Votre livre ouvre sur l’expression « pénis féminin », lancée par les tenants du transgenrisme et relayée par la presse, sans ciller. Comment
en est-on arrivé là ? Apathie, lâcheté ou déraison ?
Un mélange de lâcheté et de déraison. La déraison se trouve du côté des activistes, de la classe politique et même de la police. Elle ne concerne pas que des jeunes gens aux cheveux bleus. Au Royaume-Uni, la police arrête chez elles des femmes qui affirment que le pénis est un organe sexuel masculin. La lâcheté vient de ceux qui n’osent pas contrevenir à la doxa et préfèrent protéger leur réputation plutôt que d’assener des vérités. La déraison se nourrit de cette lâcheté.
Mais je ne condamne pas ceux qui se plient aux oukases contemporains. Cet été, la chanteuse irlandaise Róisin Murphy a exprimé ses réticences à propos des bloqueurs de puberté administrés aux mineurs. Elle a reçu des torrents d’insultes (majoritairement de la part d’hommes en robe), sa maison de production a annulé la promotion de son album et décidé que les profits des ventes seraient versés à des groupes pro-trans. Róisin s’est excusée pour ses propos. Je peux comprendre. Ces gens veulent détruire une carrière qu’elle a mis trente ans à bâtir.
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Pourquoi comparer catastrophisme climatique et chasses aux sorcières ?
Les chasses aux sorcières en Europe du Nord, du XVe au XVIIe siècles, étaient liées aux effets terribles du petit âge de glace. À cause du froid, les moissons venaient à manquer, les famines menaçaient, les gens avaient peur, il fallait trouver des coupables. L’historien Philipp Blom compare ces épisodes irrationnels avec l’hystérie actuelle. Aujourd’hui, nous ne brûlons personne, mais on dénonce les négationnistes, les criminels climatiques, les ultra-riches. L’humain doit expier ses péchés écologiques. La pire des hérésies aujourd’hui est de questionner l’orthodoxie climatique.
Que penser de la déclaration du Secrétaire général de l’ONU : « L’ère du réchauffement climatique est terminée, l’ère de l’ébullition mondiale a commencé. » ?
Sur le moment, j’étais stupéfait. Mais c’est la surenchère habituelle. On passe du changement climatique à l’urgence climatique puis à l’ébullition mondiale ! Le monde n’est pas en train de bouillir. C’est factuellement faux. Pire, cette rhétorique néglige le fait qu’au Royaume-Uni, ou même en Inde, beaucoup plus de gens meurent de froid ; le réchauffement diminue le nombre de « morts climatiques ». Mais le plus saisissant, c’est l’arrogance avec laquelle ces sentences sont proférées. Et la façon dont les médias relaient, servilement et instantanément, une formule de propagande comme si c’était un fait objectif.
Pire, cette rhétorique néglige le fait qu’au Royaume-Uni, ou même en Inde, beaucoup plus de gens meurent de froid ; le réchauffement diminue le nombre de « morts climatiques ».
Brendan O’Neill
Pourquoi les peuples se soumettent-ils à une idéologie si tyrannique ?
C’est la politique de la peur : obtenir l’obéissance des sujets en échange de la protection. Le discours est si apocalyptique que le moindre questionnement semble criminel. On vous expliquera que vous êtes responsable de la mort de milliards de pauvres gens, que vous hypothéquez l’avenir des générations futures. Mais les Gilets jaunes, la révolte des fermiers hollandais, ou des camionneurs au Canada sont des signes d’espoir. Je n’aime pas qu’on évoque la folie des foules. Nous avons affaire à la déraison des élites. Je crois au bon sens des gens ordinaires. George Orwell disait : «S’il y a un espoir, il est du côté des prolos. »
« Un homme ne peut pas devenir une femme, c’est ma plus sincère conviction » disiez- vous lors d’une conférence à Oxford en 2018. Depuis quand la critique de la théorie du genre est-elle hérétique ?
