Le pape est venu à Marseille. À Marseille et non pas en France comme il l’a dit et répété, faisant ainsi abstraction de la réalité nationale, la raison de sa venue étant de clore les « rencontres méditerranéennes » et ainsi de célébrer la Méditerranée, « berceau de civilisations ». Le cardinal Aveline a fini par le convaincre de dire une messe au stade Vélodrome pour les fidèles et ainsi de parler à la France. Nous limiterons notre propos à la question migratoire, point central du voyage.
Au palais du Pharo, le pape a donné un discours qui renouait avec l’idéologie immigrationniste développée dès son élection en 2013. Après une légère inflexion réaliste suite à son voyage en Suède, pays en train de revenir de ses illusions multiculturalistes, force est de constater que le Saint-Père a de nouveau fait preuve d’un manque consternant de prudence dont l’histoire dira plus tard quelle aura été la part de responsabilité dans le devenir de l’Europe.
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La prudence est en effet la vertu propre pour gouverner sa vie vers le bien et, dans le cas d’un responsable politique, pour gouverner son peuple vers le bien commun. La prudence n’est pas l’habileté machiavélienne faisant fi de la recherche du vrai bien. Elle n’est pas non plus une modération de bon aloi, simple technique d’adaptation aux circonstances. Elle est le choix des moyens les plus appropriés pour réaliser le bien dans des conditions souvent limitées et contraignantes. Le pape François n’étant pas un responsable politique, n’est-il pas de son ressort d’endosser le rôle du prophète qui parle à temps et à contre-temps ? La distinction roi/prophète recouvre en grande partie la fameuse et néanmoins funeste distinction développée par Max Weber entre éthique de responsabilité et éthique de conviction.
l est fort à craindre que le pape François raisonne de cette manière en matière politique et qu’il perçoit sa mission comme étant de rappeler ce qui lui semble être un principe absolu: la nécessité d’accueillir les migrants en raison de leur dignité humaine. Que tous les migrants en tant qu’êtres humains aient une dignité, nul n’en doute. Que les refugiés puissent bénéficier du droit d’asile, c’est la plus stricte tradition chrétienne et humaniste. Mais établir un lien entre la dignité humaine et le droit quasi absolu de migrer, impliquant un devoir catégorique d’hospitalité, voilà le type même d’un raisonnement idéaliste fondé sur une conviction court-circuitant la dimension proprement pratique de la question. Secourir des gens en mer est le plus élémentaire acte de justice mais cela n’implique pas obligatoirement qu’il faille les amener en Europe. Or le pape affirme : « Marseille a un grand port et elle est une grande porte qui ne peut être fermée. Plusieurs ports méditerranéens, en revanche, se sont fermés. Et deux mots ont résonné, alimentant la peur des gens : “invasion” et “urgence”. Mais ceux qui risquent leur vie en mer n’envahissent pas, ils cherchent hospitalité. Quant à l’urgence, le phénomène migratoire n’est pas tant une urgence momentanée, toujours bonne à susciter une propagande alarmiste, mais un fait de notre temps, un processus qui concerne trois continents autour de la Méditerranée et qui doit être géré avec une sage prévoyance, avec une responsabilité européenne capable de faire face aux difficultés objectives. »
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L’appel à la responsabilité apparaît ici comme rhétorique puisque les migrations sont vues comme un fait incontournable auquel doivent consentir les peuples européens. Et plus qu’y consentir, il s’agit de s’y engager résolument. Il déclare en effet : « L’histoire nous interpelle à un sursaut de conscience pour prévenir un naufrage de civilisation. L’avenir, en effet, ne sera pas dans la fermeture qui est un retour au passé, une inversion de marche sur le chemin de l’histoire. Contre le terrible fléau de l’exploitation des êtres humains, la solution n’est pas de rejeter, mais d’assurer, selon les possibilités de chacun, un grand nombre d’entrées légales et régulières, durables grâce à un accueil équitable de la part du continent européen, dans le cadre d’une collaboration avec les pays d’origine. Dire “assez” c’est au contraire fermer les yeux ; tenter maintenant de “se sauver” se transformera demain en tragédie. » Le naufrage de la civilisation européenne viendrait donc pour le pape de son refus d’être submergée par le tsunami migratoire, à majorité musulmane. Ce qui présuppose qu’il entend par civilisation des sociétés multiculturelles animées par le dialogue et la rencontre. En effet, le pape condamne explicitement le modèle d’assimilation : « Alors que les générations futures nous remercieront pour avoir su créer les conditions d’une intégration indispensable, elles nous accuseront pour n’avoir favorisé que des assimilations stériles. L’intégration est difficile, mais clairvoyante : elle prépare l’avenir qui, qu’on le veuille ou non, se fera ensemble ou ne sera pas ; l’assimilation, qui ne tient pas compte des différences et reste rigide dans ses paradigmes, fait prévaloir l’idée sur la réalité et compromet l’avenir en augmentant les distances et en provoquant la ghettoïsation, provoquant hostilité et intolérance. Nous avons besoin de fraternité comme de pain. »
On reste songeur devant la manière dont le pape prétend faire prévaloir le réel sur l’idée en un tel domaine! En effet, quelques lignes plus bas, il regrette les conséquences des causes qu’il a chéries, attitude mentale typique de l’idéaliste : « Aujourd’hui, la mer de la coexistence humaine est polluée par la précarité qui blesse même la splendide Marseille. Et là où il y a précarité il y a criminalité : là où il y a pauvreté matérielle, éducative, professionnelle, culturelle, religieuse, le terrain des mafias et des trafics illicites est déblayé. L’engagement des seules institutions ne suffit pas, il faut un sursaut de conscience pour dire “non” à l’illégalité et “oui” à la solidarité, ce qui n’est pas une goutte d’eau dans la mer, mais l’élément indispensable pour en purifier les eaux. » Comment nier que les phénomènes migratoires que nous connaissons sont l’une des causes majeures pour ne pas dire la princi- pale de la criminalité et de la délinquance dans notre pays ?
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Le discours du pape est donc non seulement idéaliste et idéologique mais il est incohérent. Et il l’est car, encore une fois, il raisonne de manière biaisée en matière pratique. Il présente les préceptes moraux positifs comme s’ils étaient des préceptes négatifs, c’est-à-dire valant de manière inconditionnelle. Ainsi il est toujours interdit, quelles que soient les circonstances, de tuer un innocent (précepte négatif). Mais honorer ses parents, ou secourir les malheureux exige un discernement prudentiel prenant en compte les circonstances (par exemple, recueillir chez moi quelqu’un ne doit pas nuire au bien commun de ma famille). Le devoir d’hospitalité est un précepte positif qui ne peut être appliqué de manière inconditionnelle.
Dans son discours le pape s’adresse aux pasteurs : « Chers frères évêques, ne chargeons pas les personnes de fardeaux, mais soulageons leurs efforts au nom de l’Évangile de la miséricorde. » Or que fait le pape en se positionnant selon une éthique de la conviction si ce n’est culpabiliser les peuples européens en exigeant d’eux qu’ils fassent bon accueil aux millions de migrants ? Cette ignorance volontaire du bien commun des nations fait du pape François un allié objectif de la mondialisation capitaliste actuelle. Il peut critiquer la « mondialisation de l’indifférence », son appel à une « mondialisation de la fraternité » restera un vœu pieux, pire, l’idiot utile de la mondialisation destructrice des peuples et de la nature, tant qu’elle ne respectera pas les nations, communautés naturelles voulues et bénies par le Créateur.





