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Algérie : la dérive d’un régime paranoïaque

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Publié le

19 novembre 2021

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Soixante ans après l’indépendance, la classe politique algérienne communie toujours dans l’hostilité à la France.
algérie

Il y a quelque chose de fascinant et de tragique à constater que le pouvoir algérien, en place depuis près de 60 ans, prolonge à l’infini la digestion d’un passé recomposé et d’une indépendance mythifiée. L’Algérie officielle a dépassé le stade du roman national : elle est entrée dans celui de la farce historique. Qui ne fait pas rire grand monde.

Le discours paranoïaque des autorités politiques algériennes ne cesse de désigner l’ennemi, dans un réflexe schmittien de plus en plus prégnant : si la pauvreté est endémique malgré la rente pétrolière, c’est selon les jours, la faute de la France, d’Israël ou du Maroc, c’est-à-dire des colonialistes, des sionistes ou des chérifiens. Cet été, lesdites autorités ont même attribué la responsabilité des tragiques feux de forêts en Kabylie à un complot fourbi depuis Rabat et Tel-Aviv. Il faut dire qu’agiter la fibre nationaliste algérienne est l’ultime moyen de propagande à la disposition du FLN au pouvoir depuis 1962 pour perpétuer son statut de caste bénéficiant des retombées fructueuses de la rente pétrolière. Ajoutez-y la répression des mouvements populaires arabes ou kabyles désireux de secouer le joug des militaires tirant les ficelles à Alger et la lente propagation de la loi islamique pour donner un vernis religieux au régime et vous aurez un état des lieux général de la situation intérieure préoccupante du principal État du Maghreb. Avouons que ce n’est guère réjouissant.

Ce jugement a déclenché des représailles immédiates de la part de l’Algérie : elle a rappelé son ambassadeur et elle a fermé son espace aérien aux avions militaires français

Après avoir multiplié les gages donnés à Alger depuis le début du quinquennat, comme la création d’une commission historique confiée à un historien issu du trotskisme, Benjamin Stora, Emmanuel Macron a soudain évolué dans son discours à quelques mois d’une nouvelle échéance présidentielle. Il a tout d’abord divisé par deux le nombre de visas accordé à des Algériens, au prétexte de la mauvaise coopération des autorités d’Alger en matière de reconduites à la frontière, ce qui est vrai mais qui n’explique pas notre taux ridicule d’exécution des invitations à quitter le territoire français.

Le Président de la République s’est ensuite laissé aller de façon informelle, le 30 septembre, à critiquer devant des descendants d’acteurs de la guerre d’Algérie l’instrumentalisation mémorielle de la présence française en Algérie de 1830 à 1962 par les autorités algériennes. Ce qui est la stricte vérité. La mention de ce jugement exprimé en petit comité dans un article du Monde a déclenché des représailles immédiates de la part de l’Algérie : elle a rappelé son ambassadeur et elle a fermé son espace aérien aux avions militaires français assurant la liaison avec nos forces armées stationnées au Sahel. Un obstacle qui peut être aisément contourné mais qui fait montre d’un chantage pour le moins inamical. Mais surtout, il est nécessaire de souligner que l’immense majorité de la classe politique algérienne, pouvoir comme opposition, a condamné les propos du chef de l’État, prouvant que c’est une part très importante de la société algérienne qui communie dans le déni, voire dans la franche hostilité à la France.

Lire aussi : La fuite en avant de l’Algérie

Dans cette affaire, Emmanuel Macron a péché par naïveté, comme souvent en politique étrangère depuis son élection. Il a oublié que l’Algérie n’est pas seulement un pays ayant partagé plus d’un siècle de vie commune avec notre pays mais surtout un État de 44 millions d’habitants soumis à des tensions religieuses, ethniques et sociales de premier ordre. Un pays qui compte plusieurs millions de ressortissants sur notre sol. On est également en droit de regretter la politique pro-algérienne menée par l’indéboulonnable Jean-Yves Le Drian depuis le quai d’Orsay. Elle n’a fait que renforcer Emmanuel Macron dans ses illusions.

Il est certain que la page de la guerre d’Algérie n’est pas tournée. Elle ne le sera pas tant que l’aile la plus dure du FLN sera au pouvoir de l’autre côté de la Méditerranée. Mais il n’est même plus sûr qu’elle le soit si le pouvoir change demain. La cécité de nos gouvernants est donc criminelle. Il est urgent de revoir notre politique de visas mais également et surtout les conditions d’obtention des titres de séjour et de la nationalité française par les ressortissants algériens. De même, nous devons intégrer la difficulté d’un partenariat stratégique régional avec un pays devenu aussi versatile au plan diplomatique. Quelle que soit l’évolution de l’Algérie, nous n’en sommes probablement qu’au début des ennuis.

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