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À voir ou à fuir, la semaine cinéma de l’Incorrect

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Copyright Twentieth Century Fox

Une espionne sexy à vous convertir aux Soviets, des pieds nickelés au Kremlin, un alcoolique tétraplégique devenu caricaturiste de génie… Que faut-il aller voir ou fuir au cinéma cette semaine.

 

RED SPARROW

De Francis Lawrence

Avec Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts

 

Les Lawrence sont ce duo de choc des Hunger Games, Jennifer devant la caméra et Francis aux manettes, et ils nous reviennent avec un film d’espionnage au parfum de guerre froide.

 

 

 Domenika est l’étoile montante des ballerines moscovites, mais une mauvaise chute et un tibia en angle droit plus tard, la voici recrutée par son oncle pour devenir moineau – une version djihadiste des espions russes, le décolleté en plus. Sa mission, qu’elle ne peut toutefois pas refuser, est d’approcher un agent infiltré de la CIA en Russie. L’ouverture annonce du grandiose, quand, en deux montages parallèles, le réalisateur expose les destins croisés de ses protagonistes, l’agent et la ballerine.

 

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Après une introduction aussi spectaculaire qu’efficace, on se met à rêver de John le Carré revisité par De Palma, mais cette promesse se dissipe rapidement. En effet, Red Sparrow navigue ensuite entre le vintage sympathique et le démodé agaçant, Francis Lawrence agrémentant le tout d’une dose de trash pour nous rappeler que nous sommes bien en 2018. Pas désagréable pour le genre, mais très insuffisant pour masquer les faiblesses scénaristiques. Reste Jennifer Lawrence, sexy à vous convertir aux Soviets.

 

LA MORT DE STALINE

De Armando Iannucci

Avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale, Jeffrey Tambor

 

Après le drôlissime In The Loop, le réalisateur britannique adapte la bande dessinée éponyme de Fabien Nury et Thierry Robin.

 

 

Dans la nuit du 2 mars 1953, un homme se meurt, anéanti par une terrible attaque. Cet homme, dictateur, tyran, tortionnaire, c’est Joseph Staline. Et si chaque membre de sa garde rapprochée – comme Beria, Khrouchtchev ou encore Malenkov – la joue fine, le poste suprême de Secrétaire Général de l’URSS est à portée de main. Bienvenue chez les pieds-nickelés au Kremlin.

La première partie, parfaitement maîtrisée, joue à merveille la partition de la cruauté burlesque. Armando Iannucci excelle dans sa mise en scène de la flagornerie, se mettant au service de ses excellents acteurs. Si on s’amuse de ces complots foireux à quatre bandes, des faux-semblants grotesques et de la nullité enfantine de ces personnages, le rire se fait malgré tout furtif. La mort de Staline peine à déclencher l’hilarité comme freinée par son sujet, préférant choisir la noirceur dans le dernier tiers plutôt que la bouffonnerie cruelle.

 

Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot

De Gus Van Sant

Avec Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara

Même après avoir failli mourir dans un accident de la route lors d’une nuit de beuverie avec son ami Dexter, John Callahan n’a pas la moindre intention d’arrêter de boire. Il finit pourtant par suivre une cure de désintoxication, soutenu par sa compagne et un mentor charismatique, et se découvre alors un don inattendu… 

 

 

Gus Van Sant appartient à cette catégorie rare de cinéaste : libre et anti-conformiste. Libre par les choix de ses sujets et anti-conformiste par le traitement qu’il leur impose. Même lorsqu’il s’empare d’une icône de la cause gay américaine, Harvey Milk, sujet au combien conformiste, on ne peut que s’incliner devant la maestria du réalisateur d’Elephant. Avec Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot, le réalisateur américain croque le combat d’un homme contre son corps (tétraplégique) et son esprit (alcoolique), John Callahan, devenu l’un des caricaturistes les plus célèbre outre-Atlantique.

 

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Si le film semble plus proche du classique Will Hunting que de l’expérimental Last Days, la première demi-heure surprend par sa narration façon puzzle. En alternant en un temps court les allers-retours temporels des grandes étapes de la vie de Callahan, Gus Van Sant refuse le biopic linéaire pour mieux se concentrer sur le corps à corps de Callahan avec lui-même. Malheureusement, le réalisateur américain a perdu de sa superbe. En laissant au vestiaire sa transgression et sa distance avec son sujet (extraordinaire dans Elephant), son film ronronne et s’encombre de bavardages inutiles et de comique de répétition usant. Reste quelques fulgurances comme ce plan tragi-comique d’un homme accroupi derrière une voiture s’enfilant une bouteille à son réveil et Joaquin Phoenix bien plus à l’aise en caricaturiste tétraplégique qu’en Jésus dans Marie-Madeleine.

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