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Afrique du Sud : les cancellers s’attaquent à Paul Kruger

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Publié le

11 octobre 2021

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À Pretoria, l’extrême-gauche racialiste voudrait faire tomber la statue de Paul Kruger, célèbre défenseur de la cause afrikaner, qu’elle considère comme un symbole du « racisme blanc ».
Kruger

Située sur la place de Church Square et érigée en face de l’ancien parlement du Transvaal, une statue de Paul Kruger cristallise toutes les passions à Pretoria. Le 24 septembre dernier, lors de la journée du patrimoine (Heritage days), Mbuyiseni Nldozi a appelé sur son compte Twitter au déboulonnage de la statue représentant le dernier président du Transvaal. Infatigable défenseur de la cause afrikaner contre le colonialisme britannique, décédé en exil en 1904 à l’âge de 78 ans, « Oncle Kruger » est un héros du panthéon afrikaner. Mais ce député du parti des Combattants de la liberté économique (EFF) y voit plutôt une survivance de l’apartheid qu’il faut détruire.

Idée de l’industriel lituanien fortuné Sammy Marks, la statue a été installée en 1913 sur son socle actuel, agrémentée de quatre sentinelles boers et de bas-reliefs en bronze illustrant les moments symboliques de la carrière de Paul Kruger. C’est à cet endroit que Lord Milner avait proclamé la fin de l’indépendance du Transvaal en 1900, et devant cette statue que Charles Swart a prêté serment en tant que premier président de la République sud-africaine en 1961.

« Il est dommage que ces figures sombres de notre horrible passé continuent de nous hanter alors que nous marchons et conduisons sur nos propres routes »

Moaferika Mabogoane

La statue est devenue l’objet d’un contentieux depuis le début des années 2000, entre ses opposants et les associations de défense afrikaner. Les tensions ont éclaté en avril 2015 lorsque des militants de l’EFF l’ont maculé de peinture verte et réclamé que les statues représentant les héros de l’afrikanerdom soient retirées de toutes les villes du pays. L’affaire a rapidement dégénéré. Chanteur reconnu et proche de l’extrême-droite, Steve Hofmeyr a organisé dans la foulée une manifestation de soutien à Paul Kruger. Avec une centaine de personnes, dont certaines s’étaient enchaînées aux sentinelles, il a entonné « Die Stem », l’ancien hymne du régime de ségrégation raciale. Afin d’éviter un affrontement, la mairie – partie intégrante de la municipalité métropolitaine de Tshwane aux mains de l’Alliance démocratique-DA – a été contrainte de placer la statue sous protection. Refusant qu’elle soit déplacée trois ans plus tard, la mairie a toutefois concédé, en guise d’apaisement, que d’autres statues représentant des héros africains soient érigées dans le parc.

La situation ne s’est pas calmée pour autant. En novembre 2016, Hofmeyr a paradé vers la statue aux côtés de 500 personnes, avec les drapeaux des deux anciennes républiques du Transvaal et de l’État d’Orange libre. Cet événement n’était pas sans rappeler les grandes processions du mouvement de résistance afrikaner (AWB) du défunt Eugène Terreblanche. En juin 2020, la statue a été taguée du mot « assassins ». « Il est dommage que ces figures sombres de notre horrible passé continuent de nous hanter alors que nous marchons et conduisons sur nos propres routes », a déclaré la conseillère municipale Moaferika Mabogoane. Elle a même proposé de remplacer la statue par une autre représentant Winnie Madikizela Mandela, ex-épouse controversée de Nelson Mandela. En vain.

Lire aussi : Racisme linguistique en Afrique du Sud ?

Depuis, les crispations perdurent. Bérets rouges vissés sur la tête, les militants du mouvement des Combattants de la liberté économique a organisé ces derniers jours des piquets de grève pour forcer la mairie à déboulonner cette statue, symbole du « racisme blanc ». « Ces actions ne tiennent pas compte de l’importance de notre patrimoine et incitent à la haine entre les différentes cultures et races », a rappelé le maire Randall Williams. « Il est inacceptable de soutenir la division raciale au sein de notre pays en lieu et place du rassemblement », a-t-il ajouté, condamnant fermement les actions de l’EFF.

« Ces statues racistes nous rappellent notre passé, et nous sommes traités de déraisonnables lorsque nous demandons leur retrait » ont répondu les élus du parti de Julius Malema, promettant de toutes les déboulonner s’ils prenaient le pouvoir. « Détruire cette statue ne guérira pas la nation des injustices du passé. Pour que la nation réussisse, nous devons apprendre du passé et de l’histoire de chacun », a renchéri Randall Williams. Le maire a reçu le soutien de l’African National Congress local (ANC), inquiet de la montée des populistes d’extrême-gauche, devenus le second parti d’opposition en Afrique du Sud.

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