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Balade en train fantôme dans le monde d’avant

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Publié le

1 décembre 2021

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Les fêtes foraines sont des mondes à peu près épargnés où le wokisme n’est pas (encore) roi. Là-bas, si les barbes sont roses c’est seulement pour attirer les becs sucrés. Double raison d’y faire un tour : replonger en enfance et fuir l’angoissante montée de l’idéologie.
forrain

Chenille, tagada, train fantôme, churros et barbes à papa : les indémodables des fêtes foraines, où se retrouvent petits et grands pour se délester de quelques dizaines d’euros, ont la vie dure. Allez-y, vous serez saisis par l’étonnante sensation de plonger dans le monde d’avant. Comme si le train fantôme, ses animations en carton fluo et la mine patibulaire du Manouche qui prend les tickets des enfants apeurés vous conduisaient en un ailleurs dans lequel la France a encore quelques airs sixties, quelques loubards en blousons de cuir prêts à se battre pour les beaux yeux d’une Marylou, et même quelques enfants d’une dizaine d’années s’amusant en bande sans être scotchés à leurs parents.

Dans ce petit univers clos, les enfants s’ébrouent en empruntant des attractions dangereuses pour leurs petits os de verre qui ont manqué de viande rouge et de produits laitiers

Pourtant, quelque chose est différent. Où sont passés les Français?? Lesquels?? me direz-vous. Eh bien les bourgeois, les prolos et les « monsieur tout le monde ». François, Paul, Victor et les autres. Ils ont disparu. Seuls les forains présentent encore des traits européens. Dans les queues pour accéder aux différents manèges se trouve une foule « bigarrée » provenant du monde entier, rarement d’Europe à l’exception de quelques Russes et Bulgares bizarrement présents çà ou là. Tout a changé mais rien n’a changé. Nous vivons au cœur d’une fête foraine authentique, de celles qu’on trouve dans les chansons de Renaud et les bédés de Margerin, une expérience quasi chamanique : sous nos yeux se déploie un monde perdu, duquel nous avons été exclus depuis fort longtemps.

Un monde épargné par le « wokisme », si l’on fait abstraction des adolescentes à cheveux bleus. Dans ce petit univers clos, les enfants s’ébrouent en empruntant des attractions dangereuses pour leurs petits os de verre qui ont manqué de viande rouge et de produits laitiers. On y prend le risque du ridicule en envoyant des bourre-pifs dans des machines stupides conçues à cet effet ou en tapant avec une grosse masse de plastique. Ce n’est pas du plus grand chic, la fête à neuneu. C’est cher, bien plus que Disney ou le Puy-du-Fou si on se laisse avoir. On y mange des pommes d’amour qui gâtent les dents et des beignets qui font exploser notre cholestérol plus sûrement que n’importe quel hamburger.

Lire aussi : Pierre Valentin : le wokisme est une haine du monde

Au train fantôme, c’est un peu comme au catch. Un jeu truqué qu’on apprécie beaucoup plus quand il est kitsch au possible. Parfois, entre deux installations, on surprend un couple qui se donne son premier baiser. Les cœurs les plus noirs ne peuvent y résister ; à cette irrépressible et diffuse nostalgie, ces réminiscences de l’enfance, ces échos d’une plénitude qu’on ne connaît finalement qu’une fois dans une existence. Il est à parier que ces fêtes disparaîtront de la même manière que les cirques. Il suffira d’un accident ou d’une énième scène de violence nocturne pour déposséder les forains de leur seul bien. Ces dernières enclaves du monde d’avant, c’est écrit, doivent s’effacer. Imaginez donc qu’on y voit encore des pères apprendre à leurs fils à lutter dans des auto-tamponneuses. Genré, cruel, débile. Et ce gras… Tout y est gras. Peut-être concevra-t-on une application en réalité virtuelle sur le métavers de Zuckerberg qui servira de succédané. On branchera son casque pour découvrir les fêtes foraines, les bals populaires, les discothèques, les slows, les concerts de rock, les combats de coqs, les boums. Un ingénieur de la Silicon Valley développera plus tard une extension « odeurs et goûts » afin que l’expérience soit plus complète. En attendant, faites un tour dans les bouges et les rades… avant fermeture.

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