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Adapté du roman éponyme de Pierre Lemaitre (Goncourt 2013), Au revoir là-haut nous plonge dans le Paris des années folles à la suite d’Albert et Édouard, deux rescapés des tranchées, qui décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Bof.
Bernie, Enfermés Dehors, 9 mois ferme, autant de preuves qu’Albert Dupontel aime les marginaux, et avec Au revoir là-haut, l’acteur-réalisateur s’empare à nouveau de personnages décalés, Édouard, « gueule cassée » dessinateur de génie se faisant passer pour mort et Albert, modeste comptable, burlesque malgré lui, de retour de la « grande guerre ». Dès la première scène, Albert Dupontel annonce la couleur : deux plans séquences successifs, l’un en survol du champ de bataille, l’autre à hauteur d’homme dans les tranchées, nous immergent au cœur des affrontements. On y croise des trognes de bandes dessinées, l’apparition du grand méchant (Laurent Laffitte qu’on a connu plus en forme) tout droit sorti de Tex Avery, puis l’assaut, grandeur nature.
Le ton est donné, l’acteur-réalisateur s’est vu confier une grosse production–et c’est justifié tant son cinéma inventif, décalé et baroque ranime un cinéma français apathique – démarrant en fanfare dès les première minutes. Alors qu’on pouvait s’attendre à une déferlante d’explosions, des corps-à-corps virils au milieu des barbaques de poilus saignants, Dupontel prend la caméra en main, sur-découpant son cadre pour glisser vers des scènes de bande dessinée. Pari pour le moins risqué : offrir une tragi-comédie grand spectacle sur fond de première guerre mondiale.
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Devant une telle gageure, la difficulté réside dans l’équilibre – et c’est là que le bât blesse. En effet, très rapidement, l’acteur-réalisateur se laisse emporter. Si dans ses films précédents, son petit budget, le contraignant, l’obligeait à se concentrer sur l’essentiel, on le sent cette fois comme un enfant devant une pile de cadeaux.
L’arrivée des deux héros à Paris est prétexte à un déluge de travellings et de plans de drones, mettant davantage en valeur le budget décor que la narration. Albert Dupontel prend un soin méticuleux à reconstituer l’époque, notamment par l’usage de la trichromie : filmer en couleurs, désaturer les images, puis les recoloriser plan par plan, afin de conférer au film les teintes des photos des années 20. Il oublie simplement ses personnages. Hormis dans quelques scènes intimistes où l’on retrouve sa patte de réalisateur à la fois clown et poète, comme cette séquence de dîner chez la (riche) famille d’Édouard où Albert tente maladroitement de raconter les fausses dernières heures de son comparse « poilu », ou encore dans ces scènes de vol des vétérans de guerre tirées tout droit d’un film de Chaplin.
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Des pitreries, comme toujours chez Dupontel, toutes empreintes de poésie, ainsi cette merveilleuse idée d’utiliser les masques d’Édouard camouflant sa « gueule cassée » pour mieux montrer ses états d’âme. Malheureusement, ces moments sont trop rares. Engoncé dans une production écrasante, Albert Dupontel se perd dans sa narration construite sur des flashbacks maladroits et une romance inutile. Ses personnages, pourtant magistralement servis–avec Niels Arestrup, Michel Vuillermoz, Nahuel Perez Biscayart…–ne sont réduit qu’à leur statut de têtes d’affiches, et ce qui aurait dû être une tragi-comédie furieuse et baroque se révèle finalement bien trop sage. N’est pas Baz Luhrmann qui veut.
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