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Les dix-sept mois de pouvoir de Sebastian Kurz ont donné aux Autrichiens un fort goût de revenez-y. Pour poursuivre ce qui a été commencé et brutalement stoppé par le « scandale d’Ibiza ». Le scrutin du 29 septembre décidera si les droites peuvent à nouveau gouverner ensemble. Kurz est partant pour faire équipe avec Norbert Hofer.
Dans le ciel plutôt serein du gouvernement du jeune Sebastian Kurz, parvenu au pouvoir en décembre 2017 et qui devait y rester cinq ans, une étrange affaire d’enregistrement vidéo a mis fin à la coalition – constellation dit-on ici – entre le Parti populaire (ÖVP) du Chancelier et le Parti de la liberté (FPÖ) du vice-chancelier Heinz-Christian Strache. Le scandale a éclaté le 17 mai dernier. La scène, filmée deux ans plus tôt à Ibiza, montre Strache, visiblement éméché, proposer à une certaine Aliona Makarova, la nièce supposée d’un oligarque russe, des contrats publics en échange de l’acquisition par son tonton du premier quotidien du pays, la Kronen Zeitung, pour aider le FPÖ à arriver en tête aux législatives de 2017.
L’affaire d’Ibiza est toutefois loin d’être terminée tant les questions sont nombreuses. Pourquoi est-elle sortie deux ans après l’enregistrement et pourquoi est-ce la presse allemande qui l’a divulguée ? Qui lui a fourni, quand – en mai dernier ou deux ans plus tôt ? – et qui a payé toute cette mise en scène – car s’il est un fait avéré, c’est bien que c’en était une – dont le coût est estimé par la presse autrichienne… à plus de 500 000 € ?
Aussitôt la vidéo diffusée et bien que Strache ait démissionné, Sebastian Kurz a limogé les autres ministres FPÖ et organisé des élections anticipées. Mécontent de son sort, le FPÖ a alors, en compagnie des socialistes du SPÖ, voté une motion de censure déposée par le petit parti Jetzt – « Maintenant » – qui avait conquis huit sièges en 2017 sous l’étiquette Pilz, du nom de son patron de l’époque, l’ancien Vert Peter Pilz. Conséquence : Kurz n’est plus chancelier depuis le 27 mai et le pays est administré par des techniciens sous la direction de la présidente de la Cour constitutionnelle, Brigitte Bierlein. L’affaire d’Ibiza est toutefois loin d’être terminée tant les questions sont nombreuses. Pourquoi est-elle sortie deux ans après l’enregistrement et pourquoi est-ce la presse allemande qui l’a divulguée ? Qui lui a fourni, quand – en mai dernier ou deux ans plus tôt ? – et qui a payé toute cette mise en scène – car s’il est un fait avéré, c’est bien que c’en était une – dont le coût est estimé par la presse autrichienne… à plus de 500 000 € ?
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Une autre affaire a surgi, qui tente, elle, d’éclabousser Sebastian Kurz. Un salarié de la Chancellerie a fait détruire une série de disques durs juste avant la motion de censure, ce qui, comme l’a rappelé l’ancien Chancelier, n’est pas exceptionnel lorsqu’un gouvernement quitte ses fonctions. L’anecdote serait passée inaperçue si elle n’avait été pilotée par un charlot complet, qui a fait appel à une société privée alors qu’il aurait très bien pu en confier la mission aux services informatiques de la chancellerie. Il a, ensuite, insisté lourdement en exigeant une triple destruction, commandant le travail sous un faux nom mais en donnant son vrai numéro de mobile – authentique ! – et, cerise sur le strudel, il n’a jamais payé la facture… de 76,45 € !
Nul ne semble douter en effet, à un mois du scrutin, que Kurz, qui vient de fêter ses 33 ans, retrouvera son bureau à la chancellerie avec un résultat pour l’ÖVP en progression, à en croire les sondages, d’au moins cinq points par rapport à 2017.
