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Abbé Raphaël Duchamp : « Le déracinement vient couper le peu de foi et de pratique qui perdurent »

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Publié le

15 décembre 2022

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Nommé dans une paroisse rurale de l’Hérault depuis septembre, l’abbé Raphaël Duchamp assiste au quotidien à la désertion des églises et à la décatholicisation des campagnes. Ce qui n’entame en rien sa joie et son espérance.
abbé raphael duchamp

Pouvez-vous nous présenter rapidement les caractéristiques de votre paroisse ? 

Je suis prêtre dans la paroisse de Lodève au nord du diocèse, à cheval sur le piémont pyrénéen et le début du plateau du Larzac. Nous sommes deux prêtres dans une paroisse qui regroupe environ 28 communes, 35 églises et près d’une quinzaine de chapelles. Pour gérer tous ces clochers, on fonctionne de la manière suivante : la grand-messe du dimanche est célébrée à la cathédrale de Lodève ; pour le reste, la paroisse est découpée en trois secteurs qui chacun a une messe le samedi soir ou le dimanche matin. Pour vous donner un ordre d’idée, il y avait 124 prêtres séculiers avant la Révolution française sur l’ancien diocèse de Lodève, aujourd’hui il y en a sept en activité dont deux ont plus de 75 ans. 

Sociologiquement, de quelle France s’agit-il ? 

Avec environ 7 000 habitants, Lodève est assez miséreux : près de 50 % de la population se trouvent sous le seuil de pauvreté. Environ un tiers de la population est issu de l’immigration nord-africaine. Et il y a quelques zadistes aussi! En clair, la situation matérielle et morale est assez précaire. Aux alentours, on se trouve dans la ruralité profonde : le plus petit village possède à peine 35 habitants ! 

« Depuis mon arrivée, je sens qu’il y a encore une certaine attente vis-à-vis de l’Église, plus forte qu’en ville, même si elle s’étiole »


Abbé Raphaël Duchamp

Séminariste puis prêtre à Montpellier, vous avez atterri à la campagne en septembre dernier. Quels changements pour votre ministère ? 

L’apostolat est beaucoup moins spécialisé. À Montpellier, nous étions relativement nombreux donc je m’occupais particulièrement de la jeunesse. Ici, j’ai une grosse part d’apostolat classique : célébrer les baptêmes et mariages, visiter les gens et les malades, passer de village en village, etc. L’apostolat est itinérant, je passe beaucoup de temps en voiture. En ce qui concerne la population, les gens sont plus simples qu’en ville, sans esprit bourgeois. Depuis mon arrivée, je sens qu’il y a encore une certaine attente vis-à-vis de l’Église, plus forte qu’en ville, même si elle s’étiole. Ils sont contents d’avoir un prêtre parce qu’ils savent qu’il n’y en aura plus dans quelques années. Dans les campagnes, il faut connaître les gens et tisser des relations concrètes. Ça n’est pas un travail de masse comme parfois en ville, c’est vraiment un travail de personne à personne. Enfin, il faut adapter l’enseignement : je ne fais pas les mêmes homélies ici qu’en centre-ville de Montpellier, ni même à Lodève que dans les villages alentour. 

Qui sont vos paroissiens ? La fracture générationnelle est-elle prégnante ? 

La fracture générationnelle est très forte, et on se demande bien ce qu’il restera d’ici quinze-vingt ans. Il faut toutefois avoir une chose en tête : la typologie de la population locale. Les jeunes, et plus largement les familles, quittent le territoire. Le déracinement vient couper le peu de foi et de pratique qui perdurent. Quand on a grandi quelque part, on est attaché aux lieux et on transmet plus facilement certaines pratiques. Quand on part, on arrête souvent tout par la même occasion. Toutefois, on observe des trentenaires ou quarantenaires qui reviennent à la foi et demandent le baptême, ce qui est toujours étonnant à notre époque. On essaye de les accompagner au mieux, car ils sont esseulés dans leur génération. 

Lire aussi : Christophe Geffroy : « Il n’y a pas de crise des vocations mais une crise de la foi »

Quelles stratégies pour endiguer cette désertion de nos églises par les jeunes ? 

Soyons clairs, il est impossible d’endiguer quoi que ce soit dans l’état actuel des choses – sauf secours de la Grâce ! Le problème des quelques jeunes qui arrivent est qu’ils vivent dans un monde qui en plus de n’être plus chrétien, leur est hostile. Or, outre la foi, la vie chrétienne comporte une dimension culturelle qui passe par des amitiés. C’est l’un de nos grands défis et c’est la raison pour laquelle nous allons former un groupe avec les jeunes pros du secteur. 

Quelle est la journée-type d’un prêtre de campagne en 2022 ? 

Je commence par prier le matin. J’essaye de continuer d’étudier. Mais à vrai dire, c’est très varié – et l’enjeu spirituel du prêtre, en ville mais surtout à la campagne, c’est de réussir à structurer sa vie. Pêle-mêle, on peut enchaîner la célébration d’une messe ou d’un enterrement, une visite au collège, la gestion administrative, la visite d’un malade ou du groupe scout qui se forme. On ne sait pas quand on va manger ni quand la journée se termine. Et pour faire tout ça, on passe beaucoup de temps en voiture. Ce qui est difficile en fait, c’est de réussir à « perdre du temps » en se rendant disponible pour les gens. En allant faire les courses en centre-ville en soutane, il faut prendre le temps d’écouter les personnes qui nous interpellent, alors qu’on aurait mille raisons pour dire que l’on est pressé et partir.

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