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Théâtre : White trash à South Pigalle
Killer Joe est surtout connu en France pour son adaptation magistrale par William Friedkin en 2011, avec un Matthieu McConaughey littéralement terrifiant en flic corrompu jusqu’à l’os, qui s’amuse à torturer une famille de white trash au prétexte d’une obscure histoire d’assurance-vie. Avant d’être un film, Killer Joe est une pièce de Tracy Letts, dramaturge qui s’est fait une spécialité de l’Amérique profonde. On était d’autant plus curieux de voir ce que pourrait en faire le metteur en scène Patrice Costa, en français dans le texte, tant Killer Joe semble indissociable de son méphitique terreau texan. [...]
Opéra : Lisette Oropesa, voix de folie
Après une dizaine de productions sur les plus grandes scènes, Lisette Oropesa signe enfin au disque « sa » Lucia di Lammermoor. Un jalon décisif pour la soprano américaine, dans l’un de ses rôles phares, quintessence du bel canto romantique. Même privés de sa présence magnétique et de son jeu à fleur de peau, on succombe à la pureté d’une voix au timbre argenté, parfaitement homogène sur plus de deux octaves, d’une agilité vertigineuse jusqu’à l’extrême aigu, dessinant chaque phrase avec une fluidité telle que la virtuosité disparait derrière la ligne. Le premier acte trahit une certaine retenue, somme toute conforme au portrait de cette héroïne enfermée dans un destin absurde, sœur spirituelle d’Emma Bovary. [...]
BD : Verbeek et Danicollatérale, deux tours de force
En 1884 paraît Flatland, réédité par Les Belles Lettres en 2024 : un être à deux dimensions nous décrit son monde (qui ressemble à l’enfer du monde bourgeois de la Reine Victoria) et sa découverte bouleversante du monde à trois dimensions, le nôtre. Danicollaterale vient d’en donner une interprétation dessinée brillante, reprenant l’essence – et très souvent la lettre – du texte mais transformant le monologue en dialogue et éclairant par ses variations strictement géométriques les aspects mathématiques de l’œuvre comme la critique sociale et les inquiétudes métaphysiques du plat carré confronté à la troisième et même la quatrième dimension : c’est un tour de force mais plaisant. [...]
Sorties musique : critiques du meilleur et du pire

SIC LUCEAT LUX
LUX, Rosalia, Columbia, CD 14€99

Rosalia ne fait rien comme tout le monde. Après s’être imposée comme une star mondiale de la pop latino, et ce en moins de deux albums, elle revient avec un album symphonique, enregistré à Londres, qui balaie d’un revers de main toutes les affèteries numériques de la pop moderne, et revient aux bases, dans un geste artistique aussi contemporain que scandaleusement anti-moderne – presque comme Moody Blues l’a fait à l’époque de Days of Future Passed. Une pop solaire, chantée dans une dizaine de langues, sorte d’hommage aux divas qui ont fait l’histoire appuyé par des cordes étincelantes, que vient parfois assombrir une tectonique ravageuse de nappes synthétiques et de coruscations drum’n’bass – contrepoint nécessaire et tellurique à un chant diaphane qui s’évertue à vouloir effleurer le dôme du ciel. Dur de détricoter cet album trop parfaitement produit, arrangé et interprété, mais parfois tiraillé ici et là par des inspirations virtuoses – comme cet incroyable « Berghain » qui commence par un déferlement de cordes à la Vivaldi, interrompu en majesté par l’immense Björk, et sa voix qui brise toujours aussi parfaitement les glaces.…

Les meilleurs romans de 2025

1. J’écris l’Iliade, Pierre Michon, Gallimard 

2. Les Cambrioleurs, Fabio Viscogliosi, Actes Sud

3. Tressaillir, Maria Pourchet, Stock

4. Le Fou de Bourdieu, Fabrice Pliskin, Cherche-Midi

5. La Marchande d’oublies, Pierre Jourde, Gallimard

Lire aussi : Pierre Michon : l’antidote

6. Arrêt sur enfance, Manuela Draeger (Antoine Volodine), L’Olivier 

7. Tout ouïe, Alexandre Postel, L’Observatoire

8. Feux sacrés, Cécile Guilbert, Grasset

9. Comme un père, Christian Authier, Le Rocher 

10. Nous les moches, Jean Michelin, Héloïse d’Ormesson …

© DR
Les critiques littéraires de décembre

EXPLOSIF
LE NOM DE LA BATAILLE, Tom Buron, 49 pages, 48 p., 7€49

Les éditions 49 pages proposent des textes de court calibre promettant un effet explosif. Contrat tenu avec ce Nom de la Bataille de Tom Buron qui souffle assurément le lecteur par un aperçu condensé du front russo-ukrainien où l’auteur s’est lui-même engagé entre 2022 et 2024. « Tous les perdus du monde, les dingues de l’adrénaline se retrouvent ici », écrit-il en décrivant les formes de cette nouvelle guerre d’Espagne à l’Est de l’Europe qui attire ses partisans pour un choc inédit. Quotidien troué par les explosions furtives, fabrique de drones, repérage par la 3G : Buron expose les nouvelles coordonnées comme le paysage humain éternel que la guerre dévoile, ces amours intenses, fidélités sublimes, gâchis tragique, ce mélange d’absurde et de transcendance, de trivial et de symbole. Tout cela est adéquatement évoqué dans un texte d’une rare puissance et d’une nécessité certaine.…

La France par Brigitte Bardot

Comment définiriez-vous l’art d’être français ?

L’élégance, l’érudition, la souveraineté, l’humour, le talent, le charme, le goût et l’amour.

La France brille-t-elle encore par sa culture ? Si oui, qui porte cette aura ou par quels autres ?

Aujourd’hui, elle brille par son inculture, sa saleté, sa vulgarité. Ses odeurs ! Hélas !!!

Qu’est-ce qui est pour vous le plus significatif dans le déclin français ?

Le manque d’autorité.

Vous qui avez été l’icône de la femme française, en dépit des attaques quotidiennes contre la féminité et la France, voyez-vous des héritières possibles ou du moins des femmes d’aujourd’hui qui donnent des raisons d’espérer ?

À part les drag-queens il n’y a personne… Mais si quand même !

Des femmes durant votre formation ou dans l’Histoire qui vous ont inspirée ?

Je n’ai été inspirée par personne.

Quelle est votre journée type aujourd’hui ?

Je travaille pour ma fondation. Je m’occupe du courrier très nombreux.…

Brigitte Bardot : La femme-cataclysme

Vous commencez votre livre par une citation singulière : « Bardot était l’apocalypse de la femme. » Pourquoi ?

Bardot n’était ni actrice ni comédienne. Elle avait un talent inné, mais de quoi? On ne sait pas au juste. Elle est arrivée, elle a tout bouleversé, et elle est repartie, comme un phénomène naturel. C’est presque un instrument du destin, une messagère des dieux, puisqu’elle est arrivée à un moment précis où l’image de la femme était en train de changer radicalement dans la société. Elle a été le catalyseur de ce changement, mais finalement elle n’a pas eu d’autre génie que d’être elle-même. Elle ne s’est jamais dressée contre rien, c’est-à-dire ni la morale, ni le désir, ni la jalousie, ni la haine, ni l’hypocrisie… Elle a toujours vécu comme elle avait envie de vivre, naturelle, avec un besoin de plaire et d’être aimée, mais avant tout sans chercher à imposer quoi que ce soit.…

L’Incorrect

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