Déjà, des étudiants avaient exigé l’annulation de ma conférence – un avant-goût de l’intolérance à venir. Mais on peut remonter plus loin : il y a dix ans, j’ai écrit un article sur le traitement médiatique de Bradley Manning, ce soldat américain qui a livré des secrets militaires à Julian Assange. Au lendemain de son incarcération, il déclare : « Je ne suis plus Bradley Manning, je suis Chelsea Manning et mes pronoms sont she/her. » Le Guardian et la BBC ont instantanément fait référence à « elle »,« cette femme ».Ils entérinaient cette post-vérité ! Puis cette doxa s’est imposée partout. La gauche s’y est engouffrée, pensant trouver là un nouveau souffle et de nouveaux motifs de protestation. Il fallait ouvrir les espaces féminins à des hommes en robe. On invoquait Rosa Park, comme s’il s’agissait d’un droit civique. Il est urgent de réaffirmer la réalité biologique, les droits des femmes et la liberté d’expression.
Déjà, des étudiants avaient exigé l’annulation de ma conférence – un avant-goût de l’intolérance à venir. Mais on peut remonter plus loin : il y a dix ans, j’ai écrit un article sur le traitement médiatique de Bradley Manning, ce soldat américain qui a livré des secrets militaires à Julian Assange.
Brendan O’Neill
Le transgenrisme peut paraître marginal, symptôme excessif mais somme toute anecdotique, du wokisme. Comment mesurer son impact ?
Keir Starmer, chef du Parti travailliste, et sans doute notre prochain Premier ministre, a jugé inconvenant de dire que les femmes n’ont pas de pénis. Puis il s’est repris et a dit : « D’accord, 99,9 % des femmes n’ont pas de pénis. » Ça supposerait que 0,1 % des femmes en ont, soit des dizaines de milliers d’Anglaises ! Kamala Harris, vice- présidente des États-Unis, la femme la plus puissante du monde, a écrit une lettre de félicitations au transgenre Dylan Mulvaney. Elle le congratulait de fêter une année de vie en tant que femme. Je vous parle d’un homme de 25 ans, qui n’est pas une femme, et ne le sera jamais ! Cela donne une idée de l’adhésion en haut lieu.
Qu’est-ce qui est le plus à craindre ? La théorie critique de la race ou le transgenrisme ?
L’idéologie du genre, du fait qu’elle s’en prend aux enfants. C’est un scandale médical. Pratiquer des doubles mastectomies sur des jeunes filles qui se sentent mal dans leur corps fait penser à la façon dont autrefois on lobotomisait les malades psychiques. Des procès sont en cours aux États-Unis. Une des femmes qui attaquent les médecins responsables de sa double mastectomie à l’âge de 15 ans parle de « mutilations pseudo- scientifiques ». Des mutilations pratiquées par idéologie… Mais je ne veux pas minimiser le danger du néo-ségrégationnisme prôné par la théorie critique raciale, selon laquelle tous les blancs sont privilégiés et tous les noirs opprimés, et qui met la notion de race au centre du débat public. Le wokisme est une régression, il piétine les acquis des dernières décennies : l’égalité raciale et sexuelle, l’idée que les enfants ne doivent pas avoir honte de leur corps à la puberté. Le wokisme réhabilite le racisme, le sexisme, l’homophobie.
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Selon vous, les lois sur les discours de haine incitent à la violence.
C’est une étrangeté de nos sociétés : il y a de plus en plus de lois sur les discours haineux, or le débat public atteint des records de violence. Les femmes sont traitées de TERF (trans-exclusionary radical feminists), putes, ordures. Les blancs sont traités d’abrutis qui ne comprennent rien à leur temps. Si un membre d’une minorité ethnique a le malheur d’être de droite, il est traité de nègre de maison. Les mêmes qui profèrent ces injures ignobles demandent des lois contre les discours de haine. Ils pensent contribuer à l’amélioration du monde en excluant les mal-pensants avec une cruauté sans limite. Ces lois, qui énoncent les opinions à combattre, agissent comme un permis de haïr. Si vous critiquez le mariage gay, vous êtes homophobe. Il faut vous faire taire par tous moyens. Si vous critiquez l’islam, vous êtes islamophobe. Il faut vous exclure du débat public. Si vous ne voulez pas d’hommes dans le sport féminin, vous êtes transphobe. Il faut vous censurer. George Bernard Shaw disait : toute vérité commence par un blasphème. L’hérésie est essentielle dans l’évolution d’une société.





