro-sainte constitution américaine, le cinéma hollywoodien semble conforté dans ce vieux fantasme qu’il nous ressort épisodiquement – depuis au moins Soleil Vert avec Charlton Heston, dans lequel la population était forcée de manger ses retraités… On peut rappeler à ce titre que Marche ou crève est en réalité le tout premier manuscrit de Stephen King, écrit alors qu’il avait 16 ans, et selon la légende, pour impressionner une jeune fille… King essuiera d’ailleurs de multiples refus d’éditeurs et finira par le faire paraître, une fois installé en tant qu’écrivain sous un nom d’emprunt, Richard Bachman.…

Rentrée littéraire 2025 : critique du meilleur et du pire
HISTOIRE VIVANTE

MÉMOIRES DE CORTÈS, Christian Duverger, Fayard, 405 p., 24€90

L’exofiction, ce procédé qui consiste à fantasmer la vie d’un personnage illustre pour en tirer la substantifique moelle d’un roman, serait-elle en passe de devenir la nouvelle mode à éviter ? On aurait tort de voir pareil procédé chez Christian Duverger : spécialiste de l’histoire coloniale en Amérique latine, il a signé une somme biographique sur Hernan Cortez, à qui il consacre un roman en cette rentrée. Mais attention : Mémoires de Cortès se révèle, plutôt qu’un roman, une méditation sur l’Histoire qui rend hommage aux Mémoires d’Hadrien de Yourcenar, s’interrogeant sans cesse sur l’authenticité du récit littéraire – Cortès ayant lui-même écrit son autobiographie en inventant un narrateur de toutes pièces. S’il se permet au passage de tordre le coup aux habituels clichés qui collent à la peau du conquistador, également homme d’état, génie militaire et fin lettré, montrant un homme qui aima passionnément cette « Nouvelle Espagne » pleine de promesses, Duverger se montre vraiment passionnant lorsqu’il questionne ces deux « modalités gémellaires » de la fabrication de l’Histoire : « les archives mortes et le souvenir vivant ». Une brillante entrée en littérature. Marc Obregon [...]
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