Tout ceci est tellement burlesque que les Autrichiens s’interrogent sur l’hypothèse d’un coup monté, car, comme le dit le jeune Hannes, maître d’hôtel dans la région du Pongau, au sud de Salzbourg, reflétant bien l’opinion majoritaire : « Comme il n’y a rien à dire contre Kurz, il faut bien trouver quelque chose ». Nul ne semble douter en effet, à un mois du scrutin, que Kurz, qui vient de fêter ses 33 ans, retrouvera son bureau à la chancellerie avec un résultat pour l’ÖVP en progression, à en croire les sondages, d’au moins cinq points par rapport à 2017. Ce qui lui garantirait environ 70 sièges, une petite dizaine de plus qu’actuellement, mais loin des 92 nécessaires pour constituer une majorité. Le 4 août, lors de la première émission politique d’une campagne qui tarde à démarrer, sur Oe 24, la seule chaîne d’information en continu du pays, Sebastian Kurz s’est dit déterminé à éviter une coalition SPÖ-FPÖ – aussi invraisemblable que cela paraisse vu de France, ils ont déjà gouverné ensemble dans les années 1980 et continuent à le faire dans le Burgenland, à la frontière hongroise – et ouvert à toute combinaison choisie par les électeurs, mais il a affiché sa préférence pour la reconduction de la coalition… avec le FPÖ.
Avec cette fois, comme vice-chancelier, une personnalité de tout premier plan, l’ancien ministre des Transports Norbert Hofer. Oui, celui qui a succédé à Strache à la présidence du FPÖ après l’affaire d’Ibiza, celui qui, candidat à l’élection présidentielle de 2016, avait obtenu pas moins de 49,7 % des suffrages (avant que ce second tour ne soit annulé et qu’il ne soit finalement plus largement battu par Alexander Van der Bellen).
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Pourquoi gouverner à nouveau avec le FPÖ ? D’abord parce que le FPÖ, qui avait obtenu 26 % des suffrages en 2017, est toujours donné aux alentours de 20 %. Ensuite et surtout parce qu’on ne change pas une formule qui gagne et donne satisfaction aux Autrichiens. Kurz se dit fier de son bilan, « notamment en matière d’immigration et de fiscalité », et en effet, en moins d’un an et demi seulement, ÖVP et FPÖ ont fait plus que poser les bases de leur accord de gouvernement concrétisé par un document de plus de 180 pages intitulé « Zusammen. Für unser Österreich » (« Ensemble. Pour notre Autriche »).
Le foulard islamique a été interdit dans les écoles et les aides sociales diverses ont été réduites en moyenne de 300 € par mois pour ceux qui ne parlent pas allemand. L’aide au développement a été diminuée, le pacte de Marrakech rejeté.
Entre autres exemples, plus de 4 000 policiers supplémentaires ont été recrutés et la police fédérale dispose désormais d’unités directement responsables, pour plus d’efficacité, à l’échelon du Land. Une nouvelle police aux frontières, Puma, a été mise en place, et diverses mesures de restriction aux demandes d’asile ont été adoptées. Et lorsque 80 millions d’euros de subventions aux assistants scolaires et « interculturels » ont été supprimés et que 40 millions d’euros ont été dégagés pour développer l’apprentissage de l’allemand, le peuple a applaudi.
Le foulard islamique a été interdit dans les écoles et les aides sociales diverses ont été réduites en moyenne de 300 € par mois pour ceux qui ne parlent pas allemand. L’aide au développement a été diminuée, le pacte de Marrakech rejeté. Et si telle association « cultuelle » propageant un islam aussi politique que prosélyte n’a pas été dissoute, ce n’est pas la faute du gouvernement autrichien, qui l’avait prononcée, mais du tribunal administratif de Vienne, qui l’a retoquée.
Dans un pays de plein-emploi, les artisans et petits entrepreneurs se félicitent de la réforme de l’apprentissage sur laquelle ils comptent pour trouver la main-d’œuvre dont ils ont besoin plutôt que de recourir aux jeunes travailleurs qui accourent des pays voisins, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie, Croatie. De même que dans le pays qui engrange le chiffre d’affaires touristique par habitant le plus important de toute l’Union européenne, les hôteliers apprécient le recul de la taxe sur le chiffre d’affaires. La politique familiale est tout aussi audacieuse, avec la fin de la déductibilité des frais de garde d’enfants en contrepartie d’une diminution d’impôt sur le revenu pouvant aller jusqu’à 1 500 € par an et par enfant à charge pour certaines familles. Ceux qui demandent la continuation de la coalition espèrent, maintenant, des suppressions d’impôts – dont celle… de la redevance TV.
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« Les fondations sont bâties. Notre chemin a seulement commencé », affiche Sebastian Kurz, mais, pour être sûr qu’il ne dévie pas en cours de route, encore faut-il que le FPÖ soit suffisamment fort pour le forcer à maintenir le cap. Et que le différend relatif à Herbert Kickl soit résolu. Ministre de l’Intérieur du gouvernement Kurz, Kickl a été révoqué en même temps que tous les membres du FPÖ et n’a jamais digéré cette éviction, lui qui n’avait rien à voir dans le scandale d’Ibiza. Or le FPÖ exige le retour de Kickl à l’Intérieur, ce dont Sebastian Kurz ne veut pas entendre parler. Qui cédera ?
Les sondages pèseront lourd dans les négociations. Selon une récente étude d’opinion, un tiers des électeurs réclame la reconduction de la coalition ÖVP-FPÖ, ce qui peut paraître peu mais constitue l’option bénéficiant du plus fort assentiment, loin devant une coalition entre le SPÖ et les Verts auxquels s’ajouterait le petit parti Neos, que souhaitent seulement 15 % d’électeurs. Neos, kesako ?
Emmenée par un ancien rédacteur en chef de Kurier, Helmut Brandstätter, cette formation avait totalisé un peu plus de 5 % des suffrages et obtenu 10 députés en 2017. Elle est aujourd’hui créditée d’environ 8 % des voix, ce qui pourrait lui apporter plus de quinze sièges. Dans une interview parue le 8 août dans le Salzburger Nachrichten, Brandstätter affirme « ne pas comprendre le qualificatif de néo-libéral » qui lui est accolé et dit se situer « dans la tradition du catholicisme social ». Peut-être mais à Strasbourg, ses élus siègent avec les macroniens au groupe Renaissance, et nombre de ses cadres sont plus proches des Espagnols de Ciudadanos que de la pensée d’Albert de Mun.
Testé dans une coalition de gauche, Helmut Brandstätter se dit « en même temps » prêt à gouverner avec Kurz, à condition que le FPÖ ne soit pas au nombre des alliés. Pas gagné pour celui qui se rêve en vice-chancelier : un des faits d’armes de Brandstätter est d’avoir récemment publié un opuscule intitulé : Kurz et Kickl, leur jeu de pouvoir et de peur.
Car ici, le repoussoir, c’est bien l’Allemagne, Angela Merkel et la grande alliance qui n’aboutit qu’à une chose : l’inaction – et, par voie de conséquence, à l’acceptation de tous les faits accomplis. Comme le dit un analyste politique carinthien : « Nous ne voulons pas que l’Autriche ressemble à Vienne [si hospitalière pour les femmes voilées] ou à l’Allemagne ».
Quant à une grande coalition à l’allemande sur le modèle CDU/ SPD (donc, selon la précédente tradition de l’Autriche, ÖVP/ SPÖ), elle est rejetée par plus de neuf électeurs sur dix ! Car ici, le repoussoir, c’est bien l’Allemagne, Angela Merkel et la grande alliance qui n’aboutit qu’à une chose : l’inaction – et, par voie de conséquence, à l’acceptation de tous les faits accomplis. Comme le dit un analyste politique carinthien : « Nous ne voulons pas que l’Autriche ressemble à Vienne [si hospitalière pour les femmes voilées] ou à l’Allemagne ». Comme en écho, une élégante sexagénaire salzbourgeoise à qui on suggère qu’un Kurz en France ferait du bien, répond du tac au tac : « En Allemagne aussi… ».
Ici, l’Allemagne n’est pas un pays étranger. C’est devant la multitude de chaînes du pays que les Autrichiens passent leurs soirées TV, les chaînes locales se résumant pratiquement au seul réseau public ÖRF et à des éditions autrichiennes des chaînes allemandes. Rien de ce qui se passe en Allemagne n’est ignoré. Les Autrichiens savent que le nombre de meurtres y a été multiplié par cinq ou six en sept ans et que les viols perpétrés par des étrangers n’ont pas disparu depuis la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne…
Si Sebastian Kurz affirme être ouvert à toutes les options et à supposer que les Verts se refassent une santé, il ne semble pas être prêt à se laisser intimider, y eût-il une photo de Greta Thunberg en fond d’écran comme lors de l’émission du 4 août dernier. Interrogé sur le climat, il a rétorqué : « Nous avons un programme, le climat est un sujet parmi les autres, il y en a d’autres tout aussi essentiels pour notre avenir, notamment l’immigration et la fiscalité. Ce n’est pas en ajoutant des taxes et en interdisant les voitures qu’on réduira le CO2 mais en les améliorant ».
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Et d’insister sur la nécessité de faire confiance aux industriels, en citant notamment les perspectives ouvertes par l’hydrogène et la pile à combustible. Un exemple qui ne doit rien au hasard : l’Autriche héberge plusieurs sites de l’équipementier automobile Magna, généralement considéré comme canadien mais fondé à la fin des années 1950 par le Salzbourgeois Frank Stronach et qui est un des industriels les plus avancés au monde dans cette technologie.
Avec, à la chancellerie, un Sebastian Kurz qui dispose d’une popularité personnelle bien supérieure à celle de son parti – s’ils pouvaient élire directement leur chancelier, 45 % des électeurs voteraient pour lui ! – et, comme vice-chancelier, Norbert Hofer, dont les premières affiches ont fait leur apparition avec ce slogan : « Les enfants de l’Autriche sont nos héros ».
Une saison 2 de la coalition « turquoise/bleue », ÖVP/FPÖ, est donc l’hypothèse la plus probable. Avec, à la chancellerie, un Sebastian Kurz qui dispose d’une popularité personnelle bien supérieure à celle de son parti – s’ils pouvaient élire directement leur chancelier, 45 % des électeurs voteraient pour lui ! – et, comme vice-chancelier, Norbert Hofer, dont les premières affiches ont fait leur apparition avec ce slogan : « Les enfants de l’Autriche sont nos héros ». Est-il nécessaire de préciser que parmi les petits Autrichiens qui l’entourent ne figure aucun représentant de la « diversité » ?
Reinhardt Beifus
Le paradis musulman de Zell am See
Depuis qu’un [mauvais] plaisant a fait savoir, il y a une dizaine d’années, que le décor enchanteur de Zell am See, entre le lac de Zell et le Grossglockner, point culminant d’Autriche à 3800 mètres, ressemblait au paradis terrestre décrit dans le Coran, les 10 000 habitants de ce chef-lieu du district le plus à l’ouest du Land de Salzbourg, à la limite du Tyrol, reçoivent chaque année la visite de 70 000 touristes du Golfe persique ! Saoudiens, Qataris, Emiratis s’y pressent presque autant qu’à la Kaaba.
S’y promener – s’y égarer – équivaut à entendre davantage de globish à base d’anglais primitif que d’allemand, à croiser une femme voilée sur deux passants et à lire des enseignes… en arabe ! Ces touristes qui arrivent directement de l’aéroport de Vienne-Schwechat dans de rutilantes limousines de location squattent les cinq ou six grands hôtels de la ville agglutinés au bord du lac, où ils dépensent de l’ordre de 300 € par jour et par tête de pipe. Cependant – avis aux routards amateurs d’authenticité autochtone – se référant apparemment à une stricte lecture du Coran, ils ne s’aventurent guère dans les autres sites alentour, tout aussi idylliques… Que les habitants apprécient est une autre histoire. Sous couvert d’anonymat, un fort sympathique hôtelier s’est fait sa religion : « De toute façon, chez moi, il y a du porc dans tous mes menus… »
R.B.
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