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Bernard Beauzamy : Mathématiques SA

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Publié le

30 mars 2021

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Bienvenue dans le monde de la Société de Calcul Mathématique SA. Chez les mathématiciens, il est peu de dire qu’elle détonne. La faute à son fondateur.
beauzamy

Vous ne pouvez pas le rater en entrant. Un biglotron vous fait face. Un vrai. Il est tout neuf. Bernard Beauzamy en est très fier : « Je l’ai construit pour les vingt-cinq ans de la société ». Il paraît que la machine permet de trier les clients. « Je l’ai mis sur la brochure. Il y a ceux qui viennent pour lui et ceux qui ne viennent pas à cause de lui. Cela n’a aucune importance dans les deux cas ».

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Bernard Beauzamy est entré à Polytechnique en 1968. L’arrivée fut mouvementée. « Entre les oraux et les écrits, j’ai participé à la prise de la Bourse ». Et alors ? « On s’est battu avec les policiers et j’avais le visage ensanglanté pour l’oral ». Notre homme serait-il gauchiste ? « Toujours contre les flics ». Difficile d’expliquer ce côté anarchiste par de mauvaises fréquentations durant l’enfance : « C’est ma grand-mère normande qui m’a instruit jusqu’à la sixième ». Puis le père médecin emmène la famille à la Réunion d’abord puis au Maroc. Le retour en France a lieu au lycée. Pourquoi Polytechnique ? « Je voulais faire des mathématiques et Normale était trop académique ». Pendant son passage à l’X, Pierre Dac vient donner un exposé. Quarante-cinq ans après, Beauzamy en rit encore : « Le biglotron vient de là ; il préfigure l’Intelligence artificielle ».

Il achève un doctorat d’État, préparé dans le centre de recherche monté à Polytechnique par le premier Français à avoir reçu la médaille Fields, Laurent Schwartz, star des mathématiques de l’époque et pas le genre à accepter le premier venu. Malheureusement pour notre héros, il se retrouve sans statut. Il doit se battre pour être payé, et se retrouve avec un tiers de moins que sa solde d’élève. Or, à l’époque, il roule en Ferrari : « Je cachais la voiture dans les buissons de Palaiseau et j’allais voir Schwartz pour lui demander une augmentation ». Mais la star ne bouge pas. Beauzamy fait monter la pression. Il manifeste dans les locaux, seul, en rédigeant une pancarte maoïste. Schwartz était tout content : « J’ai mon Dazibao ». Cela ne suffit pas. Alors il dégaine un article dans Le Monde. Schwartz cède. Depuis, il semble bien que Polytechnique n’a plus jamais embauché d’assistant de recherche. « Il m’aimait bien quand même ». Et Beauzamy devient professeur titulaire à l’université de Lyon. Roule-t-il toujours en voiture de sport ? « Non, avoir une belle voiture quand on est jeune vaccine ». 

« La communauté mathématique française s’est retranchée là où personne ne l’embête, et elle diminue peu à peu »

Le voilà professeur des universités. Il enseigne et fait de la recherche. Il est ravi. « Je m’entendais bien avec les étudiants et passais la moitié de mon temps aux États-Unis ». Mais il finit par s’ennuyer : « Les mathématiques se sont détachées des besoins de la société et s’enferment dans des considérations qui leur sont propres ». La conséquence pratique est qu’il n’y a plus de liens avec les applications. Concrètement, ce sont les physiciens qui ont produit des avancées ces dernières décennies. « La communauté mathématique française s’est retranchée là où personne ne l’embête, et elle diminue peu à peu ». Avec de tels propos, qu’il répercute dans sa lettre, lue attentivement par les deux mille cinq cents destinataires qui la réclament, Bernard Beauzamy n’a pas que des amis dans le monde académique.

Il finit par se demander : « Pourquoi pas une entreprise ? » Il part en 1995 et crée son entreprise. Depuis 26 ans, il réalise des études pour l’industrie ou des gens qui s’y intéressent : « Nous sommes les seuls en France ». De sa passerelle, Beauzamy mesure la désindustrialisation. Avec l’écologie, il estime que « nous sommes entrés dans un obscurantisme qui devient une religion. Les scientifiques ne peuvent s’y opposer ». Cet obscurantisme est à comparer au nazisme. En 1933 les physiciens Planck et Heisenberg ont constaté que les scientifiques allemands suivaient Hitler et que tout cela allait se terminer en catastrophe. Ils en ont déduit qu’il fallait créer des îlots de stabilité. Ils l’ont fait dans la physique. D’autres l’ont fait ailleurs. Et ces îlots ont permis à l’Allemagne de repartir après l’effondrement. Les mathématiques devraient résister : « Ma discipline existe depuis 6 000 ans. Elle devrait résister dans son îlot de stabilité. Il n’y a que deux exemples dans l’histoire où la société civile a fait appel à des mathématiciens. La durée de retour du phénomène est de 2 200 ans et ça se termine toujours mal pour les intéressés : Archimède pour le siège de Syracuse et Alan Turing, qui a décrypté Enigma. Ils en sont morts tous les deux ».

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