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Lost Media : les évangiles du vide

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Publié le

20 mai 2026

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Peu connue du grand public, « l’horreur internet », qui fait florès outre-Atlantique, est au centre de Lost Media, série française un peu foutraque mais réjouissante, qui joue avec les supports et les légendes urbaines pour portraitiser certains maux du siècle naissant : isolement, sociopathie et perte de la notion de réalité due à un environnement virtuel envahissant. Audacieux, mais encore un peu timide.
© Lost Media

Le « lost media » est un concept qui brasse tout un imaginaire de l’Internet des débuts, porté par une esthétique de la basse-résolution : brouillards de pixels flous ouvrant sur des trappes filmées à la DVcam, apparitions funestes capturées au smartphone sur des bords de route, « tutoriels » bricolage réalisés par des schizophrènes, apparitions paranormales qui moussent à l’orée du champ de vision au détour d’un simple film de vacances… Bref, toutes ces vidéos amateur et semi-cryptiques qu’on pouvait trouver au mitan des années 2000 sur un YouTube encore balbutiant. Si la génération Z s’en est emparée avec autant de passion, à commencer par le YouTubeur Feldup, qui fait une courte apparition dans l’un des épisodes, c’est précisément parce qu’ils n’ont pas connu cette préhistoire du Web et qu’elle a pris une dimension presque mythique, parce qu’elle correspond à une époque où Internet était encore un territoire plein de zones blanches. Les « lost medias », ce sont des vidéos ou, plus rarement, des photos devenues mythiques souvent pour de mauvaises raisons, et dont on a perdu la trace. On y trouve autant de légendes urbaines que de vraies histoires : pour les premières, citons Candle Cove, série pour enfants cauchemardesque diffusée dans les années 1970 sur une obscure chaîne du câble et dont certains témoins racontèrent que seuls les enfants pouvaient la voir (les adultes ne voyant qu’un écran parasité). Parmi les « vrais » lost medias, le plus connu est certainement la vidéo du suicide de Christine Chubbuck, cette présentatrice d’une petite chaîne de télévision floridienne qui s’est tiré une balle dans la tête en direct pendant son émission Suncoast Digest.

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Sous influence

Qu’ils soient réels ou qu’ils soient des canulars, ces lost medias traduisent une sorte d’inconscient collectif fantasmatique qui s’est reproduit à l’ombre des réseaux sociaux et qui a su toucher suffisamment les imaginaires pour que des fictions s’en emparent. C’est le cas de cette mini-série produite par Canal Plus et imaginée par Timothée Hochet et Lucas Pastor : des épisodes courts, presque des pastilles, autant de courts-métrages expérimentaux reliés par un fil ténu et qui voudraient constituer une sorte de laboratoire du lost media, avec des tranches de vie dérangeantes : un trou noir qui apparaît sur la carte d’un présentateur météo, un jeu télévisé sinistre qui rappelle à une candidate qu’elle a probablement été victime d’inceste, un double mystérieux entrevu sur un cliché de la Nasa, une streameuse qui se rend compte peu à peu que sa propre vie n’a jamais existé. Les idées sont plus ou moins bonnes, plus ou moins développées, mais on ne pourra pas reprocher aux deux concepteurs de sortir du schéma traditionnel de l’horreur pour proposer quelque chose de singulier et qui déborde même les limites de la fiction – ainsi la mystérieuse société « thérapeutique » qui constitue le fil rouge de la série a également un « vrai » site web consultable, media-research.org, et sur lequel certains personnages semblent avoir posté des commentaires. Le seul petit problème, c’est que le duo a encore du mal à se défaire de ses influences américaines, particulièrement celle de la chaîne Adult Swim, qui fut à l’origine de cette esthétique. Un petit effort encore, pour créer une vraie mythologie à la française, et qui n’aurait pas à utiliser des tropes américains pour susciter le malaise.


LOST MEDIA, série en huit épisodes, de Timothée Hochet et Lucas Pastor Disponible sur Canal Plus.

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