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À la Réunion, des militants veulent déboulonner Mahé de la Bourdonnais

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Publié le

15 juin 2022

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Les antiracistes se sont une nouvelle fois mobilisés, ont trouvé une nouvelle statue à déboulonner. Celle-ci se situe sur l’Île de la Réunion, à Saint-Denis, au « Barachois ». Elle représente Mahé de La Bourdonnais, ancien commandant des armées navales du roi. Mais pourquoi ces militants lui en veulent-ils ?
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Mahé de la Bourdonnais est né à Saint-Malo le 11 février 1699. Il entre au service de la compagnie des Indes dès l’âge de 19 ans et est rapidement nommé, cinq ans plus tard, capitaine de navire. Peu après, il quitte la Compagnie pour tracer seul son propre chemin. En s’armant pour son propre compte dans la mer des Indes, il fait fortune. Sa carrière prend une autre dimension lorsqu’il est nommé gouverneur général des Mascareignes, un archipel dans l’océan Indien qui comprend l’actuelle Île de la Réunion, alors Île Bourbon.

Là-bas, il fait progresser les îles économiquement en développant la canne à sucre. L’une de ses principales œuvres sera la construction d’un vrai port, dans la ville de Port-Louis. Il insiste aussi auprès des colons pour qu’ils développent du manioc, principale nourriture des esclaves. C’est cette période de sa vie qui lui est reprochée aujourd’hui, car après il retourne servir la France dans la marine.

Cela fait plusieurs années que cette statue est la cible des militants : en 2011, bicentenaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu, elle avait déjà été masquée de noir

Les militants antiracistes réunionnais s’appuient sur une loi du 21 mai 2001, dite « loi Taubira », pour condamner les actions de Mahé de la Bourdonnais. Ils lui reprochent d’avoir pratiqué l’esclavage sous plusieurs formes : chasse aux « marrons », commerce d’esclaves, et utilisation des esclaves pour les constructions publiques. Aujourd’hui, si l’esclavage est une pratique évidemment interdite, notons que ce sont les Occidentaux qui ont aboli les premiers, alors que rien sinon la morale ne les y forçait. Faut-il supprimer la statue d’un homme qui a pratiqué l’esclavage mais qui a aussi servi la couronne de France ?

Les avis divergent. Près de trois siècles après les faits, certains sont extrêmement véhéments et aimeraient que l’homme soit jugé à titre posthume pour ses actions qui sont aujourd’hui considérées comme des « crimes contre l’humanité ». Parmi eux, on trouve le collectif Laproptaz Nout Péi, qui « réclame le retrait de l’espace public des statues coloniales » et le maire de Saint-Denis, Éricka Bareigts, une élue du parti socialiste. Elle préconise de déplacer la statue dans un musée, celui de « l’habitation et de l’esclavage ». Des artistes s’engagent aussi, comme Gael Vellyen, du groupe Kréolokoz qui a déclaré « qu’un pays qui a reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité ne peut pas ériger une statue à un esclavagiste. »

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Cela fait plusieurs années que cette statue est la cible des militants : en 2011, bicentenaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu, elle avait déjà été masquée de noir. Depuis ont également été posé des écriteaux dessus avec les inscriptions : « Je suis raciste », « je suis esclavagiste ».

Les historiens ont des avis plus nuancés sur la question, et notamment Raoul Lucas, réunionnais, qui estime que « notre rapport à l’histoire et à notre passé est changeant, mais il ne faut pas confondre ce qui relève de l’histoire et ce qui relève de la mémoire ».

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