« C’est avec la plus grande tristesse que la Fondation FW de Klerk annonce la mort de l’ancien président FW de Klerk, parti paisiblement, à son domicile de Fresnaye ce matin après avoir lutté contre un cancer ». C’est par un communiqué laconique que le décès de Frederik Willem de Klerk a été annoncé à la nation sud-africaine, interrompant tous les programmes de télévision. De Klerk est né à Johannesburg en 1936 au sein d’une famille de la bourgeoisie afrikaner ; ses ancêtres avaient fui les dragonnades de Louis XIV pour s’installer dans la future Afrique du Sud. Comme bon nombre de Boers à cette époque, ils vont participer au grand trek fondateur qui amènera plus tard à la création des deux républiques du Transvaal et de l’État d’Orange Libre. Lors d’un affrontement avec les Zoulous en 1838, trois des membres de sa famille sont tués par les redoutables impies de l’empereur Dingane. Avec la guerre anglo-boer, les Klerk s’engagent aux côtés de James Barry Munnik Hertzog, le père du nationalisme afrikaner. L’histoire de la famille de Klerk va se mélanger avec celle du Parti national (NP) qui arrive au pouvoir en 1948 grâce à un jeu d’alliances avec des petits partis.
Ses études de droit achevées, Frederik de Klerk adhère au Broederbond, une association secrète qui rassemble toutes les élites du pays et qui va le lancer en politique. Il devient très rapidement l’étoile montante du NP et se faire élire député en 1972. Dès lors, il va accumuler les ministères jusqu’en 1989. Il soutient la politique de ségrégation raciale (apartheid) et obtient même le prestigieux poste de président de la Fédération du parti national du Transvaal, un tremplin vers la présidence de la République. Trois ans après être entré au parlement, l’ancien Premier ministre Vorster avait prédit qu’il dirigerait le pays, libéré de ses liens avec le Royaume-Uni depuis 1961. Frederik de Klerk est alors perçu comme un défenseur acharné des droits de la minorité blanche au pouvoir, et peu de personnes entrevoient qu’il va changer la face du pays. L’Afrique du Sud vit alors en état d’urgence constant pour faire face aux multiples grèves et à la rébellion armée de l’African national Congress (ANC), mouvement noir dont les principaux leaders sont enfermés à Robben Island, une île-prison au large de Cape Town.
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Peter Willem Botha dirige alors l’Afrique du Sud d’une main de fer. Cet ancien partisan de l’Allemagne nazie refuse d’inclure dans son cercle privé de Klerk dont il se méfie considérablement et qu’il juge trop réformateur. Suite à l’attaque cardiaque du « vieux crocodile », une véritable révolution de palais s’opère au sein du gouvernement sud-africain pour imposer de Klerk à la tête de l’État, en août 1989. C’est le début de la fin du régime de ségrégation raciale. En fait, pour ce descendant de huguenots, il s’agit de sauver le « Laager » (cercle). En assouplissant les règles d’apartheid, il espère conserver le pouvoir. Se joue une véritable lutte d’influence, alors que le mur de Berlin s’effrite et que l’Afrique du Sud perd son soutien américain. Des négociations secrètes sont entamées avec l’ANC, très méfiant à son égard. Frederik de Klerk joue à l’équilibriste et annonce la légalisation du parti de Nelson Mandela en février 1990, puis sa libération. Le choc est total au sein de l’afrikanerdom, mais la décision est saluée par la communauté internationale qui le récompensera avec Mandela du prix Nobel de la paix trois ans plus tard.
Avec le référendum organisé en 1992 pour faire approuver ses réformes, le pays sombre dans la guerre civile : noirs contre blancs, noirs contre noirs, blancs contre blancs. L’ANC accuse le NP d’armer ses opposants, alors que le NP reproche à l’ANC de fomenter des putschs dans les bantoustans alliés de Prétoria. Mandela et de Klerk éviteront pourtant au pays de sombrer dans le chaos. Les premières élections multiraciales de 1994 donnent les clefs de l’Afrique du Sud à Nelson Mandela qui va s’atteler à réconcilier une nation déchirée. Un trompe-l’œil applaudi dans le monde entier mais qui ne reflète pas la réalité. Exit le référendum d’autodétermination promis aux afrikaners : les relations entre les deux partis qui se partagent les postes gouvernementaux se ternissent rapidement, alors que des dissensions internes au NP éclatent et lui font perdre du terrain électoral. En 1997, désormais ex-vice-président du premier gouvernement multiracial, FW de Klerk quitte le Parti national et se retire de la politique.
Son décès ferme l’un des grands chapitres de l’histoire sud-africaine, et illustre l’échec du rêve d’une nation multiraciale réconciliée sous un seul drapeau arc-en-ciel
Sa vie privée a alimenté les chroniques des médias locaux. Son divorce avec Marike, après 38 ans de vie commune, ne passe pas inaperçu, tout comme son assassinat en 2001, perpétré par l’un de ses gardes du corps. Le décès de Marike devient même le symbole de la violence raciale qui règne dans le pays. De Klerk devient très critique à l’égard de l’ANC qu’il accuse « de mener une politique de discrimination et d’avoir failli dans la transformation du pays ». « Clairement, la politique gouvernementale pour promouvoir l’égalité a été un échec. Et cela probablement parce que les principaux bénéficiaires de la politique de discrimination positive et du programme d’émancipation économique des Noirs ont été la classe moyenne noire émergente et une petite élite, et non la vaste majorité de Sud-Africains réellement pauvres » n’hésitera pas à déclarer l’ancien président en 2014, avec beaucoup d’amertume.
Un constat renouvelé récemment lors d’une de ses dernières conférences : « L ‘Afrique du Sud est redevenue une société dans laquelle les perspectives de chacun sont déterminées par la couleur de leur peau plutôt que par leur capacité professionnelle. Notre gouvernement a abandonné la grande tradition de promotion de la réconciliation raciale illustrée par Nelson Mandela ». Son décès ferme l’un des grands chapitres de l’histoire sud-africaine, et illustre l’échec du rêve d’une nation multiraciale réconciliée sous un seul drapeau arc-en-ciel.





