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Arménie : jour de commémoration à Erevan

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Publié le

19 mai 2026

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À la veille des élections législatives de juin et alors que l’Arménie est divisée, la mémoire est politique.
© DR

En Arménie, le 24 avril est un jour de deuil. Ce jour-là, en 1915, à Constantinople, capitale de l’Empire ottoman, les Jeunes Turcs arrêtent et exécutent l’élite arménienne. Au même moment, partout dans l’Empire, le processus de génocide se met en place, avec un objectif affiché : anéantir le peuple arménien. Cela commence par l’arrestation des notables. Il s’agit de priver la population de ses chefs afin que la déportation se fasse sans résistance. Puis c’est l’arrestation des hommes, rassemblés dans un coin des villes et exécutés sur place. C’est enfin la déportation des femmes, des enfants et des vieillards. D’immenses convois se forment, marchant vers le désert de Syrie, condamnés à mourir de faim, de soif, de maladie ou d’épuisement. Une route de l’horreur : des massacres, des viols généralisés, des tortures atroces… Les enfants sont emmenés en esclavage, convertis de force à l’islam. 1,5 million de victimes sur les 2,25 millions d’Arméniens que comptait l’Empire.

Aussi, chaque 24 avril, les Arméniens commémorent leur martyre. La mémoire du génocide y est vive et entretenue. Au-dessus de la ville, Tsitsernakaberd, l’immense mémorial – douze stèles de pierre, représentant les douze provinces de l’Arménie occidentale perdues et au centre une flamme éternelle – accueille des milliers d’Arméniens. On vient en famille se souvenir. Chacun dépose une fleur, formant ainsi une immense couronne. Le matin, le catholicos (chef de l’Église apostolique arménienne, les autorités civiles et les ambassades des pays reconnaissant le génocide ont eux aussi déposé leurs gerbes. La veille déjà, une grande manifestation se forme dans les rues de la capitale. Nous y étions. 10 000 personnes rassemblées à la tombée de la nuit sur la place de la République, la plus grande de la capitale. La marche est aux flambeaux. Les jeunes de la Fédération arménienne révolutionnaire – Dashnaktsutyun – portent des torches et ont distribué des milliers de lumignons rouges qui seront déposés au mémorial. Juste avant de partir, après les discours de leurs responsables, ils ont brûlé un grand drapeau turc sous les cris de la foule : « Combat ! Combat ! » Le ton est donné.

Lire aussi : La fin du rêve kurde de Syrie

Quelques membres du clergé, notamment une poignée de vardapet – des prélats de l’Église apostolique – facilement reconnaissables à leurs grandes capuches pointues, ouvrent la marche. Ils sont suivis des scouts qui marquent le pas avec leur fanfare, tandis que d’autres portent les drapeaux des nations reconnaissant le génocide. Suivent d’immenses drapeaux d’Arménie et d’Artsakh, cette république autoproclamée historiquement arménienne, envahie par l’Azerbaïdjan en 2023, portés par la foule. La marche dure près de deux heures et se conclut par un hommage au mémorial. Chaque année, l’évènement est très politique. La mémoire est un combat. 2026 n’a pas échappé à la règle, avec en ligne de mire les élections du 7 juin prochain. Il est vrai que Nikol Pachinian, l’actuel Premier ministre, est en conflit ouvert avec l’Église apostolique arménienne. Il appelle à la démission du catholicos Garéguine II et favorise un schisme en entraînant avec lui une douzaine d’évêques. Il a également mis en prison un certain nombre de prélats et a interdit à une dizaine d’autres – dont le catholicos lui-même – de sortir du pays. Enfin, son principal adversaire politique, Samuel Karapetyan, soutien de l’Église et proche de Moscou, sort tout juste de prison. Il est aujourd’hui en résidence surveillée, tout comme plusieurs autres dirigeants de son parti. Ainsi affaiblie et divisée, l’opposition n’a guère de chance de remporter le scrutin.

Pourtant, beaucoup d’Arméniens contestent les projets d’ouverture vers l’Union européenne de Nikol Pachinian et sa volonté de tourner définitivement la page de l’Artsakh. Entre la mémoire d’une province perdue et des relations apaisées avec la Turquie, et une paix avec l’Azerbaïdjan – les génocidaires d’hier et les agresseurs d’aujourd’hui –, Nikol Pachinian a fait son choix.
 Une véritable capitulation pour les manifestants du 23 avril.

Alors que ces derniers étaient encore dans les rues d’Erevan, sa porte-parole qualifiait d’« irresponsable et inacceptable » le fait d’avoir brûlé le drapeau turc… Entre les deux camps, le fossé est plus profond que jamais.

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