Les cantines scolaires sont devenues des champs de batailles identitaires. À Lyon, des plats uniques sans viande font débat, alors que leur justification écologique ne convainc pas les parents d’élève face à la montée de l’influence islamique. Certains dénoncent la complaisance d’élus locaux envers un certain électorat, à l’encontre de la laïcité et de la culture culinaire française. La multiplication de ces contorsions clientélistes est l’un des symptômes d’une maladie moderne : le multiculturalisme.
La diversité culturelle est une chance. Pour reprendre les mots d’António Guterres, secrétaire général des Nations Unis, elle est « source d’émerveillement, et fait la richesse de l’étoffe de la civilisation ». Elle est un puits d’innovation, associant les perspectives et les connaissances dans un enrichissement mutuel. Elle a influencé tous les peuples en tout temps, et leur a toujours permis de se développer et d’approfondir leurs savoirs. Mais pour profiter réellement à un pays, cette diversité culturelle doit être encadrée, car sa forme libre et débridée peut menacer la culture locale, et se transformer en une somme de communautarismes.
Les politiques multiculturalistes ont en fait créé les communautés qu’elles prétendaient reconnaître. À trop vouloir élever les groupes à des stades métaphysiques, elles ont omis de s’en tenir à la réalité
Le multiculturalisme nourrit les particularismes
Le multiculturalisme n’est pas la diversité des cultures. Véritable maintien des caractères propres de chaque communauté, il cherche à imposer le particularisme et à le placer au même niveau – voir au-dessus – des normes nationales. Par la polarisation de la société, il propulse la politique de l’identité à des magnitudes jamais constatées jusqu’ici, promouvant la reconnaissance publique de groupes « marginalisés » et de leurs revendications. Il est également, par essence, potentiellement hostile à la laïcité qui tend, elle, à promouvoir un espace public universel.
En tant que processus, le multiculturalisme a échoué. Il a permis l’existence de groupes sociaux distincts mais ne communiquant plus, et a eu l’arrogance de réduire la complexité des identités à des boîtes grossières, préfabriquées selon le goût dominant de l’époque – d’abord la race, puis la nationalité, et enfin la religion. Les politiques multiculturalistes, soutenues par les politiques identitaires de court terme, ont en fait créé les communautés qu’elles prétendaient reconnaître. À trop vouloir élever les groupes à des stades métaphysiques, elles ont omis de s’en tenir à la réalité.
Sans protection de sa culture, une nation n’est plus qu’une coquille vide, un territoire marqué par des frontières – parfois floues ou inexistantes. Chaque ville se ressemble : les chaînes de fast-food remplacent les restaurants de quartiers, les grands groupes textiles écrasent les commerçants indépendants, et les communautés se rassemblent dans des quartiers définis, créant des villes dans la ville. Les traditions, portées par l’histoire nationale, s’effacent progressivement sous les dynamiques de pressions culturelles elles-mêmes poussées par les mouvements démographiques.
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Un horizon : l’assimilation
L’assimilation est l’unique solution. Par la relégation au second plan des cultures d’origine au profit de la culture historique du pays hôte, elle permet aux nouveaux venus de s’intégrer pleinement et d’éviter les dérives communautaristes. L’objectif n’est pas d’effacer ou d’oublier les anciennes cultures, mais de rassembler le peuple en effaçant les particularités et en ne gardant que les traits communs, définis par la nation. Toute culture s’opposant directement aux valeurs du pays hôte ne doit pas être acceptée. C’est le cas de l’intégrisme islamique.
La France se trouve à un carrefour et doit désormais choisir : soit elle choisit de construire une communauté d’égaux en droits et en devoirs, soit de plier le genou devant les particularismes identitaires en tout genre. La deuxième option mènera inéluctablement à (la continuation de) la lutte culturelle, dont seul un rapport de force de plus en plus brutal peut émerger. Les valeurs nationales républicaines en seront les premières victimes